gruyeresuisse

22/03/2020

L'homme seul du fleuve Sinú : Enan Burgos

Burgos.jpgPour Enán Burgos (né dans la région du fleuve  Sinú en Colombie en 1957) la création passe par la poésie, peinture et théâtre.  L'auteur quitte sa région puis son pays et au gré des aventures de l'existence rejoint Medellin, Bogotá, Barcelona, Cannes, Monaco, Montréal, New-York, Paris, Montpellier et actuellement à Saint-Geniès-Des-Mourgues. Mais le trajet n'est pas terminé. Auteur de plusieurs livres d’artistes, il a accompagné picturalement des textes de Philippe Jaccottet , Michel Butor, Jean-Pierre Verheggen, Hubert, Zéno Bianu, Gabrielle Althen et bien d’autres.

 

Burgos bon 2.jpgSes portraits de nus sont  des plus fascinants. Le corps y est préféré au visage. En émane une sensualité appétissante. Le cheminement du désir est implicite et l'artiste le revendique non sans humour et en offrant une grâce particulière à un excès contre l’obscurantisme du monde. Preuve qu’Enan Burgos n’a rien d’un nostalgique. Il reste un peintre de la lumière et du rêve qui est l'antipode de la simple songerie.

 

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Sa peinture est forte, violente, chargée et en dehors de tout effet de décor. Ni devant un corps ou un paysage mais dedans le créateur ne propose  pas forcément un voyage en enfer mais au paradis terrestre. Il ouvre les plastrons de la chair jusqu’à en montrer les entrailles au besoin. Le corps reste le rappel du passé parfois léger et souvent douloureux  mais encore de toujours l'espoir d'un futur  à soulever .

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Enan Burgos, "Nudité/Desnudez", Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 32 p..

 

21/03/2020

Les libérées de Colette Deblé

Deblé 2.png"La même aussi" se dresse, isolée dans chaque page, confinée (elle aussi...) car dégagée de son contexte initial. "J’arrache, extrais, isole, ravis, détache, extirpe la femme du contexte, paysage, situations, activités, compagnons, compagnes, représentations, places, mises en scène mythologiques, toilettes, intimités, vanités, époques, patrie. " écrit l'artiste pour donner à la femme la place dont elle a été dépouillée dans l'art et l'Histoire.

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Une vérité profonde émerge contre la dépertition. Arrachements, extractions, découpes permettent aux femmes de voyager libre là où elle s’enfante en renaissant.  Existe ce qu'elle nomme le "multiple assigné au papier, l’hyperbole infinie de la destinée au féminin en grâce et en lutte".

 

 

Deblé 3.pngContre la violence la créatrice opte pour la douceur dans des chemins qui rétablissent une justice. « Je suis le trait qui retient les choses, le trait de l’apparition, la mémoire, celui qui reste contre la mort. » écrit Colette Deblé. Ses femmes ne sont ni des saintes, ni des figures figées. Elles s'ébrouent vivantes et libres quel que soit leur origine : paysannes, révolutionnaires, religieuses, indiennes, faunesses, archétype. Toutes sont détachées de la typologie qui les fige et fixe. La vie avance dans leur guirlande.

Jean-Paul Gavard-Perret

Colette Deblé, "La même aussi", Aencrage & Co.

20/03/2020

Alice Jaquet : fées du logis et autres rêveries

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Née à Bâle en 1916 et décédée à Genève en 1990, Alice Jaquet fut peintre, dessinatrice et illustratrice dont l'expression se rapproche d'un art volontairement naïf et surréaliste parfois afin de conserver toute la fraicheur aux portraits comme aux natures mortes.

 

Jaquet 2.pngSes femmes sont légères - mais à la manière des nymphes et ses hommes n'ont rien de ces guerriers assis devant une table dressée avant de solliciter, après leur repas, le dessert escompté... En cela l’artiste est l’héritière des sorcières surréalistes. Au besoin elle caresse les chimères, s'amuse , découpe, séduit plus qu'elle n'inquiète.

 

Jaquet 3.pngElle fait abstraction des normes et des convenances dans ses visions et merveilles. Le quotidien devient un petit traité de fantaisie aux images moins dilatées qu'elliptiques. Tout est là de manière crue mais jamais "sexhibitionniste". Les images en leur dé-dire et délire montrent ce que bien d’autres cachent. Elles engendrent des ouvertures et offrent un temps pour le rire, un autre pour la réflexion. C'est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer les fées du logis qui ne sont pas réduites à l’état de fantômes au sein d’une révolte féministe implicite et fantaisiste.

Jean-Paul Gavard-Perret