gruyeresuisse

25/03/2018

Elena Kovylina : ricochets et uppercuts


Elena Kovylina Bon.pngC’est au début du millénaire qu’Elena Kovylina se fait connaître. Elle est l’époque et pour une performance (« Waltz ») habillée d’une veste militaire et entame un joyeux chaos avec le public au son de « Lili Marlene » de La Dietrich. S’ensuit une beuverie Vodka/Coca. Divers moments de danse de plus en plus zigzagante sont ponctués par les cocktails que l’artiste boit en affichant chaque fois une médaille sur son veston. Le tout jusqu’à l’ivresse voire au-delà. Elena Kovylina détruit certaines valeurs en se détruisant elle-même afin de découvrir quelque chose d’inconnu ou d’impossible dans une divagation entre la tragédie et la farce. Dans toutes ses réalisations l’artiste refuse de jouer un rôle : elle se met en danger. Femme de mauvaise vie ou cible elle offre sa chair au regard, à la vindicte et à la réflexion.

Elena Kovylina.jpgSes vidéos poursuivent les prestations scéniques. La violence est de plus en plus présente. Dans « Dying Swan » une danseuse classique est visée par un sniper. Tutu blanc et corps souple, cagoule noir et rigidité du tireur se font face le tout dans un mélange de musique symphonique et de guitare country. Jusqu’à ce que la tuerie se transforme d’abord en féerie avant que le merveilleux retombe dans la tragédie. Le sang coule en hommage au meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa en 2006 à Moscou. L’artiste crée souvent cette confrontation du corps de la femme à la violence. Dans « Shooting Gallery », Elena Kovylina tourne en continu sur une trottinette devant le stand de tir improvisé. Située devant la cible, elle devient l’obscur sujet d’un désir qui est autant de vie que de mort en une atmosphère de fête foraine mais où l’existence même du corps est en jeu.

Elena Kovylina 3.jpgDéfendue et « illustrée » par la suissesse Barbara Polla et accompagnée de Violaine Lochu, l’artiste plante une nouvelle fois, avec « Carriage », ses spatules à griffes dans le gras des images pour qu’elles suintent leur surplus d’extrême onction, leurs surestimations d’elles-mêmes. La créatrice refuse les visions Témesta et caramel mou. Elle rappelle que l’artiste doit d’abord accomplir la réinvention des femmes plutôt que de les endormir sous des histoires qui ne tiennent pas debout. Et plutôt que d’expliquer l’art aux lièvres morts que sont les hommes elle se sert du premier pour prendre les seconds à rebrousse poils. En conséquence l’artiste ne se veut en rien l’héroïne d’« illusions perdues » ni une momie muséale. Son travail permet des confrontations intempestives par de multiples ricochets et uppercuts.

Jean-Paul Gavard-Perret

Elena Kovylina (avec Violaine Lochu, « Au risque d’être femme », sur une proposition de Barbara Polla. Silencio, 6 avril 2018.

 

Linda Bachammar Clerget et le sens du rite

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Par ses autoportraits Linda Bachammar Clerget crée une image diffractée de la figure féminine. A la fois elle la « réinterprète » en reprenant à sa main des figurations qui rappellent des postures classiques dans la peinture tout en adressant des clins d’œil à Cindy Sherman, Bettina Rheims mais selon une figuration personnelle en un cérémonial grave, insidieusement grinçant et ironique.

 

 

 

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Certes la créatrice illustre un thème traditionnel (a priori) : celui des Pénélope et des "saintes" de tous les temps et de toutes les cultures. Mais d’une certaine manière la photographe apprivoise la solitude par divers types de variations en créant son propre grain de sel voire son piment.

 

 

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Ces fenêtres sur l’intime - à la fois renforcées par l'autoportrait mais distanciées par les mises en scène -  créent une poésie aussi drôle que grave. L’espace balisé de la solitude féminine est  recomposé selon diverses postulations. La nature des femmes se reconstruit de manière plus "assermentable" que celle offerte par les artistes hommes. Souvent en les sublimant de manière passive, ils leur accordaient une aura qui n’était pas la bonne. Linda Bachammar Clerget remet la femme en une perspective plus vivante en se jouant des "vieilles" images.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.linda-bachammar-art.com/

20/03/2018

Macadam Cowgirl : l’art et sa “pratique”

sex machine 2.jpgLe Museum of Sex de New York ne se contente pas de présenter un arsenal libidinal parfois délicieusement voluptueux et propre à caresser les fantasmes des voyeurs. Le lieu s’adresse aussi aux pratiquants. Il entame un pas (si l’on peut dire) de plus avec sa nouvelle production. Une Belle de cas d’X très légèrement vêtue et chaussée d’un grand chapeau noir devient la cowgirl prestataire ou démonstratrice du plus sophistiqué des sex-toys  : une selle articulée sophistiquée et des plus design.

Un rodéo d’un genre nouveau est proposé. Il ne se pratique pas dans les corrals du Nouveau-Mexique mais en chambre. La monture vibrante, en cuir naturel est équipée de deux éléments phalliques au choix (« Rawhide » ou « Wild West ») pour orgasmes inédits. L’Ouest Sauvage prend une nouvelle dimension en plein Manhattan. Le musée de la damnation offre à qui le souhaite un test « grandeur nature » auquel peuvent assister les visiteurs. Le directeur du musée poursuit donc son apostolat : offrir un art provocateur afin de faire perdre leurs inhibitions aux pratiquants comme aux voyeurs.

Sex Machine.jpgIl renverse la règle inhérente aux musées classiques : « interdiction de toucher ». Le lieu est tactile. Les frontières entre art et sex-toy, exhibition et voyeurisme se dissolvent. Ajoutons que ce nouvel objet d’art dard est vendu dans Musée pour 2000 dollars. Le Musée engage cependant les acheteurs à venir préalablement le tester. Existent lors de l’utilisation deux types de risques : une extase très bruyante (elle oblige parfois le personnel à évacuer le public) mais aussi l’apparition de rougeurs importantes… Tout est néanmoins fait pour assurer l’hygiène sinon mentale du moins physique des utilisateurs de cet art singulier. Ce dernier n’est pas seulement une fin en lui-même mais un moyen. Manière de reposer le sens de l'esthétique qu’Hegel pensait inébranlable…

Jean-Paul Gavard-Perret

08:51 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)