gruyeresuisse

11/05/2015

Le Désert Rouge en noir et blanc : Dennis Hopper

 

 

 

 

 

Hopper 3.pngDans la clarté irradiante de Taos au Nouveau Mexique Dennis Hopper crée par son noir et blanc des atmosphères lunaires, nocturnes où le pudeur et l'impudeur se frottent l'une à l'autre dans un presque obscur autour de ce qui fait remonter au premier plans des souvenirs titubants. Ils sortent tout droit des "back-stages" du tournage de "Easy Rider". Mais les photographies (encore inédites) ont pris beaucoup moins de rides que le road-movie pourtant culte. Captées avec un appareil basique et tirées dans des laboratoires de drugstore ces images n’ont rien d’anecdotique même si tout y est contingence sauf la pérennité du désert.

 

 

 

 

 

Hopper.jpgChaque cliché semble brisé en deux morceaux : l'un est l’image travaillée  par le temps, l'autre est le temps qui se tourne contre lui-même. L’oeuvre devient le corrigé du passé plus ou moins revenant au sein d’un mystère qui résiste.  Le noir et blanc et les jeux d’ombre mettent en présence de silhouettes où se contemplent autant la perte irréductible et la pérennité. Les deux différencient le travail du deuil et celui de la mélancolie. En celle de Hopper peut se reconnaître - dans ce qui a été perdu - des diamants bruts et nus que les ans ne peuvent altérer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Dennis Hopper, « Drugstore Camera », Damiani Editor, USA, 29 $, 2015.

 

14:15 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

04/05/2015

Yossi Loloi : X-XXXL

 

Loloi.jpgYossi Loloi  focalise son attention photographique du nu sur les femmes obèses, « monstrueuses » aux yeux de la « normalité ». Cela n’est pas sans créer de multiples ambiguïtés, doutes, critiques. L’artiste dit émettre une esthétique engagée contre la discrimination fomentée par les médias et  la société occidentale. L’objectif est donc de mettre en plein jour une forme de beauté à laquelle le regard n’est pas habitué mais qui à la fois le fascine et le répulse comme jadis les  monstres de foire où les « Mirandas » étaient exhibées.

 

Loloi 2.jpgD’un côté le projet est louable puisqu’il sort du silence et de l’invisibilité  des égéries déstabilisantes. Mais il suscite un malaise. L’artiste le justifie en disant qu’il faut rappeler au monde que "nous sommes beaux parce que nous sommes différents. Pourquoi un portrait d’une personne obèse serait plus une provocation que celui d’une personne anorexique en couverture d’un magazine ? ". Reprenant des mises en scène classique pour celles qui ne le sont pas, une telle  projection ou mise en abîme ne peut provoquer qu'une exhibition malsaine. Afin de magnifier un tel corps ne faudrait-il pas trouver une autre stratégie. La représentation ne demanderait-elle pas un autre respect, une autre révérence que ce copier-coller dans lequel la femme différente risque d'être réduite à l’état objet de répulsion ou de fantasme douteux face au standards du genre ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/04/2015

Nancy le Lacangourou

 

 

 

Nancy.jpgJean-Luc Nancy, « Demande » Littérature et philosophie, Galilée, Paris, 382 p. , 35 E., 2015

 

 

 

Croyant que citer Lacan pouvait suffire à créer une pensée Jean-Luc Nancy s’est voulu gourou à la place du maître selon ce qui se dit dans les préaux des écoles : « c’est celui qui le dit qui est ». Il fut un des intellectuels qui pensèrent politiser l’érudition en feignant par leurs contorsions une  mise en abîme du langage. Elle se tourna bien vite en lamentable faconde. Fidèle à Lacan est ses « witz » (mots d’esprits dont la solution appelait la dissolution), Nancy les réduisit en une figure de style. Elle masqua l’inconscient qu’elle estima appâter.  Chef de la discursivité, prétendant parachever les découvertes de la psychanalyse, Nancy  a fait pousser ses fleurs la tête en bas selon une culture des marges dont il faudrait saluer le culte. Voire… « Demande » reste un pensum que Ginette Michaud dans son projet - et en dépit de son exigence -  n’a fait que mettre en évidence. Nancy s’y retrouve tel qu’il est : Lacangourou verbeux, « déconstructionniste » aux hypertrophies rhétoriques.  Il se voulut parfois pur poète là où Psyché serait étendue « à l’ombre d’un noyer qu’Eros contemple sans qu’il le sache » … Il y a loin de la coupe aux lèvres. Plutôt que d’embrasser les secondes Nancy n’a fait que battre la première. Tout hybris reste absent.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret