gruyeresuisse

02/06/2020

Le "charme" discret de la "Bourgeoisie" selon Louise

Bourgeois  bonbon.pngLouise Bourgeois avait l'odeur de sainteté en horreur. L'ostentation possède chez elle un aspect particulier : il s'agit de faire surgir les secrets les plus intimes de l'enfance. A la demande du directeur de la Maison de Balzac, Louise Bourgeois allait créer une oeuvre testamentaire à l'aide de torchons et mouchoirs, pliés dans les armoires depuis son départ aux États-Unis en 1938 et agrémentés de perles, de boutons, d'épingles. Ce sont autant de reliquaires en l'honneur d'Eugénie Grandet qui - comme l'écrit Jean Frémon - devient pour Louise Bourgeois «le prototype de la femme qui ne s'est pas réalisée. Elle est dans l'indisponibilité de s'épanouir prisonnière de son père qui avait besoin d'une bonne. Son destin est celui d'une femme qui n'a jamais l'occasion d'être une femme». Néanmoins par l'art, à l'inverse de l'héroïne, la créatrice put se "sauver".

Bourgeois 3.jpgL'exposition et le livre qui en découle présentent la trilogie "bourgeoise": un père méprisant , une mère muette, fille sacrifiée mais qui - passant de chez Balzac (mais pas seulement) à l'existence - devint enragée. Les seize compositions évoquent la solitude, le vieillissement, la frustration, l'effacement et une célébration de la patience féminine.Pour Louise Bourgeois l'art resta ainsi jusqu'à la fin une suite de surfaces de "réparation" face aux douleurs de l'enfance. Sortant la figure maternelle de sa chambre (à coucher ou de torture) l'artiste a reprisé l’océan sombre de sa propre histoire dont la création plastique est devenue une forme d’autobiographie sans concession au moindre narcissisme d'usage.

Bourgois Bon.pngPar ses travaux de ravaudages Louise Bourgeois poursuivit au fil de son œuvre un travail de réparation sur un plan métaphorique, mental et pratique. Il trouve son apogée - après le motif de l'araignée récurrent  - dans cette suite de pans tapissiers afin de crérr un nouveau type de structures du textile. Avec la "figuration" de son double blême et balzacien, l'artiste se veut infirmière de son enfance. La trajectoire de l'œuvre  est donc l'histoire d'une accession à soi contre le père et son pouvoir sexuel mais aussi pour la mère humiliée. Existent là des fantômes ou des réalités qui servent d'appât à la présence d'une identité qui ne se définit que par des dépôts, des lambeaux que la fille indignée essaye de reconstruire pour mettre fin à une résignation féminine. Elle passe ici par un dernier processus figuratif aussi pénétrant que douloureux.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Louise Bourgeois, " Moi, Eugénie Grandet", Précédé de "Mystères d'une identification" de Jean Frémon, Collection Le Cabinet des lettrés, Gallimard

31/05/2020

Les amor fati de Flynn Maria Bergmann

Berg.jpgFlynn Maria Bergmann , FlynnZine #2, art&fiction, Lausanne, 2020.Parution en juin.

 

Ce n'est pas parce que les objets s'éloignent qu'ils diminuent. En conséquence et  en écho aux fanzines punk-rock qui firent ses délices dans les années 70 du siècle précédent, Flynn Maria Bergmann reprend leur esthétique perturbée et kaléidoscopique pour scénariser le monde et les groupes de musique qui se servirent largement de cette expression pour visualiser leurs univers dans divers dégradations de couleurs et graphismes.

Berg 3.jpgL'artiste et écrivain fabrique donc un artzine échevelé où tout se mêle mais non - parfois - sans un ordonnancement plutôt classieux. Le FlynnZine peut se passer de main en main et échappe au marché de l'art classique et ses galeries ou des publications livresques "dures". Le format journal évite tout fétichisme et l'auteur d'ajouter que ce produit peut " finir par emballer ta porcelaine le jour où tu déménages"...

Berg 2.jpgLe créateur présente ici le deuxième numéro du FlynnZine qu'il définit comme "la bande-son d’une zone de solitude qui façonne l’amour". On y retrouve la collection de K7 du peintre Alexandre Loye reprise à la plume. Certes l'objet est obsolète mais il est là justement pour rameuter un monde avalé et c'est une des manières de faire jaillir des fantômes de divers types à travers mots, papiers froissés, collés voir cloués et gribouillés. Le surgissement d'un puzzle étrange devient un moyen pour l'artiste de combler un vide avec une sensibilité particulière.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/05/2020

Ursula Palla et les ambiguïtés

Palla.jpgUrsula Palla "Jardin Infini", Gisèle Linder, Bâle, du 10 juin au 18 juillet 2020.

 

Ursula crée des mondes et des personnages d’une innocence charmante qui ont quelque chose d’incroyablement abordable. L'artiste stimule l'attention par un tel univers créateur d'illlusions et de mystères. Ils laissent le regardeur dans une certaine perplexité.

 

 

 

Palla 2.pngLa nature est révisitée dans une sorte de rêve non dénué d'éventuelles angoisses mais d'humour aussi. Tout fait penser d'une part à la douceur d'un paradis terrestre mais où l'enfer peut pointer son nez là où la "naturalisation" demeure paradoxale et parle à l'inconscient selon différentes "méthodes" et techniques. Existent extension et rétention comme cela était déjà visible dans ses « sunflowers » où en référence aux tableaux de van Gogh, les fleurs se fanent ou s’épanouissent en fonction du temps. Mais la nature reste comme insaisissable en de telles mises en scène entre plaisir et perte mais aussi résistance.

Palla 3.pngL'ambiguïté que l'artiste développe signe non de désolidarisation du vivant mais rompt avec son merveilleux continuum. Ursula Palla cherche à tout mêler, entre errance et marche forcée dans de tels "lieux". C’est là la poésie de la vérité selon la créatrice. La lumière projette sur de tels accords et désaccords sur divers écrans. Dont les nôtres.

Jean-Paul Gavard-Perret