gruyeresuisse

10/09/2017

Aude Lerin : le miroir qui revient

Lerin.jpgS’interrogeant sur ses incertitudes de son identité, Aude Lerin trouve dans la photographie le moyen de les déjouer en des jeux de miroirs. Sa série « Outside the Box » rend compte d’un corps à venir et les moyens de le représenter par morceaux. Mais il demeure comme une énigme. Dès lors la question reste ouverte : que peut le corps et que faire avec lui ? A travers ses fragments Aude Lerin en cherche la faille, traque l’ouverture. Le tout en rêvant de l’assemblage par ce qui sort des limites de la connaissance et de ce qu’une simple image représente.

Lerin 2.jpgL’artiste en appelle implicitement à Bataille. Pour accroître les limites du corps il faut en effet trouver « l’œil intérieur » et ce par saillies et interstices afin de découvrir l’aspiration essentielle. Il y a donc dans de telles prises ce qui se montre, ce qui s’enfouit. Dureté et mollesse, articulations et souplesse. L’artiste sait que le genre est la physique de l’âme. Mais la société ne cesse de le stéréotyper dans le seul choix duel et cherche à lui attribuer une nature qui n’est pas la forcément la « bonne ».

Jean-Paul Gavard-Perret

03/09/2017

Le trouble des milieux : Stéphane Thidet

Thidet.jpgStéphane Thidet, diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, est représenté par la galerie Laurence Bernard à Genève. Ses œuvres infléchissent le réel sous différents types d’assemblages, de distorsions, de suites et passages. Il est toujours question de grimper une paroi là où pourtant tout semblait jusque là aller de soi en un visiblement inébranlable.

Thidet 3.jpgLe réel subit les assauts d’installations, photographies, machineries diverses au sein  d’écarts discrètement ironiques faits pour vaincre l’anxiété et la peur au moyen de visions poétiques décalées. L’artiste n’explique rien : il fabrique pour créer des rencontres intempestives tant par les prises de vue que les installations hybrides et croisées.

Thidet 2.jpgTout devient plus trouble et clair au sein d’irruptions, torsions, déclinaisons parfois quasiment minimalistes, parfois plus (mais faussement) lyrique. De telles intrusions délogent de nos lieux sûrs où l’angoisse fétichisée du passé comme du futur est détournée : choses ou lieux se métamorphosent selon un merveilleux, un ailleurs dans ce qui s’emplit, se vide ou se déserte. De la cymbale au module d’exploration spatiale fait de bois et jusqu’aux vieilles salles d’hospices, la fantaisie détourne les peurs, s’en amuse en une irruption dont le champ narcissique est vidangé évacué au profit d’une vision qui agite les formes généralement attendues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane Thidet, Exposition collective, Galerie Laurence Bernard, Genève, du 14septembre au 21 octobre.

25/08/2017

Luo Yang : covariances du féminin

Juxtapoz avant 1.jpgLuo Yang est un photographe émergeant de la scène chinoise. Son projet « girls » a pour but de montrer un éventail de femmes chinoises d’aujourd’hui. Dans leur diversité, l’artiste ose montrer ce que l’idéologie dominante peut estimer subversif tant pour les prises de vue que pour leur contenu.

Juxtapoz 2.jpgPrivées ou non ces photographies dressent un tableau souvent transgressif mais dans lesquels la femme demeure fragile même si se perçoit néanmoins une prise en compte de qui elle est (ou ose devenir) au sein de narrations et miction de réalisme et fiction. La beauté recherchée n’a rien d’apprêtée. Il s’agit avant tout de souligner comment les femmes avancent sans contrôle en dépit des règles admises par la société chinoise.

Juxtapoz.jpgPar fragments l’artiste inscrit de nouveaux repérages entre autres de celles qui refusent la loi des adultes et de l’idéologie rampante. Leur nudité reste distante. Indifférentes aux apparences, les jeunes femmes "inflorescentes" montrent comment leur doute sur qui elles sont se transforme peu à peu en certitudes et revendications implicites.

Jean-Paul Gavard-Perret