gruyeresuisse

12/03/2019

Crad Kilodney : de la volupté (enfin presque)

KILODNAY 3.jpgCrad Kilodney fut un écrivain du genre clerc obscur. Il savonna les planches où la décence croyait se reposer. Ses héros ou héroïnes - même coincés du bas du corps comme du haut de l'échelle sociale - ont très vite mal à leurs animaux (du moins ceux qu'ils cachent à l'intérieur d'eux-mêmes). La conformité à lkilodnnay 2.jpga morale catholique, romaine ou luthérienne est tournée en ridicule. Elle semble parfois remonter le haut de son nez et certaines bretelles jusqu'à ce que reprenne aux hommes l’envie de recommencer.

 

 

Les corps s’enfoncent dans les bois dormants mais restent éveillés. Et c'est peu dire. Le pouvoir de lévitation de certains ustensiles leur donne un statut de tireur d'élite et de jardinier des mousses tendres.Un flux les fait glisser des grands lacs canadiens pour rejoindre l'océan des voluptés. Les contes (tirés du recueil "Suburban Chicken Strangling Stories") scénarisent autant des hauts de coeurs que des toisons pubiennes. Des uns aux autres le chemin est relativement bref.

 

Kilodnay.pngDes couples illégitimes portent des pantalons de smoking ou des robes de dentelles pour swinguer du valseur avant de jouer les Fregoli ou Grüss dans des alcoves. Fini le temps où ils étaient trousseurs sur banquette arrière de Ford d'occasion. Crad Kiloldney met la gomme pour montrer combien chacun rue, lit-gote, composte, taurée, salive le point G dans ses contes X. Des Sissi impératives s'enflamment jusqu'à ce que le sperme roux coule des Falstaff enfarinés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Crad Kilodney, "Trois Contes", Traduits par Philippe Billé, Cormor en nuptial, 2019, 64p, 15 E., 2019.

11/03/2019

Pierre Bergougnioux et Jacquie Barral : l'être des lettres (en avoir ou pas)

Barral.jpgLes pensées spéculatives sur et de l'écriture se révèlent ici par le biais de la ponctuation plastique de Jacquie Barral. Surgit un ordre caché du monde que les mots n’épuisent pas. Dès lors, repoussant l’ordonnancement classique des images, la créatrice franchit les limites du logos de Bergougnioux (même si lui-même le libère) en des pans et fragments. Ils deviennent l’organisme «vivant» d'un espace plus profond que le signe par lui-même voudrait offrir dans son "abstraction". Preuve que la "forme" n'est jamais vide.

 

 

Barral 2.jpgRetenant les lettres dans ce qu'elles auraient de plus "pure" par le jeu des formes qu'elle incise, l’artiste contribue à l’édification d’un château qui nous fait autant que nous l’habitons. Transparaît le sentiment du mystère au moment  où les lettres s’amassent pour créer dans la conscience un sentiment de soi et du monde en des concepts qui ne sont pas seulement mentaux mais des processus phénoménaux.

 

 

 

 

Barral 3.jpgS'inscrit en conséquence une autre convergence et un dynamisme inédit pour faire exister les signes dans cette co-production. Le dessin devient à la fois le miroir déplacé et une autre instance de karma de chaque lettre. Il est l’écharpe des profondeurs intérieures mais aussi leur aigue-vive afin que voit le jour - loin des conventions - un processus psychique de l'écriture. Elle s'enrichit en passant du discours au dessin. Sa métamorphose instruit des épaisseurs plus prégnantes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pierre Bergougnioux et Jacquie Barral, "Le corps de la lettre", Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2019, 13 euros. Le livre sera présenté à la Galerie AL/MA - 5 rue du Plan du Palais, 34000 Montpellier, mars 2019.

 

07/03/2019

Surréalisme des grandes surfaces : Nadia Lee Cohen

Nadia-Lee-Cohen 3.jpgLa britannique Nadia Lee Cohen est une photographe et cinéaste basée à Los Angeles. Elle y peauffine sa sidération pour la vie americaine. Plus spécialement celle des banlieues ( zones résidentielles, Malls, etc). Elle y invente des récits. Les héroïnes (ou leurs clones) jouent d'une forme d'évasion sexuelle au milieu d'une culture populaire proche du grotesque et semblent accepter, si nécessaire, de sombrer dedans.

Nadia-Lee-Cohen.jpgLe glamour se transforme sous des mises en scène accrocheuses aux couleurs sursaturées. S'y cache de fait une mélancolie subtile et farceuse. Il s'agit de choquer le spectateur afin que ses tabous vacillent par un jeu entre le fantastique et la réalité, le vivant et l'inanimé sans savoir qui des deux possède réellement une âme. Le quotidien se voit de fait défiguré et le regardeur doit toujours s'interroger pour comprendre la nature exacte des photos et de leurs personnages.

Nadia-Lee-Coehn 2.jpgPour les incarner l'artiste choisit des anonymes qu'elle préfère aux modèles. Tout est fait pour casser les conventions d'une beauté hollywoodienne. David Lynch n'est pas loin. Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, les frères Coen ou, côté photographie Cindy Sherman non plus. Là où dans les films les images ne font que passer, la photographie fixe ses transfuges et permet d’insister sur les stéréotypes de la femme comme du paysage : le second devient portrait et celui-ci devient paysage (ravagé, drôle, décalé ou dérisoire).

Jean-Paul Gavard-Perret

Nadia Lee Cohen, "Not a Retrospective", La Termica, Malaga, du 22 février au 12 mai 2019