gruyeresuisse

10/06/2018

Jacques Henri Lartigue à l’Elysée : un prince en son royaume

Lartigue.jpgJacques Henri Lartigue, « La vie en couleurs », Musée de l’Elysée, Lausanne, du 30 mai au 23 septembre 2018.

Ce n’est seulement dans les années 60 que le travail de Jacques Henri Lartigue fut enfin reconnu. Aux États-Unis d’abord (aussi bien au MoMa que dans un numéro historique du magazine Life consacré au décès de Kennedy). Pour cette raison l’influence de Lartigue (disparu en 1966) a été reconnue bien trop tardivement. Pourtant ce que tant de « professionnels » de cet art cherchaient Lartigue le trouva, enfant et dès le début du siècle de manière intuitive. Armé du beau cadeau paternel il en fait un bon usage qui ne se démentira jamais.

Lartigue 2.jpgFidèle à ce qu’il affirma - « Je pense que j'ai tenu la promesse que je me suis faite le jour où papa m’a donné mon premier appareil. J'ai tenté de tout photographier, de tout raconter. », il a su fixer les moments de son quotidien, leur fragilité. Pour chaque époque un Leica Rolleiflex ou un autre appareil mais toujours avec le même enthousiasme juvénile et rafraîchissant. Il fut un pionnier de la photographie couleur à l’époque où elle n’était pas de mise. Il la traita de manière quasiment picturale avant de se laisser aller à la liberté et l’humour. Aux autochromes de ses débuts, succèdent les Kodachromes Ektachromes qui le firent reconnaître par ses pairs. Tout pour lui devient objet d’extase quotidienne : les vacances à la neige, une aube à la campagne, un bouquet de fleurs, sa femme Florette (son sujet fétiche).

Lartigue 3.jpgL’exposition de l’Elysée permet de découvrir une partie inédite de l’œuvre. Celle de la couleur. Le Musée reprend en la revisitant superbement l’exposition conçue par Martine d’Astier et Martine Ravache en France en 2015. La version lausannoise de ce projet intègre un grand nombre d’œuvres inédites et met en relief le lien que l’artiste créa toujours entre ses notes, ses dessins et ses photographies. La nature comme la vie des riches ou des classes plus populaires sont présentes dans ce qui tient pour le spectateur d’un ravissement et peut-être d’une surprise. Preuve que l’oublié de jadis est devenu un retrouvé magnifique.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/06/2018

Stephan Lupino : New York Delire et après

Lupino.pngStephan Lupino - personnage culte de la scène photographique new yorkaise des années 80 - est de retour. Celui qui était nommé le “down town Helmut Newton” avait installé un de ses studios dans les toilettes des femmes du club mythique de l’Area. Elles devinrent « the place to be » pour être shooté là où tout était permis.

Lupino 2.pngEn 1991 le colosse rejoint son pays (Le Croatie) pour se battre contre la Serbie. La paix revenue, il revient à la photographie mais l’abandonne pour la sculpture qui - quoique partiellement abstraite - reste marquée par l’érotisme.

Lupino 3.jpgL’artiste continue à explorer de manière particulière le corps afin de traduire  les obsessions du monde occidental et sa fascination pour le sexe. Il ne cesse d’opposer les vues idylliques et des horizons contaminés par le plaisir. Il a donc créé des profils étranges avant de s’éloigner d’un réel éphémère pour exprimer des « vérités » plus profondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerija Fotografija, Ljubljana, juin 2018.

07/06/2018

Nadira Hussain de l’autre côté de la frontière

Hussain.jpgNadira Hussain, « Pourquoi je suis tout bleu », Villa du Parc, Annemasse, du 30 juin au 22 septembre 2018/

Artiste française d’origine indienne Nadira Hussain est installée à Berlin. Ses images mixent techniques et motifs des cultures traditionnelles indiennes et populaires occidentales. Se crée une suite d’errances et de déambulations. Par une telle hybridation la représentation féminine est mise en exergue de manière ludique mais non sans suggérer un potentiel social.

 

Hussaain 2.jpgLe bleu dont il est question est inspiré Schtroumpfs, divinités hindoues, avatars, cybers women, amazones de la culture cyberpunk et underground. Ce bleu efface les distinctions de peau et sont aussi un moyen de déchirer l’ordre masculin et les classifications politiques genrées. La « fantasy » rejoint un espace plus proche de nous par l’interaction entre l’intellectualisation et la sensation la plus profonde. En ce sens Nadira Hussain transcende l’herméneutique impuissante à saisir la matière du vivant. La contester pour elle revient à donner naissance à une humaine nouvelle.

Hussain 3.jpgDessins au mur, sur tissu ou carreaux de céramiques, oiseaux venus en volées de la poésie soufie persane et personnages mythologiques empruntant à la tradition musulmane et à l’histoire de la bande dessinée créent une effervescence. Toute misogynie est exclue. Les femme telles des « créatures thérianthropes enceintes de personnages de bande dessinée, et autres personnages aux membres démultipliés » créent un monde où les minorités ne sont plus réduites ou écartées.

Jean-Paul Gavard-Perret