gruyeresuisse

04/05/2015

Yossi Loloi : X-XXXL

 

Loloi.jpgYossi Loloi  focalise son attention photographique du nu sur les femmes obèses, « monstrueuses » aux yeux de la « normalité ». Cela n’est pas sans créer de multiples ambiguïtés, doutes, critiques. L’artiste dit émettre une esthétique engagée contre la discrimination fomentée par les médias et  la société occidentale. L’objectif est donc de mettre en plein jour une forme de beauté à laquelle le regard n’est pas habitué mais qui à la fois le fascine et le répulse comme jadis les  monstres de foire où les « Mirandas » étaient exhibées.

 

Loloi 2.jpgD’un côté le projet est louable puisqu’il sort du silence et de l’invisibilité  des égéries déstabilisantes. Mais il suscite un malaise. L’artiste le justifie en disant qu’il faut rappeler au monde que "nous sommes beaux parce que nous sommes différents. Pourquoi un portrait d’une personne obèse serait plus une provocation que celui d’une personne anorexique en couverture d’un magazine ? ". Reprenant des mises en scène classique pour celles qui ne le sont pas, une telle  projection ou mise en abîme ne peut provoquer qu'une exhibition malsaine. Afin de magnifier un tel corps ne faudrait-il pas trouver une autre stratégie. La représentation ne demanderait-elle pas un autre respect, une autre révérence que ce copier-coller dans lequel la femme différente risque d'être réduite à l’état objet de répulsion ou de fantasme douteux face au standards du genre ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/04/2015

Nancy le Lacangourou

 

 

 

Nancy.jpgJean-Luc Nancy, « Demande » Littérature et philosophie, Galilée, Paris, 382 p. , 35 E., 2015

 

 

 

Croyant que citer Lacan pouvait suffire à créer une pensée Jean-Luc Nancy s’est voulu gourou à la place du maître selon ce qui se dit dans les préaux des écoles : « c’est celui qui le dit qui est ». Il fut un des intellectuels qui pensèrent politiser l’érudition en feignant par leurs contorsions une  mise en abîme du langage. Elle se tourna bien vite en lamentable faconde. Fidèle à Lacan est ses « witz » (mots d’esprits dont la solution appelait la dissolution), Nancy les réduisit en une figure de style. Elle masqua l’inconscient qu’elle estima appâter.  Chef de la discursivité, prétendant parachever les découvertes de la psychanalyse, Nancy  a fait pousser ses fleurs la tête en bas selon une culture des marges dont il faudrait saluer le culte. Voire… « Demande » reste un pensum que Ginette Michaud dans son projet - et en dépit de son exigence -  n’a fait que mettre en évidence. Nancy s’y retrouve tel qu’il est : Lacangourou verbeux, « déconstructionniste » aux hypertrophies rhétoriques.  Il se voulut parfois pur poète là où Psyché serait étendue « à l’ombre d’un noyer qu’Eros contemple sans qu’il le sache » … Il y a loin de la coupe aux lèvres. Plutôt que d’embrasser les secondes Nancy n’a fait que battre la première. Tout hybris reste absent.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/03/2015

Etude, puanteur, altitude : « Dorade » revue

 

 

 

 

Dorade 3.jpgNaviguant entre une mer de sarcasmes et lac Léman, au milieu de carpes diem et groseilles à maquereau, Philippe Jarrigeon et Sylvain Menetrey ont fait de leur revue un outil critique et érotique. Les sirènes disent-ils y sentent mauvais mais comme les andouilles : plus elles puent plus elles se dégustent avec appétit. Ne soyons donc pas dupes des deux iconoclastes et suivons le sillon de leurs poissons. Gras ou maigres ils ne sont jamais de menus fretins.

 

 

 

Dorade 2.jpgDans leur méthode paranoïa critique les deux compères siffleurs créent un spectacle qu'on bisse mais qu’on aurait jadis classé X dans lequel l'humour remplace l'amour - ce qui évite toute bouillabaisse romantique. Allant à la pêche d'images inattendues, les revuistes les revisitent jusqu'à ce qu’elles deviennent les caricatures de ce qu'elles étaient sensées offrir.

 

 

 

dorade.pngJarrigeon et Menetrey savent franchir les limites et on leur en sait gré. Démoulant les images admises et après fouilles et exhumations, ils ont pour devise trois mots : étude,  puanteur, altitude. Quoi de mieux afin que les caresses sans parole des images râpent ? Eros n’est plus ce qu’il était. La revue soulève les dessous des femmes et des hommes pour  créer l’arête vive d’un ciel de lit et remonter le cordon qui permet de se pendre au rideau. La dépense chère à Bataille elle-même est remisée au rang des concepts anciens. Seule l’absence reste le meilleur des biens en touffe de mots parcimonieux tandis que les images aboient aux nuages.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.