gruyeresuisse

25/07/2016

Jen Davis et le corps obèse de la femme

 

Davis 4.jpgJen Davis a suivi avec attention et théâtralité son quotidien de femme obèse pendant onze ans. Elle a posé avec des amants fictifs le temps. La photographe de Brooklyn a invité des hommes (colocataire, ami gay, inconnu) pour explorer sans manque : «Je voulais questionner ma sexualité et l’inconfort auquel je l’associais. Pouvais-je être sensuelle et inspirer du désir ? » écrivait-elle.

 

 

Pendant ce temps elle a transformé la femme quasi obèse en icône imparfaite (selon les critères actuels) mais belle. En dépit de son « mal de vivre » elle posait pour jouer avec ces hommes une passion supposée. En sous-vêtements ou en nuisette elle faisait de ses prises un regard « amoureux » afin de pactiser avec elle-même, de s’aimer en se plaçant dans l’ordre des corps désirés et désirants.

Davis1.jpgAu fil du temps elle a retrouvé un équilibre qui lui a fait perdre plus de 50 kilos grâce à un anneau gastrique.

 

 

 

 

 

 

Davis 3.jpgL’artiste ne se veut ni féministe ni « pro-fat acceptance ». Elle a cherché simplement à retrouver sa place dans le monde. Et c’est en commençant à ne plus s’habiller au rayon des très grandes tailles qu’elle s’est sentie mieux. Paradoxalement le succès de ses photographies lui ont permis de jouir d’’un anonymat existentiel. Ses images la font accéder à une connaissance d’elle-même occultée depuis l'enfance. Elles apprennent au regardeur à comprendre la différence.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/07/2016

Pope club : Petrov

 

Petrov.jpgLev Nikolaïevitch Petrov, « Dans le passage un pope », trad. du russe par Pauline J.A. Naoumenko-Martinez, Editions Louise Bottu, Mugron, 2016, 120 pages, 14 €

« Dans ce qu’on voit on voit toujours moins que ce qu’il y a à voir ». D’où la nécessité des mots. Non pour voir mieux mais autrement. Et c’est ce que propose ce roman russe sorte de « documentaire métaphysique » (4ème de couv.) mais qui ne néglige pas le réel. Pour autant celui-ci en prend un sacré coup dans l’aile : dans des passages obscurs il n’est pas jusqu’au Pope à devenir douteux : prélat, père ou employé municipal rien n’est sûr. Parmi les caucasiens râblés et autres tchétchènes tout est possible même l’improbable.

Petrov 2.jpgDe l’auteur on ne sait rien ou presque : à savoir qu’il a écrit ce livre exceptionnel où l’à-peu-près vient brouiller le réel sans du trop ou de superflu, pas question que l’anecdote alourdisse, que l’ornement amidonne. Le roman brise la glace (et il y sur place où convergent les impasses et sa foultitude d’êtres du troisième type), il avance par stances et fractures. Tout n’est que passages « entre le pope ou son avatar ». L’espoir est sans doute un leurre mais l’auteur ne s’en occupe pas car il a mieux à faire là ou l’humour beckettien fait de l’écrivain un romantique d’un nouveau genre, « une midinette aux mains calleuses » que seuls les mots font rêver. Ou presque. Peut-être là la découverte littéraire de l’année.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/07/2016

Mariette Pathy Allen : trans-pass

Patty 3.pngFranchir la frontière, changer de corps touche autant au plaisir, à la jouissance qu’aux possibilités d’angoisse puisque les certitudes se voient interpellées par cette traversée. Mariette Patty Allen prouve que le genre d’origine n’est pas forcément le bon : le corps peut être mal programmé et doit ressusciter pour devenir glorieux en quittant la distribution première.

Patty 2.pngEntre temps il peut exister des temps de latence. La photographe proche de la communauté « LGBT » et dont les membres officiels ou non sont discriminés présente ce monde de manière positive et prouve que sa vulnérabilité n’est qu’une apparence. Elle illustre la traversée de la frontière du genre et combien l’accepter devient profitable. Au désir contourné, à l’empêchement se substitue la possibilité - hors culpabilité - de jouir d’être soi-même. Franchir le seuil du genre permet parfois d’exister, de sortir de l’isolement, du silence. Ce changement extrait de la pure illusion comme de l’errance et de la répétition.

Jean-Paul Gavard-Perret

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