gruyeresuisse

22/08/2015

Bienne change d’horloge (biologique)

 

Nu 2.jpgFestival de performances de nudité urbaine à Bienne.

 

L’art quel qu’en soit la «  formule » est le seul moyen de faire glisser de l'ombre à la lumière en des assemblages plus ou moins choquants. Mais pour convaincre les autorités de Bienne d'accueillir un festival de nu Thomas Zollinger a dû batailler tout en ayant à ses côtés des édiles capables de relever le gant. L’organisateur a été aidé par la présence d’une Milo Moiré dont la réputation d’abord sulfureuse a fini par faire avancer les choses. Et l’artiste de préciser « Toutes les réponses données aux médias ne parleront jamais mieux de ma démarche qu’un tel festival. Les vraies réponses ne se trouvent pas dans ma bouche mais dans mon corps dénudé, dans son  image et dans ma création ».Le calme du festival prouve que le corps nu est un support d'art de rue acceptable et acceptée. Les Biennois et les visiteurs démentent par leur présence que l’hypocrisie ou la résistance à la nudité peut devenir une idée fausse. Le festival prouve la tolérance d’un pays au moment où tant de lieux se replient vers un moralisme myope.

nu.jpgIl est vrai que Zollinger a peaufiné l’organisation de son festival. Responsable le groupe du « Théâtre rituel » il a produit un certain nombre de spectacles autour de la nudité. A Bienne il a travaillé "avec des corps nus de manière globale, en incluant la circulation des piétons et l'environnement architectural". Il a en outre précisé son objectif  à l’AFP : « remettre en question ce qui appartient à l’espace public ».

Certes l’événement - on sen doute - ne fait pas lunanimité même si Thomas Zollinger a prévu les barrages et parages nécessaires : « qui voudra éviter les nus pourra le faire grâce à des affiches placées en bordure de la zone autorisée ». Néanmoins le festival est une réussite et illustre que montrer le corps ne répond pas forcément à la quête dune  satisfaction pulsionnelle : à linverse elle met en exergue le gain dune "dépense" particulière grâce à des corps dégagés de leurs textiles leurs « dusage ». Intime le corps nu est reconsidéré par un travail tout sauf dérisoire. Il donne passage à une image de lart plus exogène et efficiente que dérisoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/07/2015

Mademoiselle S ou la traversée des frontières

 

 

 

Mademoiselle S.jpgAnonymes, "Mademoiselle S,   Lettres d'amour 1928-1930 ",  Coédition Gallimard / Versilio, 19 E., 2015. 

 

 

 

Mademoiselle S restera une belle inconnue. Son amant de corps et de cœur aussi. Jean-Yves Bertault laisse le mystère planer sur les deux amants qui échangèrent une correspondance torride dans les années 20. Joyce et ses lettres « caliente » à Nora peut aller se rhabiller. Son érotisme demeure de la roupie de sansonnet face à celle qui ne cédant à personne sa place ose tout, côté demandes et aveux. Pour son amant ses lettres qui ne devaient se lire d’une seule main. Mais le langage est de qualité, précis, cultivé. Il n’hésite jamais toutefois à appeler les « choses » par leur nom. Tout est bon dans le jambon de celle qui plante sa langue dans la bouche de son amant pour en faire (mais pas seulement) l’extrémité de son cœur.

 

 

 

Sa prétérition  «Il n’y a pas de phrases, si éloquentes soient-elles, qui puissent exprimer toute la passion, toute la fougue, toute la folie, que contiennent ces deux mots notre amour. Nous goûtons à de telles extases qu’on serait inhabile à les vouloir conter!» est donc superfétatoire. Car les amants se livrent en bête pour s’inventer ange. Néanmoins le doute est permis. Demeure la passion charnelle et le vide autour.   Les mots se renouvellent à l’épreuve des diverses lèvres. Dans leur folle fêlure surgit l’éboulis d’abandon sans le moindre repentir. Les mots se travestissent en sexe. Ils se pressent dans les doigts comme des clés. Preuve que nos aïeux (du moins certains d’entre eux) ont apporté leur pierre à une littérature hard-core que seuls les myopes croient réservés à notre époque. La correspondance par et pour Mademoiselle S atteint l’argile enveloppée dans la pierre et invente le plus puissant anneau.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

01/07/2015

Election au Mamco : Lionel Bovier prophète en sa ville

 

 

Bovier.jpgLionel Bovier va prendre la direction du Mamco à la fin de l’année en succédant à Christian Bernard. Il y a une suite logique avec une telle nomination eu égard les ambitions de l'institution. Ayant racheté à Michael Ringier collectionneur et patron de presse sa maison d’édition, Lionel Bovier (naguère enseignant et curateur) a créé en quelques années avec JRP (dont le nom  est constitué des  initiales de « Just Ready to be Publlished » et dont le logo est dû à Francis Baudevin) )  un catalogue particulièrement pertinent de 200 titres sur l’art contemporain ponctué de best-sellers :  catalogue de l’exposition Fischli & Weiss tiré à 20000 exemplaires par exemple. JRP Ringier est devenu le premier éditeur d’art contemporain en Suisse. La part belle y est faite autant aux jeunes artistes qu’aux « anciens » plus reconnus. S’y croisent aussi bien John Armleder qu’Albert Oehlen,  La dynamique de la maison d’édition va devenir celle du Mamco car Bovier y développera la même énergie et les mêmes ambitions. Il y suivra sans doute ceux qu’il n’a eu  cesse de défendre : auprès de l’Ecal de Lausanne par exemple. Ouvert à bien des postmodernités comme aux mouvements récurrents de l’art contemporain  le futur directeur aura de quoi enrichir les collections et les expositions de son institution ouverte tant sur la Suisse et sa jeune création que sur le monde.


Bovier 2.pngLionel Bovier en effet n’a « jamais fait du suisse simplement parce que c’est du suisse ».  Et les artistes helvétiques qu’il défendra supporteront sans peine la concurrence internationale. Il a par ailleurs le mérite de bénéficier d’un réseau international conséquent. Christophe Chérix avec lequel il lança JRP est conservateur du cabinet des estampes du MoMA New York. Les collaborations internationales initiées par Christian Bernard n’en seront que renforcées. Ajoutons que l’éventail des goûts du futur directeur est large - d’Hedi Slimane à Bryan Ferry. Bovier cultive une passion  pour la pop culture mais  sait dégager le bon grain de l’ivraie. Refusant d’éditer un livre sur les peintures plus que douteuses de David Lynch il  reconnaît en  «Blue Velvet» un film majeur pour l’histoire de l’art. Le nouveau directeur du Mamco comme son prédécesseur sera donc de ceux qui fiers de leur liberté ne la galvaudent pas. En l’honneur de sa ville de naissance il saura sauvegarder un esprit critique affûté, seul richesse sur le plan artistique, d’un directeur digne de ce nom.


 

Jean-Paul Gavard-Perret