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22/02/2014

Sophie Taeuber : ouverture des lignes, ironie de l’Histoire

 

 

 

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Sophie Taeuber-Arp, « Heute ist Morgen », 23 aout 2014 – 16 novembre 2014, Aargauer Kunsthaus.

 

 

 



Jean Arp dans « Jours effeuillés » évoque le travail de sa future épouse Sophie Taeuber  (née à Davos et décédée à Zurich)  : « En décembre 1915 j'ai rencontré à Zurich Sophie Taeuber qui s'était affranchie de l'art conventionnel. Déjà en 1915 elle divise la surface de ses aquarelles en carrés et rectangles qu'elle juxtapose de façon horizontale et perpendiculaire. Elle les construit comme un ouvrage de maçonnerie. Les couleurs sont lumineuses. Dans certaines de ses compositions elle introduit à différents plans des figures trapues et massives».  Dès lors dans son œuvre l’absence établit sa souveraine adorable évidence. Mais l’inverse est tout aussi vrai. La pensée se construit par la création d’une poésie plastique forgée de courants profonds et épurés. Ils prouvent que toute formule est impossible et qu’il n’y a pas de règle. Sinon qu’à chercher trop de précision la vérité s’éloigne. Surgissent à sa place des densités déviantes qui  prennent de la hauteur tout en se chevillant au support ou dans l’espace où elles se cristallisent. Chaque élément grouille, agité d’un mouvement « particulaire » qui le relie aux autres. L’image n'adhère plus aux apparences du monde, elle décale le motif, provoque un décrochement visuel et en écho vertige et fascination. Est atteint une forme de perfection, de pureté et d’ouverture des lignes. Tout un travail amont d’artisanat prépara à une telle ascension récupérée il y a quelques années par la Banque Fédérale qui dans un coup de pied de l’âne accorda à l’iconoclaste une reconnaissance paradoxale.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/02/2014

Là haut sur la montagne : l’expérience Furkart

 

 

 

furkablick-buren_klein.jpg"L’expérience Furkart", Centre Pompidou, Paris, du 19 février au 10 mars 2014.

 

 

 

 

 

A 2436 m d’altitude, au milieu des Alpes Suisses à l’Hôtel Furkablick eut lieu de 1983 à 1999 un projet artistique fantastique et méconnu intitulé « Furkart ». Soixante trois des plus grands artistes internationaux y ont réalisé là des œuvres. On citera  Abramovic, Daniel Buren, Terry Fox, Jenny Holzer, Richard Long ou encore (et surtout) Panamarenko et Rémy Zaugg. Accrochées aux cimes ces œuvres tutoyaient le ciel loin de toutes grimaces pour que Dieu, ses anges, ses bonnes et ses serviteurs puissent voir de plus près l’art du temps. Un peu audacieux il serait descendu en nacelle jusque là afin de contempler des formes nouvelles qui pouvaient se déverser en omelettes sur sa barbe blanche. Loin de tout souci commercial une telle initiative reste un ovni dans ma muséographie contemporaine. Peu de gens se risquèrent jusque là pour savourer des instants exceptionnels là où l’éternité était géographiquement côtoyée. La vérité des œuvres y restait un mystère. Le « vulgaire » montagnard qui s’y frotta était moins vulgaire que bien des amateurs des grandes galeries citadines. Néanmoins certains peuvent récupérer cette mise exceptionnelle grâce à la (trop courte) exposition parisienne. Elle illustre combien des œuvres de l’art  au milieu des pierres et de la neige gardent une âme qui n’est pas faite pour la seule gloire terrestre. Chacun y trouvera aujourd’hui encore des reflets capables de déplacer les plus hautes lignes d’horizon et d’apprécier le beau sous toute altitude.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/01/2014

Jérémie Gindre : légèreté de la roche et de l'art

 

 

 

 

 

 

Gindre.jpgJérémie Gindre, « Menhir Melon », Circuit, 9 av. de Montchoisi, Lausanne, jusqu'au 5 mars

 

 

 

Proche de l’art conceptuel Jérémie Gindre ne cesse de s’en affranchir à coup d’ailes d’oiseau. De vieilles pierres en anecdotes, le réel sous toutes ses formes dérive en décolleté plongeant sur ses abîmes. Lavis en rose ou presque tout chez l’artiste (et auteur) s’anime en fables corrosives. Gindre mixte le concept et l’humour comme le maçon mélange le sable et le ciment.  Le souffle ressemble parfois  à l’asphyxie mais le premier ne manque jamais pour faire de l’homme postmoderne autre qu’un être dépossédé. Avec  une merveilleuse fantaisie l’auteur exploite les évènements d’ordre rationnel pour les renverser dans une liberté totale. Sans complaisance envers le monde ou lui-même il déploie son travail contre les esthètes compassés afin de les délivrer de l’envoutement de la dimension « sacrée » de l’art. Il est toutefois moins tenté d’avilir les moyens d’expression plastique que de leur conférer une égale dignité. Cette volonté va de pair avec une scrupuleuse analyse du phénomène artistique ce qui l’amène à des découvertes et des inventions iconoclastes. L’énergie poétique s’y renouvelle loin de tout ce qui est désuet. L’artiste ne craint pas les erreurs, les ombres mais de chacune d’elles il tire des merveilles. Elles s’accumulent dans un certain désordre mais qu’importe. Le tout est de faire bouger les lignes de l’art jusque dans la scénographie des  modalités d’expositions. Comme deux autres genevois – Fabienne Radi et Izet Sheshivari –  Gindre prouve que l’iconoclastie reste une arme efficace lorsqu’elle est épreuve d’intelligence. Son bâteau ivre ne rend en rien ivrogne.

 

Elle reste inusable sauf si bien sûr, on ne s’en sert pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

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