gruyeresuisse

17/12/2018

Rem Koolhaas : la révolution architecturale

Koolhaas.jpgRem Koolhaas commença ses recherches et créations architecturales par un livre culte "New York Delire" . Manhattan était déconstruit puis remonté selon les perspectives du parc d’attraction qui jouxta  New York dès le XIXème siècle à Cosney Island. L'architecte le plus vivifiant de notre époque recomposa la Grosse Pomme sous forme de collages où la poésie, la technologie, la politique, le fantasme se télescopaient au sein d'une fête littéraire et iconographique.

 

Koolhaas 3.jpgAvec "Elements of Architecture" il récidive. Mais à New-York fait place le monde. Le créateur propose, entre autre et pour sa réflexion, un retour sur son passé le plus reculé. Il démontre comment toute son originalité futuriste part de l'appartement mansardé familial dont le sol vibrait sous ses pas : ce lieu premier a façonné sa vision du monde. Celle-ci est présentée ici de manière apparemment chaotique mais selon un ordre moins énigmatique qu'il n'y paraît.

 

Koolhass 2.jpgEn quinze éléments Koolhaas crée une nouvelle perspective. Celui qui s'est intéressé à la décontextualisation des mégalopoles et au décloisonnement de certains bâtiments (gare, prison, etc.) offre des éléments capitaux afin de comprendre l’architecture du monde selon divers paramètres transdisciplinaires (peinture et littérature comprises et quelles que soient les cultures qui les nourrissent). L'auteur n'ignore rien de l'Europe comme du Japon ou du Moyen-Orient arabe. Se découvrent plusieurs plans directeurs, des clichés intimes des Métabolistes, des maquettes d’architecture bien sûr mais aussi d’incroyables visions urbaines de science-fiction. Ce livre est un fondement à qui veut comprendre les enjeux de l'architecture d'aujourd'hui et de demain le tout avec - lorsqu'il le faut - humour et poésie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rem Koolhass, "Elements of Architecture", Taschen, Londres, 2334 p., 100 E., 2018.

14/12/2018

Marguerit Burnat-Provins : Mongolie intérieure des émotions cachées

Burnat 3.jpgMarguerite Burnat-Provins, "Pour Elle", Co-édité par ECAV – École cantonale d’art du Valais / Manoir de la Ville de Martigny / Musée d’art du Valais, Sion Sous la direction de Anne Jean-Richard Largey et Federica Martini.Textes de Anne Jean-Richard Largey, Federica Martini, Céline Eidenbenz.

 

La créatrice Marguerite Burnat-Provins (1872-1952) affectionnait le Valais et y travailla entre 1898 et 1907. Cette étape de sa vie marque le point de départ de ce livre qui prolonge l’exposition du même nom présentée il y a deux mois au Manoir de la Ville de Martigny. Il met en évidence la difficile acceptation d'une auteure et peintre rebelle à toutes étiquettes et adepte de l’expérimentation libre autour des beaux-arts, des arts appliquées et de la poésie.

Burnat.jpgHuit artistes de notre temps (Noor Abuarafeh, Valentin Carron, Christopher Füllemann, Gilles Furtwängler, Robert Ireland, Sofia Kouloukouri, Nathalie Perrin et Alexia Turlin) partagent les mêmes interrogations que la créatrice oubliée et réévaluent son oeuvre et - par delà - la position des femmes dans l'histoire de l'art.

Burnat 2.jpgLe travail d'une telle artiste mit à mal un certain ordre. Mais un silence coupable accueillit l'oeuvre. Ce livre le désenclave. Le langage plastique et poétique de la créatrice effacée des stèles de l'histoire de l'art osa presser le fruit d'un désir de spiritualité et de sensorialité. Elle en recueillit les saveurs acidulées, sucrées-salées. L'ouvrage fait enfin de la place pour celle qui en a toujours manqué. Artistes et analystes volent au passé ce qui y demeura caché. Il existe dans cette œuvre un espace de dégagement en un rêve non réalisé mais non irréalisable : celui, par le jeux des formes, de la Mongolie intérieure de nos émotions cachées.

Jean-PaulGavard-Perret

13/12/2018

L''Action Burning" de Fateneh Baigmoradi

Baignardi.jpgDans sa série la plus récente «C’est difficile de tuer» (commencée en 2017) Fateneh Baigmoradi avait repris des photos qui montraient ses parents avant la révolution islamique de 1979 en Iran où elle a grandi. "Je suis obsédée par les nombreuses photos que nous n’avons plus" dit-elle et l'artiste en se servant des photos de famille  recompose le temps d'avant jusqu'au moment où son père, membre du parti du Front national, les élimina car elles devenaient dangereuses.

Baignardi 3.jpg

 

Cette expérience se produit fréquemment dans le monde. Et par son propre travail de "pyromane" l'artiste explore l'idée "de mémoire prothétique". Mais les brûlres qu'elle impose à ses vieilles photographies de famille restent pour elle chargées néanmoins d'aura.

Baignardi 2.jpgCette "action burning" crée un déséquilibre entre deux moments d'une narration personnelle mais à valeur générale. Elle attire l’attention sur les problématques de mémoire. La photographe  montre combien l’autocensure affecte une histoire dans l'Histoire et prouve que le'"oblitéré" parle autant que ce qui était jadis à et dans l'image.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Fatemeh Baigmoradi, "GRACE: Gender-Race-Identity", Galerie Laurence Miller, New-York, du 3 janvier au 22 février 2019.