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27/05/2018

Søren Kierkegaard « chrétien sincère et un anticlérical assumé »

Kierkeggaard.pngIl était temps de posséder une vision exhaustive de celui qui est considéré - non sans raison mais avec quelques bémols - comme le précurseur de l’existentialisme. Le Pléiade comble ce vide en publiant les textes essentiels du philosophe danois. Imprégné de christianisme, il laisse une œuvre originale où s’exprime la quête d’une vérité qui fut vécue personnellement, et non seulement pensée abstraitement. Ce qu’un de ses plus fidèle élève - Jean-Paul Sartre n’a pas réussi dans son œuvre philosophique. Il faut attendre « Les mots » et « L’Idiot de la famille » pour cette tentative de réconciliation.

Contrairement à celle de son disciple, la vie (courte - il est mort à 42 ans) de Kierkegaard fut des plus tourmentées. Dans son journal il rappelle que « Si l’on voulait savoir comment, abstraction faite de mon rapport à Dieu, j’ai été conduit à devenir l’écrivain que je suis, je répondrais cela a dépendu d’un vieillard, qui est l’homme à qui je dois le plus, et d’une jeune fille, envers laquelle j’ai la plus grande dette. ».

Son père est le vieillard dont il parle (il eut Søren à l’âge de 56 ans) : l’auteur dut subir la pression de son emprise religieuse austère et étouffante. Il se révoltera et n’eut cesse de montrer combien le christianisme fut une schlague faite pour courber l’être dans un conformisme social plutôt que de l’élever à la vie intérieure.

Kierkegaard 2.pngLa fille que le philosophe évoque est Regina Olsen. Il la rencontre à l’âge de 25 ans au moment où il enseigne le latin dans un collège de Copenhague. C’est une passion : néanmoins quelques semaines après leurs fiançailles et sa soutenance de thèse sur Le Concept d’ironie constamment rapporté à Socrate, Kierkegaard rompt. La raison en est sans doute spirituelle : la jeune femme n’était pas la plus propice à l’aspiration de communion spirituelle dans l’amour. Néanmoins cette rupture coupe la vie du philosophe en deux. Elle lui donne sa liberté pour accomplir et s’accomplir totalement dans son travail e philosophe et d’écrivain.

Dès lors les livres se succèdent sur un rythme plus que soutenu. En particulier paraissent deux œuvres majeures : « Crainte et Tremblement », « Les Miettes philosophiques », le « Traité du désespoir ». L’auteur devient célèbre autant par ses traités que par ses polémiques violentes envers l’Église danoise le tout en des articles drôles et impitoyables repris dans le Tome II de la Pléiade. Ils font de lui ce qui a été souvent souligné : un chrétien sincère et un anticlérical assumé. Son enterrement fut suivi par une foule immense et c’est un privilège rarement accordé à un philosophe (Son élève français le connaîtra). Les œuvres réunies dans cet ensemble prouvent que deux cents ans après la naissance de l’auteur l’œuvre garde toute sa force au moment où une certaine idée des religions font retour.

Jean-Paul Gavard-Perret

Søren Kierkeggard, « Œuvre I et II », sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Michel Forget, La Pléiade, Gallimard, Paris, 2018, 62 et 63 E.

26/05/2018

Gérard Pétrémand : voir "moins" pour voir mieux

Petremand 3.jpgGérard Pétrémand, " le nu dans tous ses états", ArtDynasty, Genève


Gérard Pétrémand sait combien la nudité est un voile. C'est pourquoi il le traverse par des lumières qui ondoient, déchirent et sabrent l'apparence. Il s'agit non d'annuler le nu mais de le dévoiler non seulement en le dégageant de l’effet civilisateur du vêtement. Surgit un véritable “ cubisme ” identitaire. Il joue sur un rendu simultané des facettes intimes et publiques. L'intimité ne se remodèle pas selon nature : elle s’enrichit par superposition de strates

Petremand.jpgL'artiste genevois prouve que le questionnement sur le sexe n'est jamais vraiment apprivoisé. C'est pourquoi le photographe érotise le nu de manière ludique et surexposée. Manière d'éviter certaines attentes et de proposer d'autres lois au genre. Le lumière nimbe le corps dans la promesse qu'il éclose en créant des essors inédits.

 

Petremand 2.jpgL'artiste invite à une fouille astucieuse et ironique. Et parfois symbolique. Dans les arceaux de lumière peut se chercher l’image d’une autre femme ou d'un autre homme qu’on aurait côtoyé, voire peut-être rêvé. Surgit aussi le regard ambigu sur le statut non moins ambigu du nu dans une société avide à la fois de montrer pour mieux cacher. L'artiste nous donne donc à voir le travail de sape salutaire pour la vraie liberté du corps Celle qui fonde et qui brise, celle qui révélée tend à occuper tout l’espace et faire le vide autour d'elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/05/2018

Archéonimaux : l’enfance de l’art

Animaux.pngArchéonimaux, Fondation Gandur, Pully, du 23 septembre 2017 au 16 décembre 2018.

S’adressant comme souvent en priorité aux enfants l’ArchéoLab propose de découvrir de manière ludique et interactive les rapports entre être humain et animal, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Certains existent encore, d’autres ont disparu. D’où ce safari archéologique à la découverte des animaux qui peuplaient l’Antiquité. Le jeune visiteur découvre, manipule et expérimente au gré de postes interactifs des objets archéologiques mis en situation dans l’exposition.

Animaux 2.pngMais l’exposition ne se situe pas seulement dans le rapport au passé. Elle propose divers ponts. Entre le passé et le présent, dans le présent avec différents rapports aux animaux d’aujourd’hui et vers le futur. Les enfants peuvent imaginer et comprendre les conséquences des comportements et choix de l’homme actuel. Mais il y a plus : cette exposition met en présence d’objets souvent rares et uniques - tirés de la collection archéologique que la Fondation Gandur - et venus du désert égyptien, des bords de l’Euphrate, etc.. Ces « objets » témoignent des imaginaires dits premiers mais souvent sophistiqués.

Animaux 3.pngTous les « artistes » anonymes des temps anciens rappellent qu’en latin le mot animal signifie « qui est doté d’une âme ». Ils créèrent des objets qui témoignent des relations complexes avec ceux qu’ils vénéraient en tant que substituts des Dieux. A ce titre le monde d’aujourd’hui a beaucoup à apprendre du passé. Cette exposition - créée par Isabelle Tassignon, Conservatrice de la collection Archéologie de la Fondation Gandur - est donc d’une importance majeure. Souhaitons que d’autres musées à vocation pédagogique (ou non) pensent à la reprendre. Cela devient une urgence. Pour notre survie et afin de répondre à un besoin de beauté. Nul ne peut se nourrir que d’images mentales. Se ressourcer au passé permet de penser avec ceux qui eurent d’autres représentation que les nôtres : preuve que l’émanation matériel du corps animal n’a rien de muet. Les « simulacres » ou ce qui est pris pour tels parlent hier comme aujourd'hui et espérons demain.

Jean-Paul Gavard-Perret