gruyeresuisse

03/12/2018

Katerina Belkina : la photograhie est une femme

Belkina 3.jpgL’artiste russe Katerina Belkina appartient désormais au cercle des photographes les plus reconnus et chers de l'histoire du 7ème art. Une de ses oeuvres a été vendue au Sotheby's de Londres plus de 40 000 Euros. Elle fait partie de sa série majeure intitulée "Paint" où elle devient à la fois "peintre" et modèle.

La créatrice y revisite des portraits de femme des peintres du XIX et XXème siècles : Picasso, Klimt, Schiele, le Douanier Rousseau, Modigliani par exemple. Et dans le cas de Van Gogh l'autoportrait du peintre est tenu par l'artiste elle-même.

Belkina.jpgLes oeuvres originales sont facilement reconnaissables. Existe donc un hommage. Mais tout autant un prodige de technicité et de poésie réinterprétative qui redonne sa place à la femme. Elle est devant comme derrière l'image. Bref aux manettes pour s’approcher le plus possible de ses héros peintres à travers sa réinterprétation et le défi qu'elle leur porte.

Belkina 2.jpgLa féminité qui était jusque là réservée au modèle retrouve une colonne vertébrale genrée. Il y a là un certain suivi physique sauf que l'artiste ne tresse pas seulement les colonnes vertébrales et qu’il n’y a en son travail nulle hernie capillaire. De tels phénomènes magiques ont l'apparence de petites vengeances. Mais c'est, bien sûr, plus fort que cela au moment où les modèles échappent à leurs vieux maîtres pour devenir Dahlia Noir, Rose de Chine, etc.. Restent la béance bien lubrifiée et le vertige là où se matérialise une forme de victoire de la photographie sur la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

Galerie Faur Zsofi, Bubapest, 2018

Helmut Newton ou le "caliente" décalé

Newton 2.jpgHelmut Newton restera - qu'on le veuille ou non - le maître du nu. Non seulement il le "met à nu" mais en renverse les perspectives par ce qui tient de l'évidence et de la plongée en abîme. Subtiles et provocatrices, impudiques les photographies introduisent du "jeu" dans la nudité en multipliant des jubilations qui révèlent la puissance du féminin et de sa spécificité.

 

 

 

 

Newton 3.jpgLe photographe entraîne par ses prises et mises en scène dans et de l'inconnu(e) entre le vide et l'évidence. L’immobilité saisie est la résultante de tous les dépôts de vagues successives. Elles créent une suspension, un point d'équilibre. Elles éclairent ou  brouillent, moins pour la sensation que l’émotion, les cartes du tendre.

 

 

 

 

 

 

Newton.jpgL'œuvre prouve l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions. Celui d'un œil en mue perpétuelle et aussi obsessionnel qu'ironique. Il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces visibles et invisibles. Le corps s'ouvre et se referme. D'autres paupières se soulèvent dans la mémoire. La femme s'expose comme énigme. Une pulsation reste ce qui sourd du plus profond mangé d'ombres et de lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Saul Leiter. David Lynch. Helmut Newton: Nus, Fondation Helmut Newton, Berlin, du 1er décembre 2018 au 19 mai 2019.

28/11/2018

Miles Aldridge et Todd Hido : Paradise Now – ou presque

aldridge 2.jpgEn vingt photographies grand format Miles Aldridge et Todd Hido explorent le concept de banlieue. Le premier la « traverse » au sein d’intérieurs criards fondés sur la vie imaginaire des femmes qui les habitent. Hido présente en nocturne des maisons de banlieue isolées des USA en suggérant des possibilités de narration que le voyeur peut imaginer.

Aldridge bon.jpgMaîtres de l’éclairage et de la composition, les artistes évoquent deux types de fermetures : des vies et des maisons. L’un est centré sur la présence humaine, l’autre l’exclut. Peut s’y inscrire d’un côté comme de l’autre des drames ou des étouffements domestiques. Les approches sont chargées de tensions sous-jacentes et jouent de l’ambiguïté dans le jeux de tons souvent saturés. David Lynch n’est jamais loin là où le suspens visuel crée des abîmes de perplexité.

Aldridge 3.jpgChaque photographe propose titre un cérémonial délétère, fascinant. Eros prend chez l’un des poses plus ou moins voluptueuses pour tenter de tenir face à ce qui veut écraser la femme. Chez l’autre les maisons deviennent des gouffres dont il faut se garder.

Jean-Paul Gavard-Perret

« The Side of Paradise - Narrative, Cinema and Suburbia in the Work of Miles Aldridge et Todd Hido », Galerie Huxley-Parlour, Londres, du 15 novembre au 15 décembre 2018.