gruyeresuisse

13/03/2020

Maurizio Cattelan, Pierpaolo Ferrari et Martin Parr : Splash

Splash.jpgChez Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari comme pour Martin Parr, l’imaginaire renvoie la réalité à une fin de non-recevoir en un basculement dans « l’irréel » qui contredit la pression et la nécessité sous lequel le monde ploie. Tout induit à un laisser-aller, un certain farniente et une manière de retourner la lourdeur du réel comme un gant.

 

Splas 2.pngC'est pourquoi après le succès du magazine ToiletMartin PaperParr, sous le même titre, est publiée une monographie de la collaboration entre le photographe britannique et le magazine créé par les deux italiens qui tranforment dégats et agissements en oeuvre d'art. Des signes incohérents acquièrent une esthétisation et une propriété réversible des extensions infinies qu'un tel art de la fugue propose.

Splas 3.jpgLes 120 images tirées des archives respectives des trois iconclastes dégagent des processus acquis. Nous sommes loin des figurations de type développement personnels. Ici faire de la vie une oeuvre d'art passe par l'accident, l'erreur et une forme de dépossession des plus jouissives.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marizio Cattelan & Pierpaolo Ferrari , ToiletMartin PaperParr, Damiani Edittore, Milano, 2020.

Antonin Artaud : morcellements

Artaud.jpgDès son enfance Antonin Artaud n'existe plus. Un surnom s'imprime sur sa matrice, vierge, germinative. Il devient un "crachat" . Plutôt que de s'en débarasser Artaud va en multiplier les avatars. Le "vrai" nom qui généralement représente la loi ne brandit plus son glaive. Il est remplacé - selon le Rite du Ciguri qui rappelle bien d'autres mythes primitifs - par râpe magique de la dé-nomination l' encendrement de l'être.

Preuve que le nom officiel est "détaché d'une image agie et vécue quelque part". Si bien qu'Artaud demandera même à Paulhan d'éditer "Le Voyage au pays des Tarahumaras" sous la seule signature de : ***. Mais dans "Je ne suis pas Nanaky"  le "Momo" veut échapper au vivant honni. Le nom ne serait enfin moins "un gouffre de recommencement" que le lieu du commencement. Sortant d’un chaos Artaud semble ordonner ou du moins laisse espérer un autre règne.

Artaud 2.jpgEt ce au moment où piochant dans le cadavre de la langue il essaye d'atteindre une avant-langue ou son avant genèse par les glossolalies. S'étant rendu compte que "les mots étaient incapables de dire tout ce que je voulais leur faire dire" il va inventer des "syllabes parfaites" (c'est lui qui souligne). Dans ce mystérieux alphabet mastiqué par une énorme bouche, "épouvantablement refoulée, orgueilleuse, illisible, joyeuse de son invisibilité" l'auteur va recouvrer son nom. Le vrai. Quoique transformé dans ses glossolalies des Cahiers du Retour à Paris en "Timpi / Le vulz de ki / Le vul ibi".

Jean-Paul Gavard-Perret

Antonin Artaud, "Je ne suis pas Nanaky" , Illustrations de J-G Badaire, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2020, 32 p.

12/03/2020

Femmes entre elles au Musée Jurassien de Moutier

Jura.png"Entre femmes ! Les collections du musée", Musée Jurassien des Arts de Moutier, du 15 mars au 8 novembre 2020.

Dans sa tradition d'expositions thématiques, le Musée Jurassien apporte sa pierre au rééquilibrage de la présence des femmes dans l'histoire de l'art. Et ce, dans le but de contrebalancer des statistiques nettement en leur défaveur et afin de faire évaluer les mentalités et les représentations féminines.

Jura 3.pngBrigitte Jost, Daniela Keiser, Mireille Henry, Jeanne Chevalier et une vingtaine de leurs consoeurs illustrent les visions autant du corps, du paysage que de l'étrange. Toutes ces oeuvres questionnent la représentation et ses techniques à l'image de la vidéo "Kunstpillgerreisse" de Marinka Limat dont la performance est un pèlerinage sur les lieux d'art de Fribourg à Berlin afin de s'y faire bénir. Mais au nom de l'art.

Jura 2.pngSe découvrent aussi des assemblages étranges où les artistes femmes se montrent très sensible à l'autre comme dans les dessins de rite de Romana del Negro. Le corps féminin garde toute sa place au moment où il est "pris" par un regard féminin - celui d'Anouk Richard par exemple qui le désacralise sans le réduire à une simple apparence libidinale. Toutes ces artistes femmes optent pour un «je», détaché de l’égo et en conséquence propre à opérer un tutoiement  conséquent : celui de la vie et de la réalité.

Jean-Paul Gavard-Perret