gruyeresuisse

30/05/2017

Nicolas Pesquès : « Nouvelles de l’impossible »

Pesques.jpgFidèle à son habitude Nicolas Pesquès propose un livre qui décoiffe eu égard au statut des textes qu’il contient. Ce livre parle de tableaux, arpente la peinture et la couleur en des textes hybrides à la fois critiques et de poésie pure. « On n’y apprend peu de choses » dit modestement l’auteur. Il est vrai que le texte prend par revers les corpus non seulement de l’art et de son histoire, mais tout autant de la philosophie et de la poésie (Rimbaud en tête).

PesquesMoninot.jpg

 

Ces textes réussissent des a parte des plus significatifs à travers l’univers des artistes que l’auteur retient. Et ce dans une configuration particulière. Elle met en exergue certes des artistes reconnus (Buraglio; Gilles Aillaud, Garache, Jan Voss, Delacroix, Opalka, Schlosser) mais aussi des œuvres plus neuves, moins médiatiques mais d’un intérêt majeur : celles d’Aurélie Nemours, Bernard Moninot et ses tables, Brigitte Palaggi par exemple).

pesques Voss.jpgPour chaque œuvre, Pesquès crée une propre physique du texte, et son espace phrastique particulier. Et c’est bien en ce sens qu’il faut comprendre le titre du livre. « Sans peinture », celle-ci est néanmoins dedans, elle se lit dans ce qui n’y a pas été écrit mais que l’auteur propose. Dès lors les images s’ouvrent comme le titre du livre s’ouvre entre ces deux termes afin que l’indicible ne soit plus un innommable. L’auteur demeure donc fidèle à une idée qui est chère : « les tableaux font comme les poèmes et les poèmes aussi font comme les tableaux ». Les deux donnent des « nouvelles de l’impossible ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Nicolas Pesquès, « Sans Peinture », Editions l’Atelier contemporain, Strasbourg, 304 p., 30 E., 2017.

(oeuvres de Bernard Moninot et Jan Voss)

 

 

27/05/2017

Trop de corps, pas assez : Caroline Fahey


Fahey.jpgA travers sa propre expérience existentielle et sa puissance photographique, dans sa série « Silver Linin », Caroline Fahey scénarise son rapport compliqué avec son corps obèse. Elle le et se photographie frontalement dans son lit, sa salle de bains ou des piscines d’hôtels afin de retrouver un rapport plus positif avec ses lourdes formes. Chaque prise devient un moment de confidence. L’artiste invente des stratagèmes afin d’estomper ses rondeurs et redevenir une Vénus botticellienne qui sortirait de l’eau en acquérant plus de confiance en elle. L’espace reste une cuirasse où elle se montre et se cache.

Fahey2.jpgHormis la photographie, il n’existe sans doute rien de vraiment profond, de vraiment juste dans le rapport que l’artiste entretient avec son réel. Mais en même temps, l’art reste fort peu de chose : à savoir une vanité. Le tout est de tenir les deux vérités en même temps : la photographie est tout et rien. Pour Caroline Fahey à la fois il est impossible de s’en passer et elle doit s’en passer. Ce paradoxe fait œuvre. L’artiste travaille avec comme avec son corps pour se retrouver et se donner une existence, le tout dans une cruauté plus ou moins enjouée de se savoir écartelée entre sérieux et farce et espérée devenir une enchanteresse belle en cuisses, conscient du trop d’un côté et du peu de l’autre.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/05/2017

Le grand Plouf ! d’Erik Kessels,

Kessels 2.jpg« Etriphotographe », passionné par les expériences visuelles multiformes et fonctions, Erik Kessels est un artiste néerlandais qui ne photographie pas. Ou peu. Il s’empare de « vieilles » images pour en faire la synthèse, les déconstruire et les recontextualiser au moyen d’accumulations ou de décadrages.

Kessels 4.jpgLe photographe si particulier n’exclut rien, retient tout, préfère au besoin les pieds au visage et dans une de ses séries fétiches il suit une femme qui s’est fait photographier toute sa vie dans l’eau. D’où ce regard particulier porté aux êtres comme aux objets et jusqu’au détritus. La beauté n’est pas forcément le sujet premier : néanmoins elle existe eau moment où Kessels réactualise notre regard par son point de vue décalé, iconoclaste et désacralisé.

Kessels 3.jpgDans ce continuum ou plutôt ce "discontinuum", une part importante est laissée à la rupture comme aux répétitions sérielles. Dans l'espace du non-dit, l’image se libère. Elle est exhaussée de la durée par la fragmentation et une marche – ou une nage - sans fin. Il s’agit toujours de commencer, partir, puis à nouveau recommencer à partir, dans ses jeux de répétitions, de variations, d'ordres et de contrordres. Ils permettent à Kessel d'explorer des contrées inconnues.

Jean-Paul Gavard-Perret

« The many lives of Erik Kessels », Camera – Centro Italiano per la Fotografia, Du 1er juin au 30 juillet 2017, Turin.