gruyeresuisse

19/08/2018

Matthieu Ruf : Robinson est de retour

Ruf.jpgMatthieu Ruf, « Seconde Nature », Paulette Editrice, Lausanne, 2018

Le jeune écrivain Lausannois Mathieu Ruf a fondé en 2012 le collectif AJAR dont les membres partagent le désir d’explorer les potentialités de la création littéraire en groupe et de défendre une approche professionnelle de l’écriture sur divers médias et support. Son voyage en Amérique du Sud alimente son blog nommé « L’encre de Paragonie ». Et il n’est pas sans échos dans ce livre où le héros devient « un scientifique penché sur un insecte ». Ce qui permet à l’auteur « Un retour à la nature, entre conte des origines et documentaire post-apocalyptique. »

Ruf3.jpgCe Robinson d’un nouveau genre n’est pas toujours en état de fonctionner parfaitement. Mais il est à l’image de la forêt qu’il explore. Elle est peuplée d’une faune et flore particulières : cochons d’eau, sistérinos, colovriers, etc. Mais l’auteur procède de manière dialectique hégélienne le personnage et le monde entre conservation et dépassement des éléments que constitue le roman entre négativité et positivité dans des linéaments et des lignages impressionnants entre le primitif et le futur.

ruf4.jpgCette dialectique est subtile et l’auteur possède un art achevé et ironique de la description et de l’allusion subtile. Elles donnent tout le sel à cette dystopie originale et qui remet bien des montres à l’heure en défendant des valeurs autant « sauvages » qu’irrecevables dans notre monde qui sous couvert d’ouverture propose bien des révocations et des exclusions. Et l’éditrice lausannoise prouve une nouvelle fois sa volonté de faire bouger les lignes dans ses exercices et liberté et d’amour de la langue.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/08/2018

Heart of stone : Patrick Rohner

Rohner .pngPatrick Rohner, “Entanglement”, Galerie Mark Müller, Zuricn, septembre-octobre2018.

Né en 1959 à Geboren in Rothenthurm, Patrick Rohner fait de la tectonique l’objet de son œuvre. Il la visite selon divers montages et pratiques. Ses photographies donnent aux surfaces un aspect étrange. Elles deviennent des tapisseries de lieux qui à la fois perdent leurs références tout en demeurant des signes clés des paysages premiers. C’est un peu comme une reproduction des montagnes mais selon une prise qui en signale l’architecture initiale qui repose sur la nature de la roche, le climat et l’atmosphère.

Rohner 2.pngL’artiste ne cesse de travailler ces problématiques des natures profondes. Celles-là créent des atmosphères énergétiques, chimiques, biologiques en des présences que l’artiste saisit en ouvrant bien des questions visuelles sur les problèmes du monde tel qu’il devient. S’inscrit ainsi en filigrane une sorte d’engagement quasi politique. N’est-ce pas là revenir à l’essentiel et passer de l’architecture muséale à une architecture de la vie ?

Rohner 3.pngL’artiste à travers le réel franchit ses frontières, modifie les manifestations visibles, ou plutôt transforme leur perception. Un hybride paysager et naturel surgit progressivement. Il demeure riche d’implications en des phosphorescences mystérieuses où sur les ruines ou les surgescences de la nature se redessine une architecture admirable nourrie de la clarté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/08/2018

Christine Valcke et l’énigme de la peinture

Valcke.jpgEn répandant sa peinture Christine la fait glisser vers le regardeur. Et ce d’un roulement qui fait apparaître quelque chose : une chose pas d’ici, un paysage dans le paysage…L’un dans l’autre, et l’artiste n’y est pas tout en étant là - dans l’étendue.

Valcke 2.jpg

 

Les images n’ont pas lieu, du moins telles que nous les attendons. C’est en quelque sorte une peinture qui se passe du réel. Bref - comme les femmes pour Lacan - « elle n’est pas toute ». Mais est-ce comme les susdites parce que la jouissance de la peinture n'est pas toute phallique ? A moins qu’à sa façon Christine Valcke cherche la solution à cette énigme.

 

Valcke 3.jpgMais ce qui compte chez elle reste que cette peinture n’est pas dans les images bien qu’il n’y ait pas d’images sans cette peinture. Elle se passerait bien d’elles mais le voyeur ne se passe pas de « l’espèce » et de l’espace d’une telle créatrice. Sa peinture est son lieu - même s’il ne s’agit plus pour lui de se rincer l’œil mais de plonger dans l’inconnu. L’artiste communique en douceur avec. Et cette communication est semblable à la limpidité de l’air. Bref dans le visible, Christine Valcke voit l’invisible, et c’est l’espace même - et il a l’être de ce qui est.

Jean-Paul Gavard-Perret

Christine Valcke, exposition, Maison de Roy, Sigean, jusqu’au 1er septembre 2018/