gruyeresuisse

16/07/2016

Pope club : Petrov

 

Petrov.jpgLev Nikolaïevitch Petrov, « Dans le passage un pope », trad. du russe par Pauline J.A. Naoumenko-Martinez, Editions Louise Bottu, Mugron, 2016, 120 pages, 14 €

« Dans ce qu’on voit on voit toujours moins que ce qu’il y a à voir ». D’où la nécessité des mots. Non pour voir mieux mais autrement. Et c’est ce que propose ce roman russe sorte de « documentaire métaphysique » (4ème de couv.) mais qui ne néglige pas le réel. Pour autant celui-ci en prend un sacré coup dans l’aile : dans des passages obscurs il n’est pas jusqu’au Pope à devenir douteux : prélat, père ou employé municipal rien n’est sûr. Parmi les caucasiens râblés et autres tchétchènes tout est possible même l’improbable.

Petrov 2.jpgDe l’auteur on ne sait rien ou presque : à savoir qu’il a écrit ce livre exceptionnel où l’à-peu-près vient brouiller le réel sans du trop ou de superflu, pas question que l’anecdote alourdisse, que l’ornement amidonne. Le roman brise la glace (et il y sur place où convergent les impasses et sa foultitude d’êtres du troisième type), il avance par stances et fractures. Tout n’est que passages « entre le pope ou son avatar ». L’espoir est sans doute un leurre mais l’auteur ne s’en occupe pas car il a mieux à faire là ou l’humour beckettien fait de l’écrivain un romantique d’un nouveau genre, « une midinette aux mains calleuses » que seuls les mots font rêver. Ou presque. Peut-être là la découverte littéraire de l’année.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/07/2016

Mariette Pathy Allen : trans-pass

Patty 3.pngFranchir la frontière, changer de corps touche autant au plaisir, à la jouissance qu’aux possibilités d’angoisse puisque les certitudes se voient interpellées par cette traversée. Mariette Patty Allen prouve que le genre d’origine n’est pas forcément le bon : le corps peut être mal programmé et doit ressusciter pour devenir glorieux en quittant la distribution première.

Patty 2.pngEntre temps il peut exister des temps de latence. La photographe proche de la communauté « LGBT » et dont les membres officiels ou non sont discriminés présente ce monde de manière positive et prouve que sa vulnérabilité n’est qu’une apparence. Elle illustre la traversée de la frontière du genre et combien l’accepter devient profitable. Au désir contourné, à l’empêchement se substitue la possibilité - hors culpabilité - de jouir d’être soi-même. Franchir le seuil du genre permet parfois d’exister, de sortir de l’isolement, du silence. Ce changement extrait de la pure illusion comme de l’errance et de la répétition.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:28 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

03/07/2016

Francis Picabia : viens Poupoule viens


.picabia 2.pngFrancis Picabia, « Eine Retrospektive », Kunsthaus, Zürich, du 3 juin au 25 septembre 2016 et MoMA, New-York, du 20 novembre 2016 au 19 mars 2017. Catalogue par Catherine Hug et Anne Umland, Hatje Kantz, Berlin, 2016, 69 CHF.

Dada est de retour à Zurich pour son centième anniversaire à travers Picabia. L’exposition est de premier ordre. Elle met en évidence celui qui se voulut le mirage au dessus de la peinture et dont l’œuvre considérée d’abord comme sauvage est traversée d’illuminations. La toile pour lui n’était plus un lit de repos mais un trampoline sur lesquelles formes et couleurs rebondissent selon des splendeurs inconnues.

PICABIA 3.pngQu’importe écrit Picabia si « les cubistes veulent couvrir Dada de neige (…) ils veulent vider la neige de leur pipe pour recouvrir Dada » L’artiste et aussi poète n’en eut cure. Il mit à mal une vision mercantile de l’art : c’est d’ailleurs ce qu’on ne pardonnera pas à Dada auquel on préfèrera son ersatz : le Surréalisme.

Picabia s’en amuse : « Vendre de l’art très cher./ L’art vaut plus cher que le saucisson, plus cher que les femmes, plus cher que tout. /L’art est visible comme Dieu ! (voir Saint-Sulpice)./L’art est un produit pharmaceutique pour imbéciles ». Ce qui n’empêcha pas Picabia de tourner la peinture à son profit et vers d’autres lieux.

Picabia.jpgRefusant « les chiures de mouches sur les murs » il allait les délester tout en les remplissant de ses « coupes fil » qui bloquèrent les processions picturales « en chantant Viens Poupoule ». Ce fut à l’époque un sacrilège : mais l’écho n’a cesse de nous interroger. Rappelons-nous des mots de Picabia : « DADA qui représente la vie vous accuse de tout aimer par snobisme ».

Jean-Paul Gavard-Perret