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08/01/2015

Pyronautes à Saint-Gall

 

 

ISchumacher.jpgwan Schumacher, Tout feu tout flamme,  Production/Distribution Schumacher & Frey, Zürich

 

Iwan Schumacher  à coté de son travail de critique et d’enseignant sur le monde de la photographie est  chef opérateur, scénariste et réalisateur.  D’abord membre de Nemo Film AG. Il crée en 2000 la société Schumacher & Frey GmbH. Il produit entre autre pour la SF DRS, l’émission hebdomadaire  « C’est la vie » et une série de films sur l’art dont  « Urs Fischer » (2010) « Markus Raetz » (2007). Avec  « Tout Feu, Tout Flamme »  il aborde la fonderie d’art de Saint-Gall. Le réalisateur montre le lien que des artistes tels que Urs Fischer, Katharina Fritsch, Fischli/Weiss, Paul McCarthy ou Hans Josephsohn cultivent une admiration sans borne à Felix Lehner, fondateur charismatique de l’entreprise. C’est d’ailleurs fasciné par le travail de  Josephsohn que le futur maître des forges - après son apprentissage de libraire -  décide de devenir fondeur. En 1983, il ouvre sa fonderie d’art à Beinwil am See puis, en 1994, déménage à Saint-Gall. Il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de plus de quarante personnes et possède une succursale à Shanghai. La notoriété est donc internationale et les plus grands artistes trouvent là des techniciens capables de fondre divers métaux.

 

Schumacher 2.jpgLa vue du métal en fusion est toujours aussi étonnante et le film le prouve. Les « pyronautes » de Saint-Gall créent des agrégations commentées ici par la force du discours et des images. La spécificité des deux sites est révélée et devient une opportunité de révéler des occurrences différentes du dispositif de fusion  où se manifestent les écarts de confrontation et de perception. Du noyau générateur d’énergie et de lumière (le feu), aux nœuds et entrelacs de la matière une entropie a lieu  dans une alchimie tellurique. Dégradations, délitements, attaques – bref tous les stigmates de l’usure et du vieillissement – prennent un autre sens par la magie de la métamorphose du feu et sa maîtrise. Une nouvelle fois - outil de pensée et outil de travail - l’ignition nécessaire au travail de fonderie exhibe, dévoile les états successifs et fulgurants. La perspective offerte devient ici un ensemble proche à la fois de l’éphémère et de la puissance venant lécher d’étincelles les murs de lieux soudain réanimés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

06/01/2015

Visarte Fribourg à Mézières : aubes épines et chambres interdites

 


 Visarte.jpgVis-à-vis I Visarte, Carte blanche à Visarte-Fribourg, exposition présentée au  Musée de Papier Peint,  Mézières, Fribourg, du 10 janvier au 31 mai 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Elisabeth Herrmann propose au  Musée du papier peint » du Château de Mézières un en­semble d’œuvres de 17 artistes de l’association visarte-Fribourg. Les travaux n’ont pas été choisis par hasard : ils dialoguent avec le lieu de multiples façons. Dès l’arrivée  et selon  un legato qui passe sans froisser l'air surgit ce qu’Augustin Pasquier propose : un regard évolutif sur la façade du châ­teau. Il semble se rattraper, tel  Tarzan,  aux lianes de la nature. Le visiteur idem, avant qu’il ne pénètre dans l’antre du lieu pour des festins esthétiques plus intimes où  tanguent d’étranges  sensations. Il suffit pour cela de suivre tel un Petit Poucet les confettis dynamisants de Cornélia Patthey. L’artiste joue donc les maîtresses de cérémonie.   Marie Vieli propose un rêve de conte de fée en honneur de toutes les femmes, Viviane Fontaine transforme les tapisseries du lieu par des présences exogènes d’esprits extrême-orientaux, Isabelle Pilloud en une approche collaborative sur les Héroïnes offre la possibilité aux visiteurs de transmettre leur témoignages sur leurs héroïnes : ils s’encrent par écrit et s’ancrent par la couture d’une perle de lune à l’emplacement adéquat sur une carte du monde. Magdolna Rubin et son « château dans le château » comme Hafis Bertschinger disposent encore d’autres métamorphoses et. J-M Schwaller en sa forêt des songes cachent des jeux de l’amour et du hasard…

