gruyeresuisse

28/07/2018

Apollonia Saintclair : l’autre érotisme

Apollonia bon.pngIl est de bon ton d’affirmer que l’art est la sublimation des pulsions sexuelles. Mais celles-ci et à travers lui sont souvent « .socialisées ». Apollonia Saintclair refuse ce filtrage et donne accès direct aux fantasmes. C’est sans doute pourquoi elle a choisi l’art populaire qu’est le graphisme de la bande dessinée.

Apollonia 3.pngCertes dans cet art il existe un mouvement mainstream et commercial. Mais demeure aussi une mouvance diamétralement opposé que la créatrice a choisi pour l’éclosion décalée de la « chose » érotique qui se libère ici de l’empire du regard masculin et de la « façon » de montrer que mâle caresse. L’artiste impose un tempo uniforme au sein de scènes qui ne sont que suggérées.

Apollonia 2.jpgPour Apollonia Saintclair dessiner revient à montrer ce qui reste dissimulé mais tout en révélant de nouvelles ambiguïtés au sein d’un univers héritier de de Vinci et de Dürer comme de Manara et Moebius. Mais ici le « flux » est résolument féminin. L’intime et la corporation prennent des tours particuliers. L’artiste inscrit dans la B.D. et dans l’art en général une discontinuité là où le corps féminin résiste dans la sourde mélopée par la rythmique de l'Imaginaire.


Jean-Paul Gavard-Perret

http://apolloniasaintclair.tumblr.com/

26/07/2018

Jephan de Villiers : abécédaire archéologique

Villiers 2.png« Druide des âges bien enfouis » Jephan de Villiers comme Henri Michaux déplace les signes qui détournent les lignes de leur placidité. Taches et griffures d’encre deviennent des pensées sauvages. Elles s’envolent en épousant le support papier. Existe tout un monde nouveau d’épiphanies par chorégraphies de sceaux étranges.

 

 


Villiers.pngL’œuvre permet de s’empaler à la pointe des désirs. Elle lutte contre le pire. Car De Villiers refuse que la vie ne soit qu'un leurre et la mort un Shakespeare. Jaillit la vie secrète des gestes les plus vifs, la vie à l'écart de la société et de ses alphabets de mise.
L’œuvre rappelle parfois la vie avant le jour, avant le langage. La vie vivipare, dans l'ombre, avec des graphismes qui tentent de recouvrer leur naissance.

Villiers 3.jpgJephan de Villiers reste donc un des créateurs les plus paradoxaux de notre époque. C’est aussi une sorte de « naturaliste » poète. Homme des forêts il y apprit que “ce n’est pas la pomme qui tombe, c’est l’arbre qui s’envole”. Son œuvre en indique pourtant sa racine dans notre terre primitive, primordiale. L’artiste nous ramène à une sorte de culte païen pour des cérémonies en l’honneur d’une vérité sauvage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jephan de Villiers, « Le signe et la mémoire » (texte de P. Turine), Bibliothèque Wittockiana, 2018.

24/07/2018

Histoires d’eau de Don Herron

Herron.jpgDon Herron a photographié 1978 à 1993 des personnalités - d’abord d’un Los Angeles puis d’un New York freak ou underground - dans leur baignoire. L’idée germa lorsque le photographe travaillait pour le « Village Voice ». Il s’agissait de donner un visage différent aux artistes bohèmes dans leur conteneur ou récipient idéal : celui des ablutions lascives ou non.

 

 

 

 

Herron 2.pngSe retrouve tout le gotha de la bohème artistique de l’époque : Keith Haring, Peter Hujar, Robert Mapplethorpe, Cookie Mueller, Peter Berlin, Charles Busch, Ethyl Eichelberger, Annie Sprinkle, Holly Woodlawn parmi beaucoup d’autres. A travers ce lieu intime, il exprime de manière crue le glamour, la joie et parfois le tragique d’une communauté en ébullition. Certains des modèles se prêtent de manière naturelle et sans apprêts à de telles prises. D’autre à l’inverse se scénarisent, voire s’auto célèbrent.

 

 

Herron 3.jpgPour certains la baignoire n’est qu’un emballage du type sachet de cacahuètes - et où celles-ci se laissent voir. D’autres se dissimulent sous des bulles ou de la mousse. Herron exprime avec amusement et fun ce « face à face » avec ses modèles. Et leur saisie est doublée par les souvenirs provocateurs, drôles ou intenses de ses modèles. L’artiste les a rapportés pour immortaliser leur expérience dans l’East Village de l’époque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Don Herron, « Tub Shots », Daniel Cooney, New-York, du 13 Septembre au 3 November 3, 2018