gruyeresuisse

19/11/2013

Hommage à de Saussure : lit & rature

 

 

de_saussure.png« Poésie en  mouvement 4, version Saussure », Mercredi 20 novembre 2013 à 19h, Fonderie Kugler et Fak, Genève.

 

Alpiniste, grammairien de Saussure a transformé la linguistique et la « textuorologie » du XXème siècle à nos jours. Trop modeste pour jouer les gros bras intellectuels il n’a jamais cherché à épater ses pairs et encore moins les gogos. D’où le relatif incognito qui perdure à son sujet. On connaît presque plus l’alpiniste (qui a vaincu le Mont blanc) que le savant. Cent ans après sa mort l’espace Kugler le fête de la manière la plus judicieuse. Plutôt que proposer un colloque assommant ce sont des créatifs qui font l’éloge en actes du savant professeur dont  le « Cours de linguistique générale » reste l’ouvrage de base pour tous ceux qui s’intéresse à la science qu’il a inventé  - la sémiologie – et dont l’influence reste majeure dans les sciences humaines actuelles.

 

Le travail sur la matière sonore, le tracé, la graphie, le signe, le corps, le mouvement entrent en communion avec l’aventure saussurienne. Cette approche prouve que la pensée du genevois est aussi une esthétique multimédia. Elle se décline en performances, installations vidéo, interventions musicales, conférences express. Les paroles du « père » deviennent les lames de fond de telles  perspectives artistiques. Leurs créateurs font louvoyer  autour du fantôme du sage  une forme de volupté. Il y a là des caresses du regard sur la peau du temps afin de remonter l’histoire  du sens et du signe telle que de Saussure la conçue. 

 

Preuve que créer n’est pas seulement mettre de l'ordre : c’est s'abandonner à ce qui fut et reste l’arête vive d’un seuil. De Saussure en passeur y fit  mordre la poussière aux vocables qu’on plaçait jusque là dans un « caveaubulaire » (Prigent).  Le savant  l’ouvrit  afin de montrer ce qui dans la littérature est parfois lits & ratures. Il a saisi par ce biais un « invisible » du signe. Les artiste réunis dans l’espace Kugler en ouvrent le robinet de sens afin que du « monstre » en sorte encore. Preuve que l’imagination morte de de Saussure imagine encore. Les artistes qui l’honorent le prouvent et ne s’en privent pas.

18/11/2013

Marcel Miracle : vues du pont

 

Miracle-DanseCrayon.jpgMarcel Miracle, "Danse Crayon, Sainte Croix Vallée-Française (Lozère) - le pont", Keymouse, 150 E.

 

Le plaisir du texte et de l’image hante certaines formes de nostalgie. N’en serait-il pas le centre ? C’est ce que Marcel Miracle affirme et nie à la fois à travers les vieilles cartes postales rehaussées de ses collages et de ses textes. Le Lausannois y propose un travail d’expérimentation poétique dont il a le secret. Il répond de la sorte aux exigences des éditions Keymouse.  Faisant suite aux  éditions Smallnoise elles offrent un espace original de création de l’imprimé selon toutes formes et supports.

 

Les collages astucieux et intempestifs deviennent des sortes de grosses « mouches » qui inoculent au vécu suranné une nouvelle jeunesse. Sur le contour sépia du lieu figé du village Marcel Miracle impose son rouge vif au détriment du coloris fané. Le sombre rose se coiffe de sombreros.  Et si le créateur semble affirmer : « Ne vous fiez pas à ce que je montre et j’écris » il ne faut pas le croire. Ses interventions recèlent une splendeur tranchante. Leur stylet scinde  les vieilles images pour les tatouer de ses chicanes.

 

A la disposition plus ou moins chagrine du pont de Sainte Croix Marcel Miracle offre une traversée incongrue. Tout bascule vers le haut dans une alchimie et un vertige. La cendre vaguement brune trouve sa mutation. Elle arrache de l’emprise morose des temps révolus. Il n’est pas jusqu’aux ondes des eaux en contrebas du pont  de  déborder de puissances latentes. L’artiste-poète en fait jaillir la vie folle et libre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

08/11/2013

Les saigneurs des agneaux

 

 

Méchanceté.jpg“Dictionnaire de la Méchanceté” coll. Dir. Par L. Faggion et Chr. Regina, Max Milo Editions, 2013, 384 p. , 49,90 (e).

 

A tous ceux qui rêvent d’un « homme sweet homme » ce dictionnaire sera sans utilité puisque - descendant des alpes suisses et françaises, des plateaux du Jura comme de ceux de Langres ou du plat pays Brabant - sont convoqués des méchants hommes. Ils savent combien chacun être est un loup pour les autres. Néanmoins ils sont souvent seigneurs (Artaud par exemple). Les enchanteurs pourrissants forment une communauté plus saine que bien des « logichiens » et autres « théolochiens ». Ceux-ci - au nom du bien - ont fait plus que des niches à l’humanité qu’ils prétendaient sauver. C’est vieux comme le monde il n’y a pas de plus méchants que ceux qui maquillent leur tréfonds au parfum de sainteté extrait du sang des sacrifiés.

 

 

Il arrive que la langue du monstre reste parfois le seul recours afin de briser les logos sanctifiants où vagit la véritable méchanceté.Diffusant et infusant textes et images « malfaisants » le dictionnaire permet la renaissance d’une masse d’esprit enfouis. Elle forme un bouquet de fleurs du mal du plus pertinent relief. Piochée dans les corpus hargneux et démoniaques, du cadavre de la langue surgit celle qui parle d’étranges  histoires d'enfantement, de genèse et de chaos. Elle éructe, méprisant le refoulé, orgueilleuse et joyeuse afin de cracher la bile perverse et scélérate de la rate des litté-rateurs. Le flux des iconoclastes est donc plus que  nécessaire : là commence le feu. Il se tisse en torsades afin que la  terre s'ouvre comme un ventre. De ses blessures obscènes une lumière surgit. Elle n’est pas forcément noire et permet d’éclairer les faux « re-pères » de ceux qui se font appeler âmes mais ne sont parfois que des bêtes. Preuve que les saigneurs des agneaux ne sont donc pas forcément ceux que l’on prend pour tels. 

 

J-P Gavard-Perret