 

 Visartez 3.png

Qu’il soit enfant dit de l'amour ou non chaque visiteur sortira - la visite terminée - avec ses chimères enroulées autour de son cou en guise de cache-nez. Preuve que tout le mal que se sont donnés les artistes pour répondre avec intelligence et émotion au pari d’Elisabeth Herrmann ne peut faire que du bien. Entrer dans l’exposition revient à sortir du néant pour se confronter à une série de psychés dégingandées. Il faut en accepter les doux scandales d’une lumière qui n’appartient qu’à la nuit tout en lui échappant. L’aube est là. Les salles historiques se frottent les yeux face à de tels phosphènes du nouveau millénaire en linge blanc ou peau caramel, en accès de fièvre ou émoi particulier. Les œuvres caressent l'espace du lieu mais à rebrousse-poil : ce qui lui fait perdre sa pelisse d’hiver et lui accorde une nouvelle jeunesse. A ne pas rater.

Jean-Paul Gavard-Perret



 

 

 

 

 

 

 

06/12/2014

L’art vidéo suisse au féminin

 


 

 

Rérat.pngMélissa Rérat, « L'art vidéo au féminin, Emmanuelle Antille, Elodie Pong, Pipilotti Rist », Presses polytechniques et universitaires romandes, EPFL, RLC, Lausanne

 

 

 

 

 

 

 

Existe-t-il d'autres passages que par les femmes ?  Non. C’est une évidence. Et ce depuis le premier jour. Néanmoins sur le plan de l’art la féminité est biaisée puisque elle a longtemps  appartenu presque uniquement à une recréation masculine qui a inventé  à son sujet une  symbolique nocturne et lunaire. Par chance les trois vidéastes suisses mises en « scène » par Mélissa Rérat tordent le cou à de tels préjugés. La femme n’est plus la mélancolie du monde. Et qu’importe si le mâle ne devient qu’œuf dur, un manque de peau, un lent beau au Zizi pas top. Les éphèbes ne rendent pas forcément marteaux trois créatrices réduisent le bloc d’assurance « adamique » en charpie et morceaux. Des scénographies rêvées d’Emmanuelle Antille (« Wouldn’t it be nice », « Angels Camp ») aux jeux de rôles drôlatiques forgés de pop culture d’Elodie Pong (« Je suis une bombe », « After The Empire ») aux délires hystériques de Pipilotti Rist (« I’m Not The Girl Who Misses Much », « Blutclip ») le féminin gagne en factures et postures face aux impostures. Le féminin s’y démultiplie de la femme fatale à la vamp, de la mère parfois nourricière et parfois dévorante. Mais pour qu’une joie demeure.



Rist.jpgMélissa Rérat explique comment par leurs vidéos les trois suissesses – sans doute peu lectrices des 3trois Suisses » - deviennent les sorcières bien aimées et dégingandées qui affranchissent les images de leurs poids officiels et « mâlins ». Les modèles en vogue sont remplacés par leurs cadavres. Grâce à elles ils ne font pas que se retourner  dans leur tombe : ils  dansent des sarabandes infernales. De quoi faire ravaler à Lars von Trier son dentier… Dans de telles « vidéo-fictions » les femmes ont loisir de ne rien faire de leurs reins : elles ne sont pas Elvis en leur pelvis. Visage pâle, yeux cernés de cerneaux ou parfois grimées et désopilantes elles passent outre  les génitales-party du mâle qu’il soit bestial ou d’un romantisme  Capri-cieux. Elles ont compris que chez eux l’angoisse est emphatique et la faiblesse générale. Si bien qu’à devoir avaler de tels brouets non sirupeux il est fort à parier que les hommes aient du mal à affirmer « C’est pas la mère à boire ». Sinon avec grimaces. A rough boy sauve qui peut.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

(photo Pipilotti Rist)