gruyeresuisse

16/02/2019

John et Yves Berger héritiers l'un de l'autre

Berger.jpgFace à son fils John Berger, s'abandonne, fait simple, ne "devise" jamais. Il parle de la peinture de la manière la plus pertinente. Quelques lignes permettent de passer en revue De Kooning, Beckmann, Kokoschka pour qui "la lumière est un geste d'adieu". Et soudain tout est dit dans un retour vers le fils et un passage de témoin.

 

 

 

 

Berger 2.jpgLe tout dans une dialectique. Père et fils s'envoient des images les commentent. S'envoient des idées sur l'art et les visualisent. Dans cette parenté peut s'oser "ce qui s'ouvre sur le trop grand" comme sur les ratages ressentis entre le visible et l'invisible. Les deux permettent de comprendre ce que voir veut dire. Pour autant nulle théorisation dans cet échange.

Juste ce qui se passe dans l'art comme dans la proximité d'un père et d'un fils loin des mièvreries du pathos. Et juste parfois un dessin de John : celle d'une souris en cage. Chaque fois que le père en attrapait une dans la cuisine de la maison familiale du Faucigny il en faisait un dessin avant de prendre sa voiture pour aller libérer l'animal un peu plus loin. Qu'ajouter de plus ? Avec les deux correspondants les souvenirs ne sont jamais "pagnolesques" : ils ont toujours un sens. Celui de l'art et de la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

John et Yves Berger, "A ton tour", traduction de Katya Berger Abdreadakis, L'atelier contemporain, Strasbourg, 2019, 104 p. 20 E.

12/02/2019

Les Krims : l'art du kitsch et de la provocation

Krims 1.jpgLes Krims reste un iconoclaste. Depuis son camp de base à  Buffalo il continue à frabriquer un monde baroque à partir du réel. Rien de pacifique dans ses vues. C'est le monde des débordements et des plaisanteries que l'artiste fait imprimer parfois par Shutterfly car il peut bénéficier de "thèmes Disney" libre de droits pour ses jeux de crucifixions ludiques.

Krims 2.jpgLe photographe américain rajoute couches et louches d'une poésie de la subversion. Il offre au sein même du média le plus réaliste des changements d’échelles et divers types de transgressions. Il opère donc sur nos représentations des opérations comiques et submersives. Elles consistent à nous faire prendre conscience du maquillage du réel que nous appelons vision. Dans ce but l’artiste «inflige» dans ses photo-collages et ses protocoles hirsutes un fourmillement visuel en contradiction avec ce qu’on prend pour une profondeur de vue.

Krims 3.jpgL'œil s’emplit d’un théâtre de formes et de couleurs en rafales pour une exploration du rapport de la nature humaine et de la culture où elle baigne. L'artiste poursuit ses séries de "monstres" : après la vie des personnes de petites tailles puis des chasseurs de daims, il visualise des plagistes décalés et sans complexes qui posent en un amoncellement de détails. Au cœur des débordements surgit un équilibre particulier : il fait le jeu de la démesure.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/02/2019

Abe Frajndlich : obsessions

AbeFrajndlich 3.jpgLa vie photographique d'Abe Frajndlich a selon lui débuté "sérieusement" en 1970 avec une obsession incessante pour ses sujets. "Au début, je vivais avec une danseuse / mime appelée Rosebud Conway, je ne pouvais pas m’arrêter de faire des photos d’elle et j’ai finalement réalisé un livre intitulé Figments en 1975" écrit-il. Il fut été édité et mis en page par Minor White avec lequel il prend un tournant amoureux et qui devient sa nouvelle obsession photographique.

AbeFrajndlich.jpgPuis sa focalisation se tourne vers un autre objet : la ville de Cleveland en Ohio dont elle tire le livre "Cleveland Infrared". Néanmoins perdure en filigrane la passion pour à la fois les portaits de créateurs (Bukowki, Ginsberg, etc.) et le nu féminin déjà illustré en 1999 par "Eros Eterna". Pour un tel artiste et comme la peinture ,la photographie est céleste par la vue, humaine au sens du toucher.

AbeFrajndlich 2.jpgRencontrant Minami Azu dans une station de métro à New York il a un nouveau coup de foudre et ne cesse de la photographier dans le monde entier (Tokyo, New York, Venise, Rome, Cleveland, etc.). Le photographe présente ici l'atelier qu'il a animé avec ses étudiants sur cette "obsession personnelle" envers la maîtresse du Butoh. Dès qu'il ne la voit pas, il pense à son dos car aucun autre ne lui ressemble. Mais son effet de pan ne ramène pas au sol mais  à un point de vue céleste.

Jean-Paul Gavard-Perret