gruyeresuisse

21/02/2018

Les lumières noires de Lee Bae

Lee Bae.jpgLee Bae construit des surfaces ascétiques, des blogs plus concrets dans l’accomplissement de son travail créé spécifiquement pour le lieu de son exposition. L’œuvre se pose comme excès, subversion mais aussi maîtrise loin du dualisme corps-esprit. L’artiste coréen ouvre à une présence noire. Elle ne possède rien de mélancolique. Le corps de chaque pièce n’est pas simplement l'ornement de ce qui jusque là servait de moyen. Quant à l’abstraction elle n’est plus l’indice - cultivée par toute une commodité et une communauté plastiques - à une propension purement métaphysique.

Lee Bae 3.pngL'alliance de la forme et de la matière prend un aspect aussi primitif, qu’essentiel. Elle impose sa loi qui se conjugue parfaitement à l’écrin de Saint Paul de Vence. Chaque œuvre - couverte de son noir sur blanc – devient une hantise. Contre les ténèbres du charbon de bois l’artiste retient la lumière D’autres à sa place auraient perdu le fil ou pris la poudre d’escampette. Mais Lee Bae sait en faire une odeur de chair en éruption. L’audace surpassa la violence première.

Lee Bae 4.pngFormes noires des matériaux, fonds blancs, mixage de lumière et d’ombre créent une densité. L’aspect « décor » se perd afin de laisser la place au monde de l’intériorité. Les œuvres sont lourdes ou légères mais emportent par leur force, leur énergie. Elles crépitent en imposant leur majesté. Jaillit le corps torréfie de l’innommable. Cela crée un vertige et conforte dans une étrangeté. On peut tenter de donner des explications, de déplier des raisons. Mais elles ne peuvent convenir. De telles œuvres se redoutent et fascinent de leurs présences noires.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lee Bae, « Plus de lumière », Fondation Maeght, 24 mars - 17 juin 2018

20/02/2018

Phyllis B. Dooney : les formes vides de l’espérance

Dooney.jpg Avec « Gravity Is Stronger Here » Phyllis B. Dooney crée le visage documentaire et poétique d’une Amérique hors de ses gonds où le lesbianisme se revendique comme tel. De même que la pression de la pauvreté et de la violence. C’est dans Greenville (Mississipi) et par le portait d’une famille (les Brown)que la créatrice a filé son enquête. Le lieu est caractéristique des « boom towns », ces villes-champignons fruits de la nouvelle donne d’un monde où « la gravité est plus forte ». L’amour homosexuel comme celui plus évangélique de Dieu, l’espoir et le désespoir cohabitent au coeur des vies en dérive.

Dooney 2.jpgPhyllis B. Dooney mêle de près ou de loin sa propre histoire à celles qu’elles dévoilent et où les êtres expriment visuellement ce à quoi ils sont confrontés ou croient. Il suffit de la fumée d’une cigarette, de paysages incertains pour faire ressentir l’humanité. La tendresse tente de s’y faire une place. Le temps semble redevenir humain dans cette narration au milieu des souffrances et au moment où la créatrice casse l’incapacité à raconter de ceux qu’elle montre tels qu’ils sont.

Dooney 3.jpgLes photographies paraissent parfois les formes vides de l’espérance mais s’y enracinent toutefois la capacité de poursuivre. L’image permet non seulement de la représenter mais l’étaye, riche de l’expérience de l’artiste qui la montre, la clarifie au côté de Jardine Libaire. Elle prouve que le changement des « paysages » ne modifie pas forcément celui des conduites. Le temps semble identique avant et après un tel récit et ses aperçus des bribes d’êtres et de choses qui passent devant la nymphe punk. Elle accorde une beauté à ce qui l’emporte dans ce voyage au cœur de ce qu’on nomme l’Amérique Profonde du Delta. L’œuvre ne se contente pas d’esquisser un sentiment de perte et d’attente d’amour et d’estime de soi, elle les fait perdurer en une sorte d’appel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Phyllis B. Dooney et Jardine Libaire, « Gravity is stronger here », Kehrer Verlag, 49,90 E., 2018.

17/02/2018

Denis Freppel à la fondation Auer Ory

Freppel.jpgDenis Freppel pendant trois décennies a exploré les archives visuelles constituées par l'architecture de Los Angeles et de ses alentours. Passionné de cinéma et d’images fixes il a photographié les quartiers de la cité des Anges. Elle est devenue sa ville d’adoption et pour la saisir il a mêlé photographies documentaires et d'architecture en saisissant « l’ombre et la lumière, le vide et le plein, le beau et le laid, le bruit et le silence » en une sorte de nouveau journalisme quelque peu déjanté.

Freppel 2.jpgAutodidacte, influencé par les livres d’Ansel Adams, Freppel a toujours préféré le noir et blanc à la couleur. C’est parfois une vue d’ensemble ou parfois un détail qui impose la prise. Mais pour l’artiste tous les sujets -petits ou grands- ont la même importance.

 

Freppel 3.jpgDe la sorte il propose un étrange kaléidoscope de la ville californienne. L’exposition mêle réalisme et poésie de la ville en ses mutations architecturale. Non seulement les photographies suscitent l’étonnement : elles ouvrent un fantastique voyage d'exploration autour d'une ville dont la circonférence reste incertaine et le centre toujours inconnu car non repérable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Denis Freppel, « Los Angeles, architectures et autres horizons, 1967-2010 », Fondation Auer Ory pour la photographie, Hermance, du 18 janvier au 13 mai 2018.