gruyeresuisse

28/06/2016

Sécessions du portrait : Felipe Alonso

 

Alonso.jpgParfait iconoclaste Felipe Alonso se bat avec le tableau pour qu’en jaillisse un théâtre particulier. Tel un Rustin - mais plus enclin aux hybridations – il donne au portrait humain ou animalier une perspective sidérante autant par effet de matière que de pose. Chaque œuvre (en particulier ses peintures) crée une lumière étrange sur des morceaux de corps. Une convulsion implicite mêle l’horreur à l’extase. Un mystère en jaillit entre éros et thanatos. Les fragments épars et les hybridations construisent un ensemble cohérent mais énigmatique. De lèvres ouvertes jaillissent des « déjections » qui rapprochent l’artiste d’un Goya.

Alonso 3.jpgDes masses lourdes flottent, pareilles à ce qu’il y a paradoxalement de plus léger. L'oeuvre « dit » l’angoisse, l’attente. Elle se fiche des débats actuels et théoriques sur la représentation et montre ce qui se passe « lorsque les mots vous lâchent (Beckett). Là la seule voie loin de toute censure. Alonso peint contre la fixité.. La peinture «oublie» son projet, l’efface selon des perspectives profondes pour que la réalité soit plus sourde. Entre fixité et errance, la trace dans l’espace réduit du tableau fait que quelque chose de neuf se passe et passe

Jean-Paul Gavard-Perret

25/06/2016

Primitifs du futur à l'Elysée


Elyséé Victoria Will.jpg« La mémoire du futur, dialogues photographiques entre passé, présent et futur », jusqu’au 28 août 2016. Musée de l’Élysée, Lausanne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ElyséeOscar Munoz.jpgDepuis son arrivée à la tête du Musée de L’Elysée, Tatyana Franck a revitalisé le lieu. Elle revalorise un fonds accumulé au fil du temps sans direction précise mais dans un souci d’œcuménisme photographique. Pour autant l’exposition n’a rien d’une expérience nostalgique. Plutôt que d’exhumer des trophées passéistes l’exposition crée une dialectique entre passé et futur et montre comment les recherches des photographes actuels savent tirer profit de procédés photographiques archaïques.

ElyséeChristan Marclay.jpgDaguerréotypes et autres cyanotypes sont mis en écho des œuvres les plus nouvelles. Aux travaux primitifs de Gustave Le Gray ou d’Anna Atkins répondent les expérimentations de Christian Marclay, Oscar Munoz, John Dugdale, Takashi Arai ou encore les recherches sur la lumière d'un James Turrell. Non sans louable souci pédagogique l’exposition permet une réflexion approfondie sur le médium et prouve comment l’esthétique photographique se construit sur la « matière ». Et ce même à l’époque du numérique. La patine, la craquelure, l’effet de trace investissent le médium – parfois jusqu’à un maniérisme discutable. A voir pour tout amateur d’un art confiné trop longtemps au rang inférieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

(photosde Victoria Wall, Oscar Munoz, Christian Marclay)

18/06/2016

Le Corbusier au Bassin d’Arcachon

 

Corbusier 3.png« Le Corbusier - mes années sauvages sur le Bassin 1926-1936 », Site Cap Moderne, Villa Eileen Gray & Jean Badovici, Lege Cap Ferret, 28 juin - 31 août 2016.

 

 


Corbusier 2.jpgCette exposition est consacrée aux séjours sur le Bassin d’Arcachon de Le Corbusier où il retrouve une nature sauvage. Il y passe ses vacances de 1918 à 1936. Se découvre le visage d’un créateur rêveur qui voit le bassin comme un refuge naturel. En hommage au lieu, il devient l’architecte d’un lotissement à Lège (en collaboration avec son cousin Pierre Jeanneret) pour le compte de l’industriel sucrier Henry Frugès afin d’y loger les ouvriers employés à la scierie locale.


Corbusier 4.pngLe lotissement a subi de nombreuses transformations (adjonction de toitures, modifications des ouvertures etc.). Elles témoignent du rejet par les habitants de la modernité « corbuséenne ». Mais cet ensemble, grâce aux Monuments Historiques de France, a été rénové par une société d’HLM, afin de retrouver le modèle original.

Corbusier.pngMais ni les enduits, ni les coloris d’origine n’ont été respectés. Ce qui dénature le projet et consume les apparences auxquelles néanmoins l’exposition redonne un lustre tout en soulignant la paix idéale que Le Corbusier découvrit dans une nature défaite des entraves les plus évidentes de la civilisation. Reste un champ flambant de mirage et de vie. Il répond à sa part la plus secrète et la plus rebelle d’un architecte et artiste partagé entre désarroi et espoir.

Jean-Paul Gavard-Perret