gruyeresuisse

25/08/2017

Luo Yang : covariances du féminin

Juxtapoz avant 1.jpgLuo Yang est un photographe émergeant de la scène chinoise. Son projet « girls » a pour but de montrer un éventail de femmes chinoises d’aujourd’hui. Dans leur diversité, l’artiste ose montrer ce que l’idéologie dominante peut estimer subversif tant pour les prises de vue que pour leur contenu.

Juxtapoz 2.jpgPrivées ou non ces photographies dressent un tableau souvent transgressif mais dans lesquels la femme demeure fragile même si se perçoit néanmoins une prise en compte de qui elle est (ou ose devenir) au sein de narrations et miction de réalisme et fiction. La beauté recherchée n’a rien d’apprêtée. Il s’agit avant tout de souligner comment les femmes avancent sans contrôle en dépit des règles admises par la société chinoise.

Juxtapoz.jpgPar fragments l’artiste inscrit de nouveaux repérages entre autres de celles qui refusent la loi des adultes et de l’idéologie rampante. Leur nudité reste distante. Indifférentes aux apparences, les jeunes femmes "inflorescentes" montrent comment leur doute sur qui elles sont se transforme peu à peu en certitudes et revendications implicites.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2017

Révision des souverains poncifs d’une perfidie contemporaine envers Maurice Blanchot


Blanchot.jpgLire Blanchot ne devra certainement pas se limiter à consulter ses premiers écrits politiques des années 30. L’auteur y est non seulement intellectuellement mais littérairement balbutiant. Agé d’un peu plus de 20 ans, écoeuré par le déclin français, il se rapproche de «Jeune Droite» et collabore à des revues et journaux où il exprime son antiparlementariste, son anticapitaliste et son antimarxiste. Anti-Allemand, Blanchot saisit le danger de la « mystique » hitlérienne qui « prend la forme d’une culture et cherche à justifier ses desseins par des valeurs qu’elle diminue». Mais, face à la machine de guerre nazie, Blanchot s’élève contre le pacifisme et dénonce ceux qui voient l’hitlérisme tel « un système de relations abstraites qu’on règle au moyen d’un arrangement juridique». Pour l’auteur les politiciens occidentaux sont devenus des complices de la barbarie au nom d’un moralisme obstiné qui ne contraint en rien les maître du Reich et de l’URSS.

Blanchot 2.jpgPour Blanchot, il convient de venir à bout du désordre et de la crise qui ruinent le monde. Il en appelle à une révolution spirituelle. Mais selon lui il n’existe pas de solution démocratique eu égard au personnel politique. Sa révolution s’oppose à celle des Soviets. Mais l’antisémitisme est tout aussi flagrant. En un repli nationaliste Blanchot - parmi les fauteurs de guerre - dénonce «les Juifs émigrés, étrangers suspects» dont le but est de «précipiter les Français, au nom de Moscou ou au nom d’Israël, dans un conflit immédiat». Quant à Léon Blum il est le symbole d’«une idéologie arriérée, une mentalité de vieillard, une race étrangère ».

Blanchot 3.jpgNéanmoins de tels écrits s’arrêtent en 1937. L’amitié avec Georges Bataille, son rapprochement avec « Jeune France » de Pierre Schaeffer le délivre de son idéologie première. Auteur NRF avec « Thomas l’obscur », il n’écrit plus que des critiques littéraires. Plus tard il retrouvera incidemment sa tête politique. Ami de Robert Antelme et de Marguerite Duras, il est un des auteurs de la «Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie» et devient un activiste du Mai 68 parisien. C’est pourquoi, sans négliger les premiers écrits, ils ne doivent pas occulter la force littéraire et « Le pas au-delà» de la pensée de Blanchot. Il aura appris de ses erreurs premières que la littérature est affaire de silence et même Emmanuel Levinas et Jacques Derrida l’absoudront. Ils ont compris que sa «vraie vie » était l’écriture : celle de nuit et non «l’écriture de jour, au service de tel ou tel». En un certain sens son antisémitisme l’aura paradoxalement révélé le plus fortement à lui-même. Conscient de ses erreurs de jeunesse il allait devenir un modèle d’une littérature exigeante. Seuls ceux qui s’estiment parfaits peuvent se croire autoriser à désavouer l’œuvre au nom des premières dérives. Tout d’ailleurs n’est pas à jeter. A côté de l’antisémitisme puant existent des visées efficientes et d’actualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Maurice Blanchot, « Chroniques politiques des années trente 1931-1940 », Edition présentée, préparée et annotée par David Uhrig. Gallimard, 550 pp., 29 €., 2017.

 

 

22/08/2017

La Suissesse et la vidéo : Barbara Polla

Polla magyarosi-eva80.jpg« Calligraphie » propose les vidéos en lien avec le dessin de 15 artistes contemporains. Ils mixent les deux genres afin de créer un univers à la fois multiple et un, déclinent des univers inédits par le mariage du dessin et du mouvement.

PollaLaure Tixier.jpgLa vidéo d’Ali Kazma offre un mélange d’humour et de noirceur, entre tragédie et légèreté, poésie et politique, architecture et peinture. Pawel Prevencki crée une « Avventura » antonionesque où l’angoisse est remplacée par une forme d’insouciance. Mounir Fatmi tire sa “jambe noir de l’ange » d’un tableau de Fra Angelico : « La Guérison du Diacre Justinien » pour lui offrir un autre soin. Eszter Szabo avec “Abandoning The Testicals” met à mal les attributs et les prébendes de la prétendue puissance masculine de manière iconoclaste.

Polla.jpgBridget Walker en propose une autre version plus poétique et littéraire là où fusionnent fantômes et réalité. Kakyong Lee mêle la beauté à l’horreur, l’art à la politique en se fondant sur les témoignages du massacre de Jeju qui eut lieu sur l’île en 1948 en mêlant brutalité du réel et finesse de réalisation graphique.

Polla Ali Kazma.jpgAndreas Andelidakis à l’inverse montre comment la nature se venge des assauts anarchiques de l’urbanisme d’Athènes. Laure Tixier choisit un autre axe afin de dessouder , dans la France, les grands ensembles des année50-70, les noms pastoraux (Val Fourré, Chantepie, etc.). lls sont  l’antithèse de ce que leurs intitulés symbolisent. Une fois de plus Barbara Polla secoue les idées reçues par cette immense revue de détails. Engagée et poète elle reste une maîtresse de cérémonie enjouée et parfois austère, amatrice des paradoxes qui nous rappellent l’état de nos sociétés comme de nos intériorités. Le tout synthétisé par le travail d’Eva Magyarosi dont « l’Eden » est soumis à des coups de scalpel. La jeune artiste rappelle que dans ce paradis dieu est bien mort. Et les êtres sont guère en meilleur état.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Calligraphie », Programmation vidéo de Paréidolie : carte blanche à Barbara Polla, Marseille septembre 2017.

Images : Eva Magyarosi, Laure Tixier, Barbara Polla, Ali Kazma.