gruyeresuisse

25/10/2018

Louis Guilloux l'ironique

Guilloux bon.jpgLouis Guilloux, "Chroniques de Floréal", Héros Limite, Genève, 2018, 208 pages, 28 CHF / 20 € .

 

Ce livre est une découverte : le grand écrivain que sera Louis Guilloux (auteur entre autre du "Pain noir'") y fait ses gammes. Celui qui sera un styliste impeccable et cruel, de Paris, regarde Saint-Brieuc avec humour en y relevant deux défauts : la ville est trop petite. Elle est surtout sa cité natale... Quant au tourisme naissant, l'auteur y voit un sport inventé par les Anglais qui possède le défaut de ne pas être individuel plutôt que de masse.

Guilloux bon 2.jpgLe chroniqueur va par sauts et gambades à travers les sujets pour un petit journal qui ne restera peut-être dans les annales littéraires que par sa signature :  "Floréal, l’hebdomadaire illustré du monde du travail". Cette feuille de chou - au demeurant élégante - permet à l’auteur de survivre (à côté de ses travaux de traducteur) et de se faire les dents non sans persiflage : les oubliés que sont Emile Bergerat et Alphonse Karr en font les frais mais l’auteur est un des premiers à remarquer le talent de l’Argentin Roberto Arlt.

Guilloux bon 3.jpgEric Dussert poursuit de la sorte la découverte non de fonds de tiroir mais d'œuvres originales. Louis Guilloux en bénéficie : se découvre sa capacité de poète (en prose) fort en flânerie et ironie. Il peut rivaliser ici autant avec Alphonse Allais d'un côté et Léon Paul Fargues de l'autre. Et qu'importe s'il n'aura pu être un Blaise Cendrars. A l'impossible nul n'est tenu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacqueline Devreux : une aussi longue présence

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Les œuvres de Jacqueline Devreux se contemplent (presque…) les yeux fermés tant elles portent de mystères en elles. L’artiste ne crée pas des images en désespoir de cause mais pour permettre d’entrevoir peu à peu le monde et pouvoir y respirer. Le corps féminin l’axe. Il paraît se figer dans l’infini forcément provisoire, se fondre dans l’attente, l’espoir. Désespérément.

 

 

 

Devreux 3.jpgLa femme photographiée ou peinte  semble souvent « absente » . Si proche mais si lointaine. Reste le noir qui fascine. Le blanc qui tue. L’opposition constante du possible et de l’impossible. Le corps devient cette présence silencieuse qui se dérobe, se refuse, là où se trouvent entre l’obscurité et la lumière, l’inexplicable. L’objectif ou le pinceau  ne saisit pas un corps, mais la part de désir enfoui au plus intime de l’être dont il est la seule clé de l’abandon et de la retenue.

Devreux 4.jpgL’unité de temps est supérieure à l’instant, elle contient la sensation qui persiste, l’énergie du mouvement même s’il semble presque impossible. C’est une manière de rejoindre le mythe de la création et de la disparition perpétuelle. C’est la lutte contre l’absence à soi comme à l’autre. C’est aussi se rapprocher au plus près de l’intime. Être enfoui où le corps est en fuite en donnant forme à ce rien foisonnant qui se nomme Amour. Même si rien n'en est "dit".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacqueline Devreux ; Galerie Christine Colon, Liège, à partir du 26 ocrobre.

19/10/2018

Lori Cuisinier et les extases négatives

Lori Cuisinier.jpgLes photos de Lori Cuisinier viennent de son enfance. Elle construisit son image de la femme, son goût de l'art et sa relation psychosexuelle aux images à travers les magazines érotiques pour hommes. Playboy fut son miroir et la guérissait de sa propre image qu'elle jugeait godiche et osseuse. Hugh Hefner avait transformé la femme en "objet" idéal créé par et pour le regard des hommes.

 

 

 

Lori cuisinier 2.jpgL'artiste a changé ce focus et a ironisé ces images première mais non sans fastes. Ils augmentent la puissance de la femme en reprenant les standards à la Hefner pour mieux les détourner. Les femmes de Lori Cuisinier ne peuvent être apprivoisées et n’appartiennent plus au règne de l'homme et de ses fantasmes. Certes elles continuent de séduire mais selon une stratégie qui n'est pas la "bonne" pour eux". Bref, l'artiste libère ses modèles des tics et des tocs masculins par des compositions incongrues, ambiguës mais belles.

Lori cuisinier 3.jpgElle y soulève d'importantes questions sur le rôle, l’identité et la représentation de la femme dans la société comme dans l’art. Mais l'artiste se détache du discours féministe pur et dur pour un mix du fantastique et du grotesque. Ses poupées cachées inspirent un certain désir mais la photographie prend un aspect quasiment conceptuel. Le corps de la femme émerge de son statut de machine à fabriquer du fantasme. Elle devient un écrin à hantises. S'y cachent d’autres secrets que ceux qu’imaginent les émois masculins. L’artiste en inverse les effluves afin de les transformer en extases négatives.

Jean-Paul Gavard-Perret