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19/09/2013

Messie, mais non : portrait de Fabienne Radi en parleuse

 

Radi.jpgFabienne Radi, « Mais si », lecture avec images, micro et verre d’eau », 27 septembre 2013 à 19 heures, Standard de Luxe, Lausanne.

 

 

Dans l’allée et venue  de l’exposition « Le poil des Cavernes » de Babara Cardinale et Line Marquis, Fabienne Radi va proposer une lecture dont elle a le secret et où se même la connaissance, l’imagination et l’humour. L’artiste reprendra des fragments de deux de ses livres « ça prend » et « Nouveaux Tableaux » mais aussi l’improbable corpus du « Managing Structural Bird Problems » d’Ursula Achternakamp et al..

 

 

 

A tous les assoiffés qui collent leurs lèvres aux bords de tasses athées et face à eux Fabienne Radi claquettera en talons hauts de rose. Elle bricolera à sa main et à sa langue ses plaisirs en un coulis fuchsia et en envol d’hirondelles avant que l’automne ne les emporte.

 

 

 

Dans ses mille et un vertiges et ses penchants paniques, perchée sur la corniche de son  estrade bien des yeux masculins et féminins regarderont non sous ses jupes mais sur ses lèvres afin de se pendre à ses lectures désirantes qui éloignent du sommeil. Il est fort à parier que beaucoup tomberont dans les beaux draps que l’artiste aura tendus pour les recevoir.

 

 

 

Poussant la lecture en un chant pataphysique bien des poissons volants y frétilleront. Car celle qui a le gout pour  les racines carrées en extraira une lave sortie des crasses de la terre et des écumes du ciel. Ainsi dans le Standard de Luxe il pleuvra des cordes de savoirs et de rire puisque pour une fois quelqu’un  parlera bien plus que pour un oui ou pour un non.

 

 

 

Fabienne Radi redressera bien des courbes et remontera le fil de ses pensées en Barbie Girl d’un genre inédit. En ses vols imaginaires elle penchera un peu à droite puis à gauche. Puis elle mitonnera un délicieux repas livresque. Espérons qu’une chorale décuplera son chœur en spirale intraveineuse et en intonations excentriques sur les rives du Léman. Sur la berge - sait-on jamais - un manchot viendra peut-être lui tourner les pages de ses livres. A moins qu’il ne lui prenne la main.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

E2A : vers une nouvelle conception de l’architecture

E2A, Architecture Piet Eckert et Wim Eckert, Hatje Cantz, Ostfidern, 495 p., 68 E..

 

E2A.jpgLe livre qui reparait aujourd’hui dans une version complétée est la première monographie des deux architectes de l’office suisse  E2A : les deux frères Piet and Wim Eckert. Entre utopie et réalité ils présentent diverses solutions et possibilités qu’on retrouve ici à travers leurs  projets, idées, dessins et bien sûr réalisations. Elles permettent au lecteur de devenir un témoin intense des enjeux de la ville et de son architecte. Les deux architectes dans leurs projections s’intéressent tout autant aux qualités des matériaux qu’aux obligations que doivent respecter tout architecte inséré dans son temps et ses contraintes. De telles créations - dans la droite ligne d’un Ludwig Mies Van Der Rohe - représentent bien plus qu’une réponse pertinente à l’âge de la reproductibilité des technologies. Elles sont les signes précurseurs d’une architecture du futur dans laquelle et pour la méthodologie des projets la conception digitale prend une place très importante. A ce titre les frères Eckert sont les protagonistes d’une architecture postmoderne qui tient en compte des données sociologiques comme des données technologique et écologique de toute construction.

 

L’office E2A s’est fait connaître avec le projet pour la Heinrich Böll Foundation in Berlin. Les deux architectes se sont placés d’emblée dans l’avant-garde d’une architecture écologiste tournée vers les économies d’énergie mais orientée aussi vers des formes toujours intéressante. Ce projet a d’ailleurs reçu le « CIO Green Award » en 2008. Dans le même esprit l’office a conçu  le “Sport Facilities Juchhof » de Zurich pour lequel il obtint “the Swiss Solar Prize” 2008. On peut aussi citer le pavillon « Nouvelle Destination » pour « The Swiss National Exhibition expo.02 »  qui reçu le « Flying Fish » (award pour le design durable). Récemment plusieurs de leurs projets publics ou privés bénéficient du « Minergie®* Standard » (label suisse pour l’architecture durable). Le rapport aux énergies durables et nouvelles force les deux frères à coopérer non seulement avec leurs clients potentiels mais aussi avec divers services d’ingénieries afin de trouver des solutions et des formes innovantes ainsi qu’une vision transversale de leur art qu’ils enseignent  à la HafenCity University Hamburg.

 

E2A 2.jpgLes deux architectes sont aussi des créateurs de formes audacieuses capable de tamiser la lumière ou la faire entrer suivant les usages des bâtiments et leur situation. Chaque projet s'harmonise en douceur avec la tradition tout an accordant une vision contemporaine de l'architecture. Chaque création des deux architectes deviennent des espaces conviviahx puisque l'usager n'est jamais oublié.  C’est d’ailleurs un point clé de l’E2A héritier en cela de toute une tradition de l’architecture issu du Bauhaus que de l’architecture nippone post seconde guette mondiale (Fujimori par exemple).

