gruyeresuisse

03/07/2018

Amitiés particulières à la galerie Yossi Milo

Milo .jpgAvec l’exposition « Intimacy », Stephan Tuax offre divers types de présentation de relations intimes sur une période de quarante années en peinture, photographie, sculpture, installation, et travaux sur papier. Se retrouvent là Robert Mapplethorpe, Peter Hujar, Nan Goldin, Katy Grannan, Elle Pérez, Bryson Rand, Richard Renaldi, Kohei Yoshiyuki et David Wojnarowicz.

Milo 2.jpgLes espaces intimes sont très fléchés : il s’agit de rencontres « parallèles » où se brisent les tabous de ce qui est normalement émis par la « normalité ». Des lieux cachés se dévoilent parfois le jour, parfois la nuit. Dans tous les cas les créateurs scrutent des bords qui sortent du passé empiétés dans un maillage. Les rapports sexuels suggérés ouvrent le monde pour le délivrer de bien des ombres. Les dérives s’affirment mais Stephan Tuax choisit des images plus d’attente que de « consommation » en lieux clos ou ouverts de "rendez-vous".

 

Milo 3.jpgElles suggèrent aussi des espaces soufflés par des mouvances contagieuses. Une énergie est toujours prête à céder la place à la précision dont l’objet est la recherche d’un « même ». L’ordonnateur de l’exposition opte en effet pour les relations « contre trajets » afin que l’histoire de l’art parle un intime ferme et fluctuant, furtif et évident.

Jean-Paul Gavard-Perret

“Intimacy”, Yossi Milo Gallery, New-York, du 28 juin au 24 aout 2018

 

 

09:52 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

30/06/2018

Gregor Sailer : fake architectures

Sailer 2.jpgGregor Sailer, « The Potemkin Village », Cloître Saint-Trophime, Arles, du 2 juillet au 23 septembre 2018.

Le CPG pour son déplacement au festival d’Arles propose une exposition de Gregor Sailer sous la curation de Joerg Bader. Son titre « The Potemkin Village » remonte au temps du Prince Grigory Aleksandrovich Potemkine. Ce ministre russe - pour cacher la misère des visages russes lors de la visite de l’Impératrice Catherine II en Crimée- aurait fait construire des villages faits de façades en carton-pâte.

Sailer.jpgGregor Sailer a repris ce phénomène architectural en découvrant et photographiant des villages Potemkine sophistiqués de notre temps : centres d’exercice militaire aux États-Unis et en Europe, fac-simile de villes européennes en Chine, pistes d’essais de véhicules en Suède, rues scénarisées pour la visite de personnalités politiques en Russie.

De telles images poursuivent deux objectifs : une réflexion sur le sens de l’architecture et une seconde sur la falsification du réel. Le tout en une vision en deux moments. Coté face : des murs d’images qui reproduisent des façades. Côté pile de plus petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et détruisent la comédie des pouvoirs.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/06/2018

Blaise Reutersward le romantique

Reut 3.pngLoin de toute expulsion d’agressivité ou de libido, Blaise Reutersward propose des images en des espaces scéniques particuliers qui racontent des histoires énigmatiques. La femme y règne en maîtresse absolue face à divers types d’architectures. Le photographe invente un formalisme particulier héritée d’Allemagne et de Russie où jaillit un romantisme surréaliste.

BlaiseReutersward bon.jpgUn silence règne là où la femme se libère de ses entraves sans pour autant faire la part belle au voyeur. Il a le souffle coupé par de telles présences. Elles n’appartiennent pas à son monde : il ne peut que les rêver mais en toute lucidité sur le peu qu’il représente à leurs yeux. Une errance se poursuit inexorable : jamais il n'en connaîtra le point d'arrivée, l'échéance finale.

 

 

 

Reut.pngRéduisant l'impression de réalité, rejetant implicitement la notion de représentation, le photographe parvient à ce fameux "Troisième sens" que Barthes assigne au visuel et qui selon lui n'a encore jamais vraiment émergé, si ce n'est dans quelques plans d'Eisenstein. C’est ce « jamais » que Blaise Reutersward tente d’atteindre par son photogénie ou sa photogenèse au moment où le théâtre du monde désigne un autre lieu contraint d'émerger hors du signifié et du réel en rappelant que l’image commence là où cesse le langage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Natalia Goldin Lundh, “Blaise Reutersward”, Hatje Cantz, Berlin, 2018, 30 E.