gruyeresuisse

11/09/2017

Thea for two

Thea Geldi.jpg

Le genre n’est pas toujours ce que l’on pense ou celui qui est admis et officialisé. Avec Thea Geldi Il sort de sa coquille en changeant d’armure. Loin de son repli s'ouvrent tous les champs. Il peut l'ange, la bête mais surtout l’art. Donc la vie. L’anglaise fait naviguer du paroxysme de l’idéal à celui de l’abîme. Elle prouve la paradoxale énergie d’une visée rédemptrice.

 

 

 

 

Thea Geldi 2.jpgLa photographie devient graphique en faisant parler bien plus que les fantasmes. La maison de l’être ne s'orne pas idéalité soumise : elle est décryptée au-delà de l’infirmité imposée. Preuve que chacun de nous ne répond pas forcément à une image présupposée. Thea Geldi le rappelle et l’illustre. Si bien que ses modèles ne se débattent plus dans la nuit et le brouillage sexuels. Ils l’assument. Et non sans ambiguïté. Mais l’artiste par le maquillage apprend à préférer l’impure innocence de soi à la caserne de la prétendue identité

Jean-Paul Gavard-Perret

10/09/2017

Aude Lerin : le miroir qui revient

Lerin.jpgS’interrogeant sur ses incertitudes de son identité, Aude Lerin trouve dans la photographie le moyen de les déjouer en des jeux de miroirs. Sa série « Outside the Box » rend compte d’un corps à venir et les moyens de le représenter par morceaux. Mais il demeure comme une énigme. Dès lors la question reste ouverte : que peut le corps et que faire avec lui ? A travers ses fragments Aude Lerin en cherche la faille, traque l’ouverture. Le tout en rêvant de l’assemblage par ce qui sort des limites de la connaissance et de ce qu’une simple image représente.

Lerin 2.jpgL’artiste en appelle implicitement à Bataille. Pour accroître les limites du corps il faut en effet trouver « l’œil intérieur » et ce par saillies et interstices afin de découvrir l’aspiration essentielle. Il y a donc dans de telles prises ce qui se montre, ce qui s’enfouit. Dureté et mollesse, articulations et souplesse. L’artiste sait que le genre est la physique de l’âme. Mais la société ne cesse de le stéréotyper dans le seul choix duel et cherche à lui attribuer une nature qui n’est pas la forcément la « bonne ».

Jean-Paul Gavard-Perret

03/09/2017

Le trouble des milieux : Stéphane Thidet

Thidet.jpgStéphane Thidet, diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, est représenté par la galerie Laurence Bernard à Genève. Ses œuvres infléchissent le réel sous différents types d’assemblages, de distorsions, de suites et passages. Il est toujours question de grimper une paroi là où pourtant tout semblait jusque là aller de soi en un visiblement inébranlable.

Thidet 3.jpgLe réel subit les assauts d’installations, photographies, machineries diverses au sein  d’écarts discrètement ironiques faits pour vaincre l’anxiété et la peur au moyen de visions poétiques décalées. L’artiste n’explique rien : il fabrique pour créer des rencontres intempestives tant par les prises de vue que les installations hybrides et croisées.

Thidet 2.jpgTout devient plus trouble et clair au sein d’irruptions, torsions, déclinaisons parfois quasiment minimalistes, parfois plus (mais faussement) lyrique. De telles intrusions délogent de nos lieux sûrs où l’angoisse fétichisée du passé comme du futur est détournée : choses ou lieux se métamorphosent selon un merveilleux, un ailleurs dans ce qui s’emplit, se vide ou se déserte. De la cymbale au module d’exploration spatiale fait de bois et jusqu’aux vieilles salles d’hospices, la fantaisie détourne les peurs, s’en amuse en une irruption dont le champ narcissique est vidangé évacué au profit d’une vision qui agite les formes généralement attendues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane Thidet, Exposition collective, Galerie Laurence Bernard, Genève, du 14septembre au 21 octobre.