gruyeresuisse

26/03/2015

Etude, puanteur, altitude : « Dorade » revue

 

 

 

 

Dorade 3.jpgNaviguant entre une mer de sarcasmes et lac Léman, au milieu de carpes diem et groseilles à maquereau, Philippe Jarrigeon et Sylvain Menetrey ont fait de leur revue un outil critique et érotique. Les sirènes disent-ils y sentent mauvais mais comme les andouilles : plus elles puent plus elles se dégustent avec appétit. Ne soyons donc pas dupes des deux iconoclastes et suivons le sillon de leurs poissons. Gras ou maigres ils ne sont jamais de menus fretins.

 

 

 

Dorade 2.jpgDans leur méthode paranoïa critique les deux compères siffleurs créent un spectacle qu'on bisse mais qu’on aurait jadis classé X dans lequel l'humour remplace l'amour - ce qui évite toute bouillabaisse romantique. Allant à la pêche d'images inattendues, les revuistes les revisitent jusqu'à ce qu’elles deviennent les caricatures de ce qu'elles étaient sensées offrir.

 

 

 

dorade.pngJarrigeon et Menetrey savent franchir les limites et on leur en sait gré. Démoulant les images admises et après fouilles et exhumations, ils ont pour devise trois mots : étude,  puanteur, altitude. Quoi de mieux afin que les caresses sans parole des images râpent ? Eros n’est plus ce qu’il était. La revue soulève les dessous des femmes et des hommes pour  créer l’arête vive d’un ciel de lit et remonter le cordon qui permet de se pendre au rideau. La dépense chère à Bataille elle-même est remisée au rang des concepts anciens. Seule l’absence reste le meilleur des biens en touffe de mots parcimonieux tandis que les images aboient aux nuages.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

23/03/2015

Jörg Immendorff entre Cervantès et Ubu

 

 

 

Immendorf 2.jpgJörg Immendorff « Les théâtres de la peinture », Fondation Maeght, Exposition du 28 mars au 14 juin 2015.

 

 

 

Elève de Joseph Beuys et compagnon de route d’A.R. Penck Né Jörg Immendorff (1945-2007) laisse derrière lui une œuvre plastique immense et engagée. L’exposition de la Fondation Maeght la présente en 15 sculptures et 50 toiles et dessins. ILS couvrent la dernière période de l’artiste relativement peu connue. Avec Immendorff surgit une présence clé : le peintre, héros ou antihéros, devient la figure souvent drôle, engagée et dérangeante, mixte de Sancho Pança et de Don Quichotte (voire de sa fidèle Rossinante) en un théâtre foldingue - mais comme il le précisait «  à fonction sociale » - du monde. Immendorf.jpgColoriste et dessinateur extraordinaire Immendorff en propose sa reconfiguration en guidant le spectateur dans une dérive picaresque des bas fonds de cités urbaines aux « zones glacières » et féeries morbides de certaines périodes historiques. Les uns comme les autres deviennent une cours des miracles où le monde mais aussi l’histoire de l’art sont revisités. Le travail de l’Allemand permet ainsi à la Fondation Maeght - qui considère tout artiste choisi comme acteur et une figure essentielle de sa raison d’être - une façon de se « représenter ». Et ce comme l’artiste lui-même se figura dans ses propres mises en scène.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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01/03/2015

Slip, Slip, Slip, Hourra ! (Géographie de l’Eros)

 

Slip 3.jpg"La Fête du Slip" -  HumuS, du 6 au 21 mars 2015, Lausanne

 


Une fois de plus Lausanne prouve sa liberté et rappelle qu’il existe en art des opérations souterraines capable d’instruire une autre poésie des corps.  Viviane et Stéphane Morey préparent la troisième session de la « Fête du slip » dont ils sont les fondateurs. Qu’on ne s’y trompe pas : l’évènement est plus libertaire que pornographique. Plusieurs associations sont invitées afin de donner un autre visage de ou plutôt des sexualités. L’évènement est un festival joyeux et pluridisciplinaire. Il se double d’une exposition. de l’historien de l’art Claude-Hubert Tatot. Son  Cabinet de Curiosa contient dessins, photographies, sculptures, œuvres d’art, images d’amateurs, objets de l’industrie pornographique, etc.. Les œuvres sont tirées de sa propre collection, de prêts d’artistes et d’œuvres appartenant à la fondation F.I.N.A.L.E. (Fondation Internationale d'Arts et Littératures Erotique) centre de documentation et de conservation des comportements érotiques et amoureux.

 

Slip 2.jpgArpenteur de cheminements convulsifs le conservateur montre ce que l’idéologie officielle cache. Face à elle le génie du lieu de la galerie HumuS accorde un prix supplémentaire à la conquête amoureuse et sexuelle. L'âme dite tendre voyage dans la chair afin d'assouvir ses pulsions.  Et la « Carte de Tendre » chère à Mlle. de  Scudéry trouve là de nouveaux territoires. Exit la casuistique et le « poliçage » des mœurs. Le tout selon un réseau de circuits parallèles  initiatiques voire éducatifs... « L'invitation au voyage " de Baudelaire y mêle l'attrait des mythes, le goût de l'histoire de Vénus-Aphrodite aux explorations de l’art « underground ». Cythère n’est plus - pour revenir à Baudelaire -  un  " Eldorado banal de tous les vieux garçons. / Regardez, après tout, c'est une pauvre terre ".  Les Fêtes galantes y prennent tours et détours ou des « mains oisives dans les toisons aux gros midis » (Jules Laforgue) vont bon train. Vénus y côtoie Sapho - et Don Juan Toto.  

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret