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19/03/2019

Olivier Rachet : et Sollers réinventa la peinture

Rachet.pngSi l'écriture ne signifie ni éternité, ni éternisation (eu égard son caractère abstrait) mais seulement une agonie, l'art à l'inverse déjoue le "devenir-mortification" autant du langage que d'ailleurs de l'image lorsqu'elle n'est pas la source d'une "dialectique" comme le précisa Sollers au moment où "Tel Quel" et le revue "Peintures" nouèrent un nouvel avenir pour l'art.

 

 

Rachet 2.jpgCette dialectique - comme le rappelle Olivier Rachet dans son essai fondamental sur Sollers et la peinture - l'auteur de "Paradis" (son chef d'oeuvre) n'a cessé de l'explorer. A partir d'une image "primitive" celle de "la divine Olympia", il a relié l'art à l'essentiel : Eros frère jumeau de Thanatos comme l'ont prouvé tous les artistes qui comptent pour lui du Caravage à Bacon (mais ce ne sont que deux noms parmi bien d'autres repères).

Sollers.pngParfois dans une forme de dialogue inventé afin d'alléger sa démonstration, Rachet prouve que l'alacrité de l'écriture de son modèle est inhérente à son "goût" (mot clé chez lui) pour un art parfois oublié, parfois ou "mal vu mal dit" (Beckett) jusqu'à lui : de Courbet à Pollet, de Fragonard à De Koonig. Sollers fut donc au centre d'une "contre-histoire de l'art" (sous titre de l'essai) et de sa révolution. Ce qui pour Rachet efface certaines errances maoistes de l'auteur. Mais celui-ci vient d'en faire sauter l'hypothèse par une belle torsion. Celle qu'il propose via Shakespeare embarqué avec lui sur le bateau de son dernier et superbe "Le Nouveau" (Gallimard).

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Rachet, "Sollers en peinture", coll. Tinbal essai, éditions Tinbad, Paris, 2019, 220p., 21 E..

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Olivier Rachet, "Sollers en peinture", coll. Tinbal essai, éditions Tinbad, Paris, 2019, 220p., 21 E..

18/03/2019

André Carrara et le sens du rite

Carrara.jpgLa photographie de mode est devenue un genre noble. Mais elle peut-être dangereuse pour les artistes qui brûlent leur créativité en sacrifiant leur "âme" aux demandes des responsables marketing. André Carrara leur résiste. Chez lui le corps devient une présence silencieuse. Il se dérobe, se refuse puis s'abandonne à l’obscurité et la lumière. L’objectif de l’appareil ne saisit pas un corps, mais  sa part de mystère.

 

 

Carrara 2.jpgLe photographe ne s'est donc pas laissé piéger par les statégies préformatées. Entre ses clichés de création et commerciaux l'écart est des plus minces. Avec lui qu'importe le vêtement : la femme s'étire, s'enroule, se love, se lève. Et l'artiste tient son image hors de l’image attendue. L'intimité semble jaillir du néant.

 

 

 

 

Carrara 3.jpg« Si j’ôte mon chemisier que ferais-je de lui ?" semble demander les modèles au photographe. Son attention la rassure. Parfois dans les épreuves, l'égérie semble absente. Si proche mais si lointaine. Comme encore non révélée jusqu'à ce que l'appareil la saisisse : soudain elle se transforme dans le noir qui fascine et blanc qui tue. Métaphoriquement bien sûr.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Lambertz : suspendus au cou de l'hiver

Lambertz.jpgPatrick Lambertz, "Châlets de Suisse", Breitenhof, Altendorf, du15 au 24 mars 2019

 

Patrick Lambertz représente la Suisse à travers un de ses poncifs. Ce n'est pas ici le pays du chocolat, de l'horlogerie de luxe, des banques ou du fromage mais celui des chalets. Le créateur les photographie de manière frontale et quasi décontextualisée en relevant ses prises de quelques couleurs spartiates.

Lambertz 3.jpgPatrick Lambertz utilise volontairement ce cliché afin de prouver la diversité d'une telle "maison de l'être". L'artiste d'origine allemande a passé plusieurs saisons hivernales pour les saisir selon une vision "très éloignée du monde glamour de l’image idéalisée" tant de tels chalets sont parfois sinon abandonnés du moins laissés en désuétude.

Lambertz 2.jpgà une problématique qui remonte aux travaux de l’école de photographie de Düsseldorf et du mouvement «New Objectivity», des séries réalisées par Bernd et Hilla Becher et de l’art photographique formel de Karl Blossfeldt, Lambertz fidèle à ces traditions a choisi une vision minimaliste, quasi "abstraite" mais poétique. Elle donne au paysage suisse un caractère austère mais prégnant. Manière d'insérer du leurre dans le leurre et transformer une représentation classique par celle où le chalet semble suspendu au cou de l'hiver.

Jean-Paul Gavard-Perret