gruyeresuisse

31/10/2017

Feng Li : de jour comme de nuit

Fengli2.jpg"White Night" (Nuit blanche) est un ensemble de photos prises à la dérobé par Feng Li dans sa ville natale Chengdu. Arpenteur de l’asphalte l’artiste saisit au débotté tout ce qui lui paraît insolite. La dérive urbaine devient un magasin de l’étrange – du désopilant à une certaine horreur.

 

Des silhouettes (mannequins, vieillards, jeunes femmes, etc.) ne demeurent que des fragments : un dos, une jambe. Voire parfois un cadavre canin.

 

 

 

Fengli.jpgLes couleurs vives n’empêchent en rien la montée d’une atmosphère éloignée du rêve chinois tel que ses dirigeants le chantent.

 

Feng Li est plutôt du genre enchanteur pourrissant là où la lumière et l’obscur se confondent. L’artiste ne cherche pas la destruction de l’une par l’autre. Dans son aspect spectaculaire le monde reste néanmoins tel qu’il est loin des mythologies officielles. Ne demeure ici que leur gouffre glacé. L’indécence n’est pas celle des photos mais de la réalité. Le photographe, en se marche forcée, montre l’envers du décor entre dérision et empathie pour ceux qu'il saisit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Feng Li, "White Night", Editions Jiazazhi Press, 2017, $50

09:20 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

29/10/2017

Jean Fontaine : « seintaxes » visuelles

Fontaine.jpgJean Fontaine, « Des Humano Folie » Galerie- Espace Schilling, Neuchâtel, 4 novembre – 24 décembre 2017

Avec Jean Fontaine l’humain devient un drôle d’oiseau. Sa coquille est de fer et de chair. Preuve que qui veut faire l’ange ou la bête devient robot. Néanmoins de telles licences visuelles, et rhétoriques mettent à mal les images étouffantes par placages et soudures pour l’avènement d’anatomies intempestives.

Tout tient de l’embrasement et de la rixe baroque. Attachant la rouille aux moisissures de feuilles-peaux, Fontaine infiltre un chuchotement visuel dans le sommeil du monde. Des morceaux de corps se rassemblent par déplacements : l’âme se transforme en casque à pointe et l’érotisme fourbit ses armes. Que le corps féminin soit mal engagé dans la fosse commune du monde par effet de violence  nécessite des protections. Cela n’empêche en rien que tout dans l'oeuvre soit parfaitement embouti.

Le vieux désir des hommes-voyeurs se trouve imagé, repris, métaphorisé en soutifs tabernacles, en culottes d’acier (trempé) mais où certaines fissures peuvent permettre des halètements de diverses variétés. Des appoggiatures refont surface par éclaboussements dans la végétation de la ferraille. Il suffit de frapper dessus pour qu’elle devienne « sein-bale ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

28/10/2017

La révolte des clones : Pol Kurucz

Kurucz.jpg« Uncovers » de Pol Kurucz est un détournement enjoué des couvertures de magazines féminins. Les modèles semblent s’affranchir de ce qui est attendu d’elles. Les lectrices - fashionnista ou simples victimes des publications sur papier glacé- y trouveront - pour peu qu’elles fassent preuve d’humour - un antipoison.

 

 

 

 

Kururcz 3.jpgExiste une farce et un suaire afin de renverser les mythes poussifs qui fouettent le regard afin de faire germer les fièvres acheteuses. Paul Kurucz met les corps en déséquilibre sous feinte de romantisme déliquescent mais néanmoins délicieux (la chair demeure insolente). Les modèles montent sur le pont d’un bateau ivre ou invitent à descendre vers l’Enfer dans l’ascenseur dont elles deviennent liftières. Elles sont fières des tours qu’elles jouent car si elles ne donnent rien elles promettent tout avec un air mutin.

Kurucz 2.jpgA travers leurs vêtements ou dans leur nudité se créent des chorégraphies dégingandées. Un univers de délices est là. Mais décalé Les seins semblent faits pour la bouche comme deux glaces aux framboises, une jupe laisse voir entre ses laps certaines intimités. Néanmoins l’image est parodique. Le photographe lui donne une interprétation faussement anecdotique et passablement primesautière. Preuve - peut-être - que l’avidité peut être absolue mais jamais idéale.

Jean-Paul Gavard-Perret
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