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11/04/2017

Teresa Hubbard et Alexander Birchler : Flora Mayo et Giacometti

Suisse bon.jpgTeresa Hubbard et Alexander Birchler, "Women of Venice", Pavillon Suisse, Biennale de Venise du 13 mai au 26 novembre 2017.

Le duo Teresa Hubbard / Alexander Birchler recourt souvent au documentaire pour approfondir l’archéologie du cinéma et de l’art selon une démarche très particulière. A Venise ils présentent ‘Flora » définie comme « installation filmique » dans le but d’étayer l’histoire de Flora Mayo, une artiste américaine inconnue et maîtresse de Giacometti dans les années 20. Le couple reconstruit et réinvente la vie et l’œuvre de cette femme tout en tissant d’étranges liens avec le réel (interview d’un fils jusque là inconnu par exemple).

Suisse.jpgC’est une manière de saluer, avec l’ensemble du Pavillon Suisse, Alberto Giacometti qui refusa toujours en dépit des efforts des gouvernements helvétiques d’exposer dans le pavillon suisse de la Biennale de Venise. Même lorsque son frère Bruno construisit le nouveau pavillon, l’artiste déclina poliment toute offre. En 1956, il a cependant présenté «Femmes de Venise», un groupe de personnages en plâtre, dans le pavillon français. Le titre de l’exposition reprend le nom de celui qui obtint néanmoins en 1962 le grand prix de sculpture de la Biennale de Venise.

Suisse 4.jpgTeresa Hubbard et Alexander Birchler composent leurs filmages en suivant un long processus de préparation afin que la réalité apparente glisse vers un surréalisme très personnel. Entre intériorité et extériorité un jeu de cohérences défaites ouvre à des espaces abyssaux. Le couple trompe la vue de l’histoire des amants de Venise et de Paris - tout en s’appuyant sur elles et en déhiérarchisant le crucial et l'anecdotique en leurs composites. Le Y devient un X qui boîte. L’imprégnation culturelle en se multipliant crée un immense brassage. Preuve que la qualité nécessaire à l'accomplissement, surtout en art est bien cette faculté à tordre les invariants des images afin que, comme chez Giacometti, les organes du réel ne soient pas plus ceux auxquels on pense.

Jean-Paul Gavard-Perret

(sculpture : Flora Mayo par Giacometti)

10/04/2017

Visagéité de l’art : Jutta Benzenberg


Benzenberg.jpgJutta Benzenberg sait que dans ce qui se voit se retient toujours moins que ce qu’il y a à contempler. D’où la nécessité des prises de la photographe autrichienne Elle est déjà l’auteure de trois livres «Albanian Survival »; «Sombre Beauty » et « Ahead with the Past. ». Entre mai 2013 et Avril 2014 elle fut la photographe officielle du Premier Ministre de l’Albanie Edi Rama avant de redevenir photographe indépendante dans ce pays. Benzenberg 4.jpgA l’occasion des élections législatives de 2013 elle a accompagné le président redevenu candidat. Elle en a retiré moins un reportage sur une campagne électorale qu’une histoire d’un peuple lors des rassemblements de masse à travers des portraits impressionnants.

 

Benzenberg 2.jpgSi le documentaire existe il est plus psychologique que politique. L’intensité des visages reste exceptionnelle. S’y ressent l’espoir pour les uns, la déception pour d’autres. Des midinettes aux mains calleuses se laissent aller au rêve ou à l’illusion politique. La photographe se garde bien de trancher. Elle se contente de faire jaillir des visages divers types d’émotions extatiques ou non.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jutta Benzenberg, « 30 Tage », Fotohof, Salzbourg, Autriche du 28 avril au 2 juin 2017.

03/04/2017

François Cachoud romantique savoyard

 

Cachoud 2.pngCachoud possède une manière particulière de consommer la lumière. Certes le conservatisme baigne encore sa conception du paysage. Mais si comme le disait Proust « la nature empreinte à l’art tous ses privilèges », celui-ci ne doit pas lui rendre la pareille. Cachoud a su devenir en conséquence un « abraseur » (Beckett)  de la nature par effet de nocturne. Cachoud 3.pngCroisant le réel et la force abstractive de la nuit il créa dans ses paysages nocturnes et par effet de buée une forme d’hybridation. La nature transparaît tel un champ magnétique d’une sensualité diffuse. Mais demeure aussi une puissance terrestre.

Cachoud.jpgCe double aspect prouve que Cachoud n’est pas dominé par le paysage là où la nuit n’est plus traitée comme épure spirituelle mais choisie pour sa condensation perceptive. A l’inverse il ne cherche pas à le contraindre même si l’œuvre tient de la recherche d’un parcours où le dépôt de la substance imageante se trouve déplacé du côté de l’effluve. Le lieu de la peinture instruit donc autant un retrait qu’une présence, un imaginaire que « du » réel. L’espace s’y enfonce sans devenir gouffre romantique. Non seulement la nuit permet de réorganiser le paysage, elle englobe le regardeur. Si bien que sa situation en est troublée. Le paysage devient ce que Bernard Noël nomme « un appelant ». Il préserve la taille de son mystère de retournement.

Jean-Paul Gavard-Perret

François Cachoud, « Les nuits transfigurées », Musée des Beaux-Arts dce Chambéry, du 1er avril au 17 septembre 2017.

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