gruyeresuisse

11/11/2017

Pierre Leblanc : quand le doute est permis

Leblanc 2.jpgDans« Showroom » (série de 10 diptyques) Pierre Leblanc interroge le désir et ses errances. Le décor ? Une chambre d’hôtel désuet. S’y succèdent professionnelles du sexe mais pas seulement. Si bien que face à cet art et métier se fomentent des parties qui ne semblent pas animées par un excès de désir. Le photographe en profite pour présenter des variations sur la pulsion amoureuse.

Leblanc.jpgL’homme semble un peine à jouir et devient la victime de sa propre embrouille des genres. La solitude et la gêne règnent bien plus que le partage fût-il facturé. Le désir "enfermé" dans le lieu fait pour ça, n'en devient pas plus profond. Il n’existe nulle célébration là où le photographe crée habilement un lien implicite entre le sujet vu et celui qui le regarde.

Leblanc 3.jpgLe corps photographié est sans doute désirable. Néanmoins rien ne se passe. Ou pas grand chose. Il y a là l’objectivation, la fausse unité et la théâtralité d’une société intime « du spectacle » propre à ravir Debord. Le désir dans sa métaphore opératoire a nécessairement un objet : mais est-il le bon ? Le corps qui emporte le regard n’est plus celui d'une béatitude mais d’un empêchement. Il ramène à une « nuit sexuelle » sans doute moins première que celle dont parle Quignard.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10/11/2017

Succès damnés - Marie Laure Dagoit

Dagoit 3.jpgDans un maillage de diverses approches Marie-Laure Dagoit fait succéder des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives d’éros. La louve n’y est pas forcément romaine… Et ses seins nourriciers deviennent le prétexte à des strip-teases parodiques. L’esprit du spectateur/liseur serpente entre dérision et tentation. A cela une raison majeure : l’auteure et éditrice se propulse vers un éros énergumène où en Méduse elle se joue de bien des Licornes ou ce qui en tient lieu.

 

 

Dagoit 2.jpgVamps et caïds subissent un métissage culturel. Entre portrait et quasi document « social », les préjugés en prennent pour leur grade au profit des singularités. Les lois des genres effacent leurs marelles, des légendes roulent leurs chimères dans les aiguillages de l'insomnie. Et au besoin Marie-Laure Dagoit saisit les modes urbaines, singularise une subculture métisse et baroque.

 

 

 

Dagoit.jpgSe faufile un certain sens du faux portrait, du jeu. Les bures des grands couturiers sont en charpie et les ascèses ébréchées. Entre souffle et soufre et dans les voiles d'un ciel pourpre, se franchissent l’espace des chimères. Ce que ne peut capter la photo ou l’image, l’écriture de Marie-Laure Dagoit le propose. Tout semble vu d’en bas ou en contre-plongée là où la femme se dit allongée sur le grand espace de bataille.

 

 

 

 

Dagoit 4.jpgLa créatrice offre un regard, mais autre chose qu’un regard. Car l’auteure sait qu’on ne raconte pas le regard, les mots sont impuissants, ils n’y peuvent rien, les mots, ils voudraient pourtant bien faire mais cela leur échappe définitivement. Ici, par les mots, le regard est un rapport plus fort que celui avec les choses vues. Un rapport intime dans l’ordre du désordre. Un rapport qui ordonne. « Défais mes liens ». Mais pas vraiment, car Marie-Laure Dagoit affectionne poses et chausse-trappes. Là où le textile glisse, il reste impénétrable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie-Laure Dagoit, « La lumière devant moi », Marie-Laure Dagoit et Rohan Graeffly, « Mes doigts sont gourds », Marie-Laure Dagoit et Isabelle Cochereau « Le soleil a seulemenn brûlé », Marie Laure Dagoit, « L’érotisme des autres », et « coffret en anglais » Editions litterature mineure, Rouen, 2017, Tous 8 E. sauf les 2 dernier 25 E.

(Image 2 : Isabelle Cochereau)

08/11/2017

Romain Slocombe : Tokyo Gate et post-postmodernité

Bondage 2.jpgTokyo reste le centre de bien des transgressions. Elle devient désormais la « City of Broken Dolls ». Romain Slocombe photographie de jeunes femmes dont le propos est de muter au sein d’un univers médicalisé, sexuel et technologique. Les égéries s’affichent sous des bandages, plâtres, supports médicaux telles des victimes de traumatismes inconnus.

Bondage 3.jpgLes plus belles filles de la « Métropolis » s’enlaidissent selon leurs propres canons de beauté qui mélangent éros et thanatos. La relation qu’elles suscitent ressemble à un vide. Et ces poupées cassées inventent une nouvelle forme de bondage, de Grand Guignol, de « fantasy » violente et un fétichisme médical inédit. A travers leurs mises en scènes et leurres, elles dénudent les fils grossiers de l’excitation libidinale et laissent dériver les fantasmes vers des zones troubles.

 

Bondage.jpgEn se "dérobant" les poupées rappellent que la chair désirée reste une existence irréelle, "accidentelle". La sidération bascule vers une désidération programmée là où les articulations du discours sexuel sont à la fois démembrées et remontées de manière perverse. D'où la folie de ces nouvelles "situationnistes". Elles engagent le regard en des chausse-trappes et des impasses nécessaires loin des poses et des illusions de l’imagerie où la femme est l'infirmière docile des désirs masculins.

Jean-Paul Gavard-Perret