gruyeresuisse

25/12/2016

Révision des poncifs - diamants hors canapé d’Erika Lust


LUTZ.jpgDans « Eat With… Me » une femme en robe rouge a dressé une table sur laquelle un chef sert un repas (poulet rôti, huîtres, fruits indécents, crèmes onctueuses). Il devient le prélude à un autre tout aussi délicieux. L’artiste par ses fantaisies sensuelles transforme les films X. Ils sonnent juste car le sexe n’est pas joué et s’éloigne du porno en refusant ses tropismes d’une banalité crasse.

Erika Lust publie ses films sur son site « Xconfessions » en ne négligeant ni son intégrité artistique ni son sex-appeal. Pour elle le cinéma qu’on nomme adulte, X ou pornographique doit employer des valeurs cinématographiques classiques sans quoi il n’est qu’un sous-produit au lieu de devenir ce qu’il peut être : une féerie sexuelle, pro féministe et engagée. Ce cinéma doit être créé pour les femmes et par autres choses que des seins et des fesses. Il s’agit de prioriser le plaisir féminin : l’attention au détail est majeur. Le diamant ne s’expose pas sur n’importe quel canapé.

LUTZ 2.jpgL’objectif est de donner aux spectatrices qui constituent la moitié du monde le désir d’imiter ces femmes et leur accorder la priorité en leur montrant ce qu’elles n’ont pas vu auparavant et qu’elles ne connaissant pas assez : « Je ne parle jamais de la Pornographie mais des pornographies. Je veux montrer et faire comprendre comment ce qu’on nomme « la pornographie courante » est si complexe et contradictoire et riche et divers » précise l’artiste. La Suédoise lutte contre l’industrie porno qui s’enrichit par ses dégradations de la représentation du sexe. Elle crée son cinéma X. Il possède un pouvoir libératoire en amplifiant la topographie pornographique et en profitant du support du Net.

LUTZ 3.jpgLe corps demeure naturel mais prêt aux débordements de l’imaginaire, aux excentricités qui rappellent combien les aspirations sexuelles sont diverses. Autrement dit, le porno courant a besoin de multiplicité en favorisant l'étrangeté, la différence pour le sortir de son ornière phallocentrique. Certes la physiologie de sexe ne va pas changer, mais ses significations le peuvent. Dans l'attaque du pénis plutôt que du phallus, ce féminisme anti-pornographique classique élude le pouvoir masculin phallocratique et monolithique en créant un autre trouble, un ravissement différent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Films d’Erika Lust sur : erikalust.com

 

24/12/2016

Alain Posture : Badiou et la poésie

Badiou.jpgLe philosophe despote est rarement une lumière : surtout lorsqu’il se mêle de poésie. Badiou prouve combien un ratiocinant n’y comprend sauf bien sûr lorsqu’elle raisonne au lieu de résonner. C’est lorsque le poète est menteur dans un beau bar du sens que le rhéteur bat son beurre et dégoise son financement au culte. Le logos est ici comme les pains à la mode : à la farine d’apôtre. Il faut à l'auteur une poésie non vénale mais vénérable, sans varices et dans les orangeries poétiques aucun zeste déplacé. Bref en ces articles compilés Badiou fait du lui-même : un ramdam des scies belles. Il bat son faire pendant qu’il est chaud mais rien de nouveau sous le soleil du logos. La poésie y parait vieille, maquillée en faux cils. La grotte de la squaw poétique reste impénétrable au penseur. Sous prétexte de faire un tri sélectif il n’offre même pas un déca potable : à peine cinquante nuance d’earl grey digne d’un smart aphone, d’un Alainpérieux aux impérities de notable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alain Badiou, « Que pense le poème », Editions Nous, 2016

23/12/2016

Philippe Fretz : interférences et diffractions


fretz.jpgPhilippe Fretz, « Double-porte I », In medias res, n° 8, décembre 2016, art&fiction, Genève,Lausanne.


On aurait tord de se passer des portes puisqu'elles sont faites pour ça. Quelle qu'en soit la largeur - et à défaut d'épaisseur suffisan(te lorsque l'homme ne les franchit plus - la lumière filtre encore. Comme à travers les fentes de Thomas Young que Philippe reprend à sa "main". Dans les jeux d'ondes une annonciation a lieu. Le jeu des interstices crée des frises auxquels l'artiste concrétise, femme aidant - puisqu'on parle d'Annonciation - des interprétations cosmiques. S'y mirent ex cathedra(le) engloutie d'étranges fluctuations voire des orgies mentales qui sont autant de questions à résoudre sur l’interprétation des images et du monde.

fretz2.jpgPhilippe Fretz y présente in extenso ou presque des panoramiques aux excroissances sourdes : des factures visuelles se succèdent en se gonflant par attroupements intempestifs que la Visitée génère de sa seule présence. Ouverte à l'univers, à ses accidents et autres apocalypses, tocsins et calypsos, elle malaxe le cortex qui parvient au paroxysme d'un défoulement. fretz3.jpg

 

Il y a là de nombreuses morsures qu'entraîne le modus existenci de cette double porte : Marie flitoxée de lumière par la chaleur de Dieu qui est lumière) se prive d’un petit lainage XXL mais offre à la fois entrée et sortie là où comme l’écrit Tim Mareda dans sa postface « les idées à l’image des corps cheminent et interfèrent ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret