gruyeresuisse

10/04/2019

Saul Leiter : éros énergumène discret


Leiter 2.pngSaul Leiter dans ses photographies d'intérieur crée des compositions aux angles complexes qui tranchent avec ses photos de rue. Il se fait même parfois peintre, joue de divers effets de distance et reflets. Il y inclut au besoin des éléments abstraits pour troubler l'image où se mêlent du flou ou d'un  vide. Ses peintures comme certains clichés de nus, l'artiste refusa longtemps de les montrer.

 

Les couches de peinture se combinent en un mélange de lignes volatiles en hommage à Bonnard un des "maîtres" de Leiter. Celui-ci a par ailleurs pris des milliers de photos de femmes nues (amies et amantes). Ce choix de proches donnent à ses prise une légereté et un érostisme particulier là où certaines sont les plus osées (masturbation) par exemple.

 

 

Leiter 1.jpgLes clichés  "maximalistes" inclus dans cette exposition ont donc rarement été montrés. Entre autre la série de photographies prises en 1958 dans un chalet d’été à Lanesville. Ce sont les seules images nues que Leiter réalisa en couleur. Et s'y révèle tout l'art de la composition. Tout un aspect méconnu et parfois inédit de l'oeuvre est ainsi offert au regardeur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Saul Leiter: East 10th Street", galerie Fifty One, Anvers, du 7 mai au 29 juin 2019

08:57 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

09/04/2019

Douglas Kirkland : un grand besoin d’amour

Kirkland.jpgPhotographe légendaire d'Hollywood (mais pas seulement), Kirkland a choisi les 60 photos de cette exposition qui couvrent ces 60 ans de carrière. L'une a plus de 12 mètres de haut (Marylin Monroe). L'artiste a commencé très jeune dans "Look Magazine" puis "Life Magazine" son travail au moment de l'apogée du photojournalisme puis il étend ses collaborations à de nombreux magazines. Il se retrouve sur plus de 2 000 projets dont de nombreux plateaux de tournage ("The Sound of Music", "2001 : Odyssée de l'espace", "Butch Cassidy et le Kid") et capta plus de 600 célébrités.

 

Kirkland 3.jpgLe photographe raconte l'histoire hollywoodienne mais avec beaucoup de grâce et selon des angles asticieux. L’œuvre associe à la fois le conceptuel et l’émotionnel par un effet métaphorique et parfois délicieusement ironique selon ses propres "mises en scène". Après avoir longuement réfléchi aux hypothèses de ses prises, il dégrafe un peu l'étoffe qui contient les beautés pour en répandre une "flaque" volatile. Ce peut être parfois juste le visage souriant d'un corps en mouvement. L'apparat devient convoitise et fête.

 

Kirkland 2.jpgA l'idée de Lacan : "l’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas", il répond que si vous ne pouvez le donner, vous pouvez le posséder et être  surpris de la profondeur d'un certain amour par procuration. C'est un peu la gageure que Kirkland relève à travers ses prises d'éprises ou non. Il rameute de l’intime et un éros particulier. Le tout au sein d’une délectation joyeuse et l’acidité ironique des couleurs et des formes. La fascination glamour  joue à plein là où la photographie accorde à la figuration une valeur magique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Douglas Kirkland, Centre d’art de Palos Verdes, Palos Verdes, Californie.

06/04/2019

L'exception Geraldo de Barros

Barros 4.pngGeraldo de Barros "Photographie, Peinture et Design", Arcadia, Genève du 10 mai au 15 juin 2019.

Geraldo de BarrosPaulo (1923 - 1998) est un artiste majeur de la scène brésilienne. Il la prit à revers loin de tout effet de baroque ou de luxuriance. Dessinateur, graveur, peintre, photographe, graphiste et designer, il a modifié l'art de son pays en se frottant aux influences européennes lors de ses séjours en France, Suisse et Allemagne.

Barros.jpgInfluencé par Max Bill, Henri Cartier-Bresson, Giorgio Morandi et François Morellet et par le Bauhaus (qui lui permit de bouleverser la notion d’habitat au Brésil), l'artiste eut du mal à se faire reconnaître sur la scène internationale. Mais les choses changent comme l'illustre cette exposition multipartitas. Elle prouve combien pour son pays - mais pas seulement - De Barros est un plasticien d'exception

Refusant une forme de sacralité de l'art il crée des oeuvres subtiles, complexes entre autres dans leurs structures de formes et l'emploi du noir et blanc. Son travail cherche moins à séduire qu'à parler à l'homme. En ce sens il s'agit d'une oeuvre politique mais dont le militantisme ne se réduit pas à un affichage de mots d'ordre.

Barros 3.jpgCapable d’abstractions l'artiste ne la transforme jamais à une métaphysique. Il tente  néanmoins d'élever le niveau de conscience par la beauté. Implicitement existe dans l'oeuvre une idée de progrès tant sur le plan social qu'esthétique. Pour lui cette dernière n'a pas qu'un mobile affectif. La passion de créer est toujours au service d'une fonction où la beauté n'est pas décoration mais un vecteur d'avancée.

Barros 2.jpgPour un tel artiste exit le superflu. Demeure un essentiel qui n'est pas une "essence-ciel" mais de nature terrestre. C’est pourquoi il faut savoir contempler de telles oeuvres comme un appel intense à une traversée. De Barros dégage non seulement un profil particulier aux visages et aux choses mais au temps qu'il bouleversa. L'oeuvre propose pour notre époque du neuf toujours agissant.

Jean-Paul Gavard-Perret