gruyeresuisse

27/10/2018

Jacques Cauda ou la joie de peindre au noir

cauda.jpgCauda ramène en ses poèmes vers toutes ses mailles à partir du modèle, « avant apprêt », sans que rien ne soit soustrait à la vue. Et voici à nouveau le bourreau du bitume, « emmailloté dans un beau tablier de cuir d’un légionnaire ». Mais pas n’importe lequel : celui de Piaf, qui aime les femmes toute la nuit et s’empare de leur fruit mûr avec ses pinceaux dressés comme des « boas obscènes ».

cauda 2.jpgAinsi va sa peinture lorsqu’elle entre pénètre les linteaux d’un cadre-lit dont la toile vierge oblige l’adhésion au pacte méphistophélique du maître en félixité. Rien n’arrête ses prises où tout biche puisque ses sirènes se laissent aller à des bains de sièges afin de remonter le courant de la vie où la truite saumonée et le menu fretin frétillent.

 

cauda 3.jpgLe peintre poète offre une belle leçon d’inconduite forcée du haut de son "quoi d’autres sinon la peinture ?". Garance, lapis-lazuli, malachite, terres de Chypre ou de sienne : tout est bon pour les cuisses et les épaules nord et sud des écorchées vives dont le ventre s’anime du thorax au pubis pour le seul exercice digne des vivants et des artistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, « Peindre », Tarmac éditions, Nancy, 2018, 72p., 15 e..

 

 

 

 

David Saxe : au coeur du Middle West

 

 

saxe 2.jpgDavid Saxe laisse courir son imaginaire à travers les fêtes foraines où après des journées de travail la population des plaines américaines vient s'amuser comme le font leurs vieux cousins d'Europe. C'est l'occasion pour le photographe d'offrir en gros plans ou par des vues panoramiques un rapport au plaisir traditionnel lié aux technologies du temps.

 

Saxe.jpgExistent l'exhibition des monstres comme l'envolée sur des manèges qui font rêver à une sorte de science-fiction provisoire. Un mixage de formes colorées, simples et spontanées permettent d'introduire au coeur du réel un autre chœur, une autre réalité dans ce qui tient d'émotions passagères et de plaisirs plus ou moins frustres. David Saxe ne le juge pas il se laisse entraîner à la sidération presque sans âge de ce type de plaisirs populaires.

 

saxe 3.jpgPour un temps le quidam est envoyé au plus loin de ce qu'il faut appeler la réalité par des propositions ludiques. Elles proposent des extases provisoires. Il y a là des cliquetis de boules lumineuses, des glissements hors de l'attraction terrestre, des rires, des torpeurs et des avis de tempête aux mateurs et amateurs d'émotions fortes. Des reins éreintés par le travail ruissellent de peurs programmées pour exorciser celles que le réel propose et qu'il s'agit ici d'oublier.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/10/2018

Matelathématique de l’identité – Vanna Karamaounas

Exode.jpgVanna Karamaounas, «Exodes - Exo Matresses », Les berges de Vessy, Genève, jusqu’au 31 octobre 2018.

Vanna Karamaounas (Iseult Labote) avec sa série « Exo Mattresses » crée l’histoire de l’exil, de la survie et de ses souffrances à travers un objet-clé : le matelas. Il devient ici l’espace ou le lieu intime où chaque être « couche » sa peine, ses luttes, son rêve. L’objet devient chargé de ce que définit une identité comme s’il devenait la coquille de l’escargot en errance.

 

Exode 2.jpgL’artiste trouve dans les exils d’aujourd’hui des échos à la propre histoire de sa famille qui a dû fuir l’Asie Mineure lors de l’Incendie de Smyrne en 1922. Au lieu d’évoquer le psychisme ou l’âme, l’artiste trouve dans l’objet un moyen d’échapper au jeu du concept. Le matérialiser crée un rapprochement où l’émotion est engagée sans pour autant baigner dans le pathos inhérent à la présence humaine.

Existe là une pertinence et une impertinence. Ce transfert pose de manière plus probante ce qui se passe et qui peut se passer pour tout individu déplacé par les remugles de l’Histoire. L’artiste évoque une autre manière implicite mais brutale d’envisager une douleur. Le matelas l’incarne et cela place la créatrice au sein de celles et ceux qui ne se contentent pas de témoigner là où l’objet devient une fable : à chacun de la réinterpréter.

Jean-Paul Gavard-Perret