gruyeresuisse

03/09/2016

La lutte F.I.N.A.L.E.

 

Humus.pngEros Indéfiniment, Editions Humus, Lausanne, 49 CHF, 2016.

 

 

 

 

Humus 2.pngCréée, en 1996, à Lausanne, la Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques (F.I.N.A.L.E.) rassemble les productions pluridisciplinaires que l’érotisme a inspiré et inspire : textes, oeuvres d’art, films, B-D, jeux, gastronomie, objets. Cette fondation est unique dans le monde francophone et « Eros, indéfiniment » sort de ses collections 1300 images passionnantes de ce patrimoine sulfureux. Le livre fait aussi place à 19 auteurs qui par leurs contributions enrichissent ce corpus (citons Philippe Brenot, , Isabelle Falconnier, Patrick Morier-Genoud, Emmanuel Pierrat, Michel Claude-Hubert Tatot, Chloé Voillat, Véronique Willemin).

humus3.jpgDans un tel ensemble le corps ne prend part - pour notre plaisir - qu'au déséquilibre. Le Y inspire, par sauts, d'inouïs émois. Un point d'union de gré à gré entre deux gués se dessine du diverses façons. Les formes s’envolent en flots pour les étreintes sous feulements qu'indique le jeu des courbes. Au besoin de petites "pestes" lectrices font oublier leur haut en grasseyant du bas là où le corps s'écope. Chacune ouvre son port de reine et lâche les chiens. L'ut du rut n'est pas forcément très loin. Adossés aux solives les corps fleurissent de leurs puits. Laçage, démâtage, peau halant vers nue et nuées. Les chairs de tout âge soutiennent et cognent, s'immiscent entre guenilles. Il y a du sel et de poivre. Comme les corps ils se mêlent.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/09/2016

!Mediengruppe Bitnik : quand le virtuel met au bord de la crise de nerf


Bitnik.jpg!Mediengruppe Bitnik, « Jusqu'ici tout va bien », Centre Culturel Suisse, Paris, du 23 septembre au 4 décembre 2016

 

 

 

 

Bitnik2.jpg!Mediengruppe Bitnik est un duo basé à Zurich composé de Carmen Weisskopf et Domagoj Smoljo. Il utilise Internet comme matériau de son travail artistique. Il s'est notamment fait connaître par le projet « Delivery for Mr. Assange ». Pour son nouveau projet le couple est parti d’un évènement qui a eu lieu en août 2015. Le site canadien de rencontres extraconjugales « Ashley Madison » fut hacké. Des millions de noms et de documents ont été ainsi dévoilés publiquement et !Mediengruppe Bitnik s'est intéressé à ce problème et entre autres aux « bots » employés comme interlocuteurs des abonnés du site. Les deux artistes ont pu s’apercevoir qu’à Paris, plus de 40000 utilisateurs du site, n'ont comme interlocuteurs que 61 robots, surnommés Angel.

Bitnik3.jpgCes données servent de point de départ à l'exposition spécialement conçue pour le CCS (et sera développée dans une autre configuration à swissnex San Francisco en 2017). Les deux artistes explorent et « imagent » comment l’espace virtuel interfère sur le monde physique : et la nouvelle mode Pokémon ne fait que leur donner raison ! Captant des « accidents » des réseaux, les deux artistes les intègrent à leur exposition comme ils le firent avec les images de caméra de surveillance à Londres « Surveillance Chess » (2012). Le système d’exposition rapproche et matérialise des espaces distincts où les interstices de raccord ne sont la plupart du temps que des failles. Mediengruppe Bitnik prouve comment la technologie a toujours un temps d’avance sur la législation comme sur les êtres. Il illustre aussi comment une immédiateté temporelle mais non physique définit un rapport au monde où l’être est pris en otage. L’interaction n’est qu’un piège dont les deux artistes ne cessent de souligner divers contours à l'aide de divers métaphores souvent innovantes et subriles.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2016

Le nouvel art polonais : révisions des standards

 

Pologneartistes..jpgEva Majewska, Barbara Steiner , “Common Affairs , Revisiting the Views Award - Contemporary Art from Poland”, 2016. 228 pp., Hatje Cantz, Berlin


Depuis 2003, le prestigieux prix pour le jeune art polonais est délivré dans la galerie Zacheta. La récompense s’accompagne d’une exposition dans ce lieu prestigieux. Il offre un regard international à la scène artistique polonaise. « Common Affairs » présente une sélection des artistes nominés depuis 15ans. Entre autres : Tymek Borowski, Karolina Bregula, Rafal Jakubowicz, Robert Kusmirowski, Anna Molska, Karol Radziszewski, Janek Simon. Cette rétrospective permet de découvrir les pratiques d’artistes le plus souvent engagés non seulement politiquement mais socialement afin de faire bouger les idées reçues dans une société longtemps repliés sur des principes bétonnés par la pudibonderie catholique et communiste.

Pologneartistes2.pngVue de l’ « ouest », les propos visuels peuvent avoir parfois un goût de déjà vu : mais il faut les recontextualiser. D’autres représentent une véritable transformation de l’art par leurs défis plastiques. Souvent il n’existe plus d’un côté les choses et de l’autre les êtres, ni d’un côté les rouages des signes et de l’autre celui des images. Face à l’ascèse de la société les artistes imposent la souplesse. Une danse visuelle remplace la parure des mentalisations. Tout ce qui devient langage visuel change de registre et quasiment de statut. La vue se dénude. L’image est porteuse de significations neuves par glissement de rôles et diverses bifurcations. Angoisse et joie, peur et plaisir se mêlent dans un festival où le corps lui-même est mis parfois en connexion et parfois en morceaux.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:17 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)