 

E2A.jpgLes constructions des architectes zurichois  sont empreintes d'un minimalisme particulier et d'une extrême fonctionnalité. Tout est dicté par un art de vivre sans souci pour le tape à l'œil. Les architectures restent chaudes, protectrices.  Elles  deviennent peu à peu  des modèles pour toute une génération de jeunes architectes internationaux qui trouvent dans ce mode de construction un substrat aussi écologique qu'historique à une architecture avant-gardiste. L’architecture n’est plus considérée comme une façon de faire autrement, mais un moyen pour construire autre chose. De telles constructions  anticipent le futur sans souci d’un formalisme ou monumentalisme affiché.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/09/2013

Le filmage architectural et urbain de Renate Buser

Buser 3.jpgLes installations photographiques monumentales conçues par la Suissesse Renate Buser viennent souvent se poser sur d’autres façades. De telles photographies donnent l’illusion de les ouvrir par différents jeux d’échelle et de perspective. Ces installations sont toujours spécifiques à un site en particulier. L’artiste y propose des expériences avec les perspectives et les caractéristiques intrinsèques d’un bâtiment ainsi que les jeux d'ombre et de lumière qu’il engendre. La photographe tente à la fois de créer une relation entre l’intérieur et l’extérieur et entre les espaces réels et les espaces photographiés. Ce mouvement  est essentiel à des propositions. Elles entrainent une réflexion sur l’espace urbain et l’architecture. A la Cité Internationale de Paris elle a profité de la diversité des maisons (entre autres la Fondation Deutsch de la Meurthe et la Fondation Suisse de Le Corbusier et la Maison Internationale et le Collège Néerlandais)  pour proposer ses interfaces à l’extérieur (façades) comme à l’intérieur (couloirs, halls et escaliers).  L’artiste s’empare de volumes lisses et simples. Elle utilise la lumière qui définit les espaces avec une grande subtilité. Par exemple la transparence des espaces dans un hall très haut provoque chez les promeneurs et les résidents un moyen de changer  le lieu  grâce à la photographie. Celle-ci décale la perception, change la perspective sur le quotidien. Alors que l'architecture  donne l'impression d’une fixité l’artiste lui accorde une valeur de changement et d’éphémère.

 

Avec son installation « Espaces et vides » à La Chaux-de-Fonds elle utilisa les photographies des immeubles d'habitation du 19e siècle. Pour reprendre les photographies Renate Buser avait choisi des angles qui faisaient apparaître les immeubles en forte perspective. L’artiste coupa toits et trottoirs afin de juxtaposer les façades. Elles deviennent des éléments de décors sans épaisseur. Ils réduisent les espaces urbains à des vides. L’effet de trompe l'œil des images crée un effet étrange. Une telle monstration suggère un paysage urbain quasiment onirique. En avançant dans la salle d’exposition les façades se déformaient et les perspectives s'accéléraient avec toujours la recherche du mouvement dans la dialectique de l’espace réel et son reflet « remonté ». On l’aura compris : Renate Buser aime l'architecture et les grands tirages en noir et blanc. Elle joue avec les lignes de force, les perspectives et les ouvertures, pour confondre la transparence des supports et transparence du bâtiment. Elle anime l’architecture via ses photographies et leurs jeux d’angles. Elle ouvre aussi les deux médias à un champ d’expérimentation ou la 2D de la photo joue avec la 3 D de l’architecture. Surgit par exemple de sa vision  une prise qui lui permit à Tokyo de découvrir une utopie urbaine - un peu comme le proposait Fritz Lang avec Metropolis ou encore Riddley Scott - par la coexistence de l’architecture d’avant-garde et des quartiers historiques. Renate Buser a d’ailleurs pris des photos des rues, des buildings qui rappellent des scènes de films pour les “remonter” une nouvelle fois dans son propre “film”.

 

Buser 6.jpgLe noir et blanc et le grand format  permettent de préserver un maximum de détails. La narration devient aussi poétique que narrative proche de la vie réelle mais autant de la dimension S-F. Jouant d’abord sur le grossissement des images l'artiste les adapte en des formats conçus pour des expos en galeries. Là encore elle adopte une installation particulière. Depuis quelques temps animaux et personnages « performent » dans ses travaux. On trouve par exemple un énorme rat qui « pose » devant le marché de poissons de Tokyo.  Un corbeau est assis sur un poteau dans une allée étroite : en fait, c'est une tige installée devant la photographie. Mais elle offre un déguisement parfait. L’artiste propose donc là des tableaux-vivants où se renforce son mixage entre l’imaginaire et le réel. De telles œuvres méritant une attention particulière tant elles sont originales. Le réel y perd sa réalité d’apparence. Les surfaces sont renvoyées à des états de méconnaissance. Elles se trouvent atteintes par une turbulence, par une vague de connaissance intempestive. Elles sont les preuves que tout cliché peut devenir une épreuve de vérité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret