gruyeresuisse

06/04/2019

L'exception Geraldo de Barros

Barros 4.pngGeraldo de Barros "Photographie, Peinture et Design", Arcadia, Genève du 10 mai au 15 juin 2019.

Geraldo de BarrosPaulo (1923 - 1998) est un artiste majeur de la scène brésilienne. Il la prit à revers loin de tout effet de baroque ou de luxuriance. Dessinateur, graveur, peintre, photographe, graphiste et designer, il a modifié l'art de son pays en se frottant aux influences européennes lors de ses séjours en France, Suisse et Allemagne.

Barros.jpgInfluencé par Max Bill, Henri Cartier-Bresson, Giorgio Morandi et François Morellet et par le Bauhaus (qui lui permit de bouleverser la notion d’habitat au Brésil), l'artiste eut du mal à se faire reconnaître sur la scène internationale. Mais les choses changent comme l'illustre cette exposition multipartitas. Elle prouve combien pour son pays - mais pas seulement - De Barros est un plasticien d'exception

Refusant une forme de sacralité de l'art il crée des oeuvres subtiles, complexes entre autres dans leurs structures de formes et l'emploi du noir et blanc. Son travail cherche moins à séduire qu'à parler à l'homme. En ce sens il s'agit d'une oeuvre politique mais dont le militantisme ne se réduit pas à un affichage de mots d'ordre.

Barros 3.jpgCapable d’abstractions l'artiste ne la transforme jamais à une métaphysique. Il tente  néanmoins d'élever le niveau de conscience par la beauté. Implicitement existe dans l'oeuvre une idée de progrès tant sur le plan social qu'esthétique. Pour lui cette dernière n'a pas qu'un mobile affectif. La passion de créer est toujours au service d'une fonction où la beauté n'est pas décoration mais un vecteur d'avancée.

Barros 2.jpgPour un tel artiste exit le superflu. Demeure un essentiel qui n'est pas une "essence-ciel" mais de nature terrestre. C’est pourquoi il faut savoir contempler de telles oeuvres comme un appel intense à une traversée. De Barros dégage non seulement un profil particulier aux visages et aux choses mais au temps qu'il bouleversa. L'oeuvre propose pour notre époque du neuf toujours agissant.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/04/2019

Miles Aldrige : mènagères de moins de 50 ans

Aldrige.pngLes scénographies glacées et ironiques du photographe anglais Miles Aldrige immobilise la femme au sein d’une quotidien ou de l’exceptionnel sans la moindre sollicitude et sans agressivité. Il y a là une série de sur et sous voltage, dans laquelle en dépit des apparences la femme n'a rien d'une oie blanche.

 

Aldrige 2.pngElle vaque au sein d'attente vague. Son corps sexy apparaît dans une incarnation aussi proche que distanciée, sévère que drôle. Celles qui n’ont pas de nom se montrent sans se donner. Le tout dans une certaine indifférence. La femme ne semble plus à l’intérieur d’elle-même. Se devine la lumière-nuit d'une sexualité  sans doute frustrée. Seuls les yeux s’écarquillent. Reste une étendue continentale structurée en véritables scènes. Quelqu’un parle en elle - non à sa place, ni dedans, ni dehors, ni même en travers - mais entre elle et elle en un vide existentiel.

 Aldrige 3.png

Miles Aldrige s’invite, se place devant la femme. Elle l’accepte, prend vaguement acte de sa présence. En joue peut-être. Et son photographe saisit ce qui «normalement» ne peut être ni vu, ni pensé d'un astre d’inquiétude. La femme n’est plus l’être animée qui ose parler. Mais sa vision illusoire porte ailleurs que dans le mensonge. La mise en scène compte. Elle abrite celle qui se terre. Un silence résonne en une théâtralisation particulière. Pour l’image la plus nue. Et non l’image de la nudité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Miles Aldridge, "Screenprints, Polaroids and Drawings, Christophe Guye Galerie.

02/04/2019

Vianney Le Caer : bouillons de culturisme

 

 

Le Caer 2.jpgVianney Le Caer donne de Beyrouth une vision décomplexée et fléchée, pleine de liberté et d'humour. Le corps mâle y est mis en exergue dans tout un jeu de poses et de couleurs. Il interroge aussi sur la place qui demeure encore disponible à l'imaginaire.

 

Le Caer.jpgLa photographie est donc un départ ou un retour aux choses du quotidien léger afin d'aboucher  volontairement en  un certain décor de plage où la liberté et l'énergie se libère. Les photographies deviennent la matière même et l’éclat d’un secret qui ose se montrer avec ostentation.

 

Le Caer 3.jpgElles ne protègent plus de tout changement, de tout accès. Par leur effet-spectacle - dans le cercle clos de l’intime comme dans celui plus large du paysage - une forme ordinaire de pseudo-préservation des tabous est exclue. L’artiste provoque une rencontre décalée. Il s'agit d'oser un écart  qui échappe à la vision donnée d'un pays rarement vu sous un tel "angle" au moment où Le Caer donne corps - en le montrant - aux liens qui permettent de s'interroger sur le pouvoir de l'image.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Vianney Le Caer, "Les Bronzeurs"