gruyeresuisse

12/03/2021

Les mots et leur matière : Gilles Furtwängler

Furtwangler.jpgGilles Furtwängler, "Mon parfum, c'est l'odeur du bois qui brûle", Skopia, Genève, du 21 mars au 1er mai 2021.
 
A Lausanne et à Johannesburg Gilles Furtwängler interpelle par ses oeuvres le regardeur. Il s'adresse à lui en l'invectivant (non sans humour)  Interpellations, questions, vérités ou contre-vérités, cynisme, absurdité, contradictions tout est bon pour les coups de semonce qui s'ensemencent sur la surface des supports.
 
Furtwangler 2.jpgTout est mis en forme pour une communication objective et abstraite, ironique et morale, avant tout poétique où les textes jouent par effets de lignes, de caractères, d'extension ou d'écrasement. Mais le créateur pratique aussi des prestations orales sur le même principe. La base des textes et des mots provient des écrits de l'auteur mais aussi de tout ce qu'il entend et parfois écoute.
Furtwangler 3.jpgLe tout dans un volontaire exercice de banalité bien choyé dans les conversations de comptoirs (lorsque les bars sont ouverts) et qui - écrit Fürtwangler - "nivellent les hiérarchies, rapprochent l’art et la chirurgie dentaire, l’art et le massage suédois, l’art et la dette mondiale et la plomberie". Bref l'artiste parle plus d'humour que d'amour ce qui n'empêche pas le second - en tant que pulsion bien naturelle - d'être un rien privilégié.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

10/03/2021

David Lynch photographe surréaliste

Lynch 2.jpgDavid Lynch - «Infinite Deep», IPFO House of Photography, Olten à  partir du 26 mars 2021
 
Organisée par l'historienne de l’art spécialisée dans l’histoire de la photographie, directrice du musée des Beaux-Arts du Locle Nathalie Herschdorfer et  en collaboration avec le commissaire Christian Nørgaard, cette exposition (la première en Suisse de telles oeuvres) prouve que le réalisateur de «Eraserhead», «Blue Velvet» ou «Mulholland Drive», développe aussi dans ses photographies  sa propre vision surréaliste.
 
Lynch 3.jpgCelui qui désormais se consacre moins au cinéma pour cultiver le dessin, l’impression d’art, la sculpture, la musique et  la photographie illustre particulièrement sa maîtrise dans ce dernier médium. Depuis près de vingt ans, et après sa fameuse série des bonhommes de neige inquiétants, il fait souvent de chaque image fixe une image en mouvement. L’intime n’y est paradoxalement que suggéré sous forme d’énigme. Il existe là un baroque concret mais aussi un classicisme.
 
Lynch.jpgIl applique d'ailleurs les mêmes règles à la photographie qu'au cinéma. En témoignent le souci du détail, la composition et la lumière. Le nu féminin y possède une grande part. Mais il n'est pas pour Lynch une boîte à chimères ou aux fantasmes. Le corps devient mystérieux par les effets de plan et d'éclairage dans ce qui souvent bouge toujours un peu sans altérer la précision de la vision. La magie onirique rappelle l'univers de "Twin Peaks". L'énigmatique reste de rigueur dans le noir et blanc comme dans la couleur. Si bien que Lynch invente un langage sombre et intemporel. Il cherche à l'érotiser plus que la femme elle-même.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

09/03/2021

Décomptes de fée - Ericka Beckman

Beckman.jpgEricka Beckman, "Cinderella"; Médiathèque -  fonds d'art contemprain de la ville de Genève, mars 2021/
 
Ericka Beckman (1951) est une réalisatrice américaine qui commence à faire des films dans les années 1970 au sein du cadre de "The Pictures Generation". Ses films traitent de la relation entre les gens et les images, et de la façon dont les images structurent la perception des personnes d'elles-mêmes et de la réalité.
 
Beckman 2.jpgSon film de 30 minutes en narration non-linéaire Cinderella (1986) reste son chef d'oeuvre. Le personnage du conte de fées devient une partie d'un jeu comme une métaphore des restrictions de la société sur les femmes. Les personnages se déplacent dans la chorégraphie en mouvement constant en interagissant avec leur environnement d'une histoire politique qui leur mène une vie dure.
 
Beckman 3.jpgÀ l'instar d'autres créations des artistes de Pictures Generation, les films de Beckman se concentrent sur la manière dont les stéréotypes forment l'image de soi d'un individu élevé sur les médias de masse. Là où tout devient une chorégraphie activiste et poétique d'un nouveau genre.
 

Jean-Paul Gavard-Perret