gruyeresuisse

23/03/2019

Etienne : Envols

Le monde du sculpteur Etienne est celui de l'élévation et de la Etienne.jpgrencontre. A l'envers des univers délétères l'artiste crée des berceaux aériens. L'oiseau est chez lui non un sceau, une signature mais l'élément premier et le langage. Même les représentations humaines lorsqu'elles apparaissent rejoignent les nuées et ignorent les cages. Alors que l'industrie du faux ne cesse d'avancer, l'artiste ramène à des exigences essentielles par ses "sublimatons".

 

Etienne 2.jpgMaître du bronze, et loin d'une perspective matérialiste, il est devenu le poète de l'essor, de l'air, d'une spiritualité particulière. Ses oiseaux ressemblent à des flocons qui montent au lieu de descendre pour toucher un peu plus le soleil comme si la vie elle-même était donnée comme présence absolue. Le mot absolu est ici à sa place : il signale la séparation éprouvée entre le monde terrestre et celui des présences habitées.

 

 

 

Etienne 3.jpgQuoique résolument de notre époque, le Grenoblois semble d'un autre temps dans son idéalisation et sa gestation pour les lignes de fuite et d'horizon. Il n'a pas besoin de les "inscrire" : elles sont implicitement induites dans un geste créateur subversif qui ne se renvendique jamais pour tel. Haro sur la pose : l'impératif n'est pas de "faire spectacle" mais d'oser d'une part le parti de l'affranchissement de la matière par la matière et d'autre part celui de la liberté métaphysique qui donne sens à la vie. Si bien que d'une certaine façon la figuration est secondaire puisque tout est affaire de vision et d'intériorié habitée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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21/03/2019

Ingvar Kenne : sweet old Australia

Kenne 3.jpgAvant l'arrivée d'Internet, pour les Australiens des vastes plaines et campagnes  en mal de justes noces ou tout au moins de rencontres fut inventé au XIXème siècle  le "Bachelor and Spinster Ball". C'est en fait l'équivalent - mais en plus ciblé - de nos bals qui avaient lieux chaque semaine  jusque dans les années 80 et qui demeurent encore parfois en tant qu'empiètement sur le passé.

Kenne.jpgAu départ et en Australie celà ressemblait à des dîners et des soirées de danses classiques. Mais au fil du temps   de telles festivités se sont transformées en soirée de type "rave party" où l'alccol coule à flot. Trouver l'amour est devenu secondaire : place à l'ivresse, la danse, la débauche. Et Kenne a traversé pendant un an l'Australie à la recherche de telles cérémonies d'un certain chaos au coeur de nuits chaudes et de désordre.

Kenne 1.jpgIl s'agit désormais de brûler la chandelle par les deux bouts plutôt que de trouver l'âme sœur. Les corps se défont en une sorte d’entente tacite avec la vie. Reste une certaine forme de "volupté" à l’instant où jubilent et se réalisent tant que faire se peut certains fantasmes. Le regard s’accroche à des silhouettes vives dont ne demeure souvent que la chute au moment où à  la douceur de la nuit est préférée la splendeur du jour.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:21 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

19/03/2019

Olivier Rachet : et Sollers réinventa la peinture

Rachet.pngSi l'écriture ne signifie ni éternité, ni éternisation (eu égard son caractère abstrait) mais seulement une agonie, l'art à l'inverse déjoue le "devenir-mortification" autant du langage que d'ailleurs de l'image lorsqu'elle n'est pas la source d'une "dialectique" comme le précisa Sollers au moment où "Tel Quel" et le revue "Peintures" nouèrent un nouvel avenir pour l'art.

 

 

Rachet 2.jpgCette dialectique - comme le rappelle Olivier Rachet dans son essai fondamental sur Sollers et la peinture - l'auteur de "Paradis" (son chef d'oeuvre) n'a cessé de l'explorer. A partir d'une image "primitive" celle de "la divine Olympia", il a relié l'art à l'essentiel : Eros frère jumeau de Thanatos comme l'ont prouvé tous les artistes qui comptent pour lui du Caravage à Bacon (mais ce ne sont que deux noms parmi bien d'autres repères).

Sollers.pngParfois dans une forme de dialogue inventé afin d'alléger sa démonstration, Rachet prouve que l'alacrité de l'écriture de son modèle est inhérente à son "goût" (mot clé chez lui) pour un art parfois oublié, parfois ou "mal vu mal dit" (Beckett) jusqu'à lui : de Courbet à Pollet, de Fragonard à De Koonig. Sollers fut donc au centre d'une "contre-histoire de l'art" (sous titre de l'essai) et de sa révolution. Ce qui pour Rachet efface certaines errances maoistes de l'auteur. Mais celui-ci vient d'en faire sauter l'hypothèse par une belle torsion. Celle qu'il propose via Shakespeare embarqué avec lui sur le bateau de son dernier et superbe "Le Nouveau" (Gallimard).

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Rachet, "Sollers en peinture", coll. Tinbal essai, éditions Tinbad, Paris, 2019, 220p., 21 E..

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Olivier Rachet, "Sollers en peinture", coll. Tinbal essai, éditions Tinbad, Paris, 2019, 220p., 21 E..