gruyeresuisse

21/06/2018

Just Loomis : derrière le rideau

Loomis 2.pngNé en 1957 au Nevada, Just Loomis a commencé sa carrière à Milan en 1983. L’éditeur et galeriste Sozzani lui confie sa première histoire de la mode pour « Vogue Sposa ». L’artiste découvre le monde du « back stage » et la révélation des secrets de la beauté. Il saisit les modèles non en pose mais lorsqu’elles se préparent afin de capter la beauté en "fermentation".

Loomis.pngLoomis quitte ensuite l’Italie pour New York où il travaille de manière régulière pour « Harper’s Bazaar » et « New York Times magazine ». En parallèle il poursuit un travail personnel. Ce nouveau livre (impressionnant) devient une sorte de monographie de ses travaux majeurs. Le monde de la mode se transforme soudain en secrets aux couleurs intenses venues d'un surgissement intempestif. L'image crée un seuil visuel particulier et permet de franchir un miroir. Des flammes restent de glace mais des neiges se transforment en brasier. Des fragments d’éphémère permettent d’imaginer. Beaucoup.

Jean-Paul Gavard-Perret

Just Loomis, « Backstage », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 28 p., 50 E.

Made in Japan : Stéphane de Mesnildot

Mesnildot 2.pngChacun sait combien l’adolescente japonaise (même si elle est de plus en plus talonnée par sa consœur sud-coréenne) reste un modèle fascinant. Ce n’est pas un hasard si les créateurs du monde entier vont à Tokyo pour leur inspiration. Comme le souligne l’auteur dans son essai, cette adolescente « est un concentré de codes et de signes ». En ligne de base les jeunes filles en uniforme et portant des chaussettes montantes qu’elles collent à leurs mollets. Mais ce schéma subit bien des digressions intempestives.

Mesnildot 3.jpgDans son court essai Stéphane de Mesnildot réussit l’exploit de remonter toute l’histoire de ce qui tient d’une vision réelle mais aussi mythique ou fantasmatique : aux adolescentes de la rue se mêlent les personnages de fiction dont le Manga érotique japonais est devenu le spécialiste. Les jeunes filles en fleurs concentrent les signes des évolutions de la société japonaise. Elles illustrent la libération de la tradition ancestrale mais aussi son inscription dans la modernité et l’américanisation d’un système marchand et les systèmes de représentation.

Mesnildot.pngSoulignant les grandes composantes de la culture shôjo romantique (communauté féminine et passage à l’âge adulte), d’une certaine idée de l’amour (lesbianisme compris) et d’un « vert paradis des amours enfantines », l’auteur montre comment à partir des années 60 l’adolescente japonaise est vectrice de révolution du monde nippon : elles deviennent un modèle de libération du corps, des mœurs. Désormais au modèle aguichant de lycéennes délurées fait place un masque plus ravageur, apocalyptique. La catastrophe de Fukushima est implicitement passée sur le système de la mode pour le transformer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane de Mesnildot, « L’adolescente japonaise », éditions du Murmure, 2018, 98 p., 9 E., 2018.

18/06/2018

Les folles du logis : Philippe Fretz

Fretz.pngPhilippe Fretz, « In media res », n° 10, juin 2018, art&fiction, Lausanne

Passant des lieux et situations à celles qui les habitent et les vivent, Philippe Fretz nous proposent – toujours dans l’habile montage à la fois warburguien et créatif de sa série « In media res » ses Papesses. Qui de mieux pour les introduire (si l’on peut dire) sur Fabienne Radi ? Elle en devient l’exagérante exégète.

 

Fretz 2.jpgEt elle ne se prive pas d’une telle aubaine en tordant l’archéologie des savoirs linguistiques. Voici les Papesse - et nous-mêmes dans de beaux draps. Fabienne Radi nous rappelle que le mot a dû être créé en hâte au nom d’une friponne nommée Jeanne qui réalisa l’exploit de se faire élire Pape et d’enfanter un peu plus tard sans le recours de l’esprit Saint. Depuis les futurs papes eurent l’obligation de se faire palper les couilles. Chacun son tour diront les mécréants.

Fretz 3.jpgFabienne trouve plaisant qu’un tel terme rime sans raisons (enfin presque) avec « fesses, messes et poulet de Bresse ». Dès lors tout était possible. Mais moins fripouille que son alter-ego, Philippe Fretz propose ses papesses loin de tout vêtement sacerdotal. Ses belles de cas d’X issues de l’histoire de l’art, préfèrent leurs seins à ceux qu’on vénère sous le nom de Saints. Elles n’ont pas l’âme vraiment hantée de prières. Et dans Genève qui fut jadis austère l’artiste exhibe des princesses en rien anachorètes. Elles possèdent un corps et savent quoi en faire. Et lorsqu’une d’entre elle expose ses stigmates le doute est permis quant à sa mise en croix. Sinon en milieu S.M….

Jean-Paul Gavard-Perret