gruyeresuisse

02/08/2019

Le bûcher des vanités de Pierre Aghaikian

Aghaikian.jpgLa Galerie Isabelle Gounod va consacrer une troisième exposition personnelle au peintre Pierre Aghaikian. Son exploration des grands mythes populaires et des icônes contemporaines passent ici par de grands formats. Les compositions deviennent plus explosives en une sorte de lyrisme où se mélange l'abstraction et les références à divers champs : Walt Disney ou les jeux vidéos mais aussi appels à la grande peinture d’Histoire.

Aghaikian 2.pngLes calembredaines des icones commerciales deviennent des démarreurs afin de recréer au moyen de la peinture une histoire fictive et critique du monde et de ses images. Les supposés invariants des mythes populaires mixés se retrouvent hors de leurs gonds par un vocabulaire plastique chatoyant qui n'efface pas pour autant la noirceur des images de consommation.

Aghaikian 3.pngPierre Aghaikian nous dégage de leur ombre tutélaire. Dans cette fête des formes et couleurs d'autres possibles se manifestent. C’est la victoire de l'art "artisan" face aux mythes industriels et l'Histoire qui les nourrit. La peinture devient la présence d'une rédemption à la fois drôle, tragique, superbe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Aghaikian, "Burn The Witch", Galerie Isabelle Gounod", du 31 aout au 24 septembre 2019.

31/07/2019

Guillaume Bruère l'acrobate

Bruère.pngGuillaume Bruère, "Les Dessins zurichois", Kunsthaus Zurich, jusqu'au 8 septembre 2019.

Le visage et le portrait jouent un rôle majeur dans l’œuvre de Guillaume Bruère. Pour cette première exposition individuelle en Suisse, il a créé quatre portraits grand format de gardiens travaillant au Kunsthaus. Par cette démarche, il braque les projecteurs sur des gens qui jouent un rôle central dans le musée, mais qui demeurent le plus souvent dans l’ombre. Ces dessins ont vu le jour l’an passé lors de sessions de dessin en public organisées pendant la journée portes ouvertes et pendant la longue nuit des musées zurichois.

Bruère bon.jpgL'artiste travaille toujours très vite. D'où un trait énergique et vibrant. qui pour autant échappe à la "caricature". La rapidité  d'exécution permet un détournement des visages. D'où leur étrange registre ou régime. L'artiste aime dessiner directement dans les musées, en s’inspirant de toiles de maîtres célèbres. Il est déjà intervenu au Louvre, à l’Alte Pinakothek de Munich, à la Gemäldegalerie de Berlin et maintenant au Kunsthaus Zürich où il présente plus de 50 œuvres qui vont de 2012 et 2018.

Bruère 3.jpgDessiner revient à revendiquer une espèce de synthèse, une aspiration symphonique même si les dissonances sont de mise. Brisant la grammaire du portrait à la manière d’un acrobate syntaxique Bruère crée un tempo moins de voltige que de réflexion.. S’y perçoit toujours un mystérieux tremblement. Il rend sensible des poids ou des légèretés qui nous sont parfois devenus étrangers au sein de la gravitation de notre espace quotidien ou culturel ainsi que dans l’avancée au milieu des forêts de nos songes, tantôt touffus tantôt déboisés.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2019

Les dérisions représentatives de Jean-Frédéric Schnyder

Schnyder 2.jpgJean-Frédéric Schnyder, Galerie Eva Presenhuber, Zurich, du 1er septembre au 5 octobre 2019.

Jean-Frédéric Schnyder (né en 1945) reste un des artistes suisses contemporains les plus importants. Il est connu sur la scène internationale au moins depuis "Wanderung", un cycle de peintures petit format montrant des vues d’autoroute (Biennale de Venise, 1993). Il a entamé son travail artistique dès la fin des années 1960, en fabriquant d'abord des objets opiniâtres et fantastiques en fil de fer, bambou, étain ou céramique propres à suggérer des cultures populaires et des contes.

Schnyder 3.pngL’exposition propose un voyage à travers ses oeuvres. Elles déconcertent par leur dérision et les jeux qu'elles engagent sur le sens de leurs monstrations. La peinture comme Volonté et comme Représentation entame soudain bien des détours. Les œuvres sont le plus souvent des petits formats et zn séries. La technique semble le fait d'un amateur naïf tant elles sont "mal" peintes en des palettes plâtes, pâles. S'y retrouvent des références à Van Gogh, Anker, Hodler voire Malévitch.

Schnyder 4.jpgParfois certaines séries rappellent la peinture la plus surfaite et décorative (chiens , couchers de soleil, paysage) volontairement kitsch et onirique dans laquelle derrière les petits chalets de la forêt apparaissent les signes d'un champignon atomique, d'une croix gammée  pour créer le désenchantement ironique. Tout repose sur le décalage entre ce qui est représenté et le protocole choisi. Dès lors le regardeur est obligé d'engager une réflexion sur ce qu'il voit afin de cacher ce que de tels "clichés" suscitent. Existe là toute une critique de la peinture et du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret