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27/04/2019

Lisetta Carmi de Gênes à Genève

carmi 2.jpgLisetta Carmi, "Séries photographiques", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 3 mai au 16 juin 2019. Puis du 21 juin au 25 aout 2019 (
Project Space, 4e étage ).

Lisetta Carmi est née à Gênes dans une famille bourgeoise juive. Après des études avancées de piano, et sous l'effet des mouvements politiques italiens, elle s'engage dans la lutte sociale et renonce à son métier de concertiste.Parallèlement elle commence à photographier en autodidacte. Elle réalise entre autres des clichés d'ouvriers du port de Gênes et de ses zones industrielles ou encore le célèbre cimetière de Staglieno.

Carmi.pngElle découvre ensuite le monde des travestis qu'elle fréquente pendant 5 ans à la fin des années 60. Aleur côté elle découvre sa réelle identité sociale : « Je savais que je ne voulais pas me marier et je refusais le rôle que la société assignait aux femmes. Mon expérience avec les travestis m'a fait réfléchir au droit que nous avons tous à déterminer notre identité ». Elle monte une série de portraits de ces "Travestiti" qui devient le premier livre sur ce milieu. Il fit scandale mais est devenu un classique. Plus tard elle parvient en quelques minutes à prendre une vingtaine de portraits d'Ezra Pound qu'elle rêvait de rencontrer mais qui ne fait que lui entrouvrir sa porte. Elle créera encore une série de clichés en Sicile, avant d'être séduite par le spiritualité hindoue de fonder un ashram en Italie et de renoncer à la photographie.

Carmi 3.pngL'image chez elle s'introduit dans les failles du réel pour empêcher tout barrage à l'eau dormante comme à l'eau bouillonnante. Existe une certaine solitude dans cette mise en miroir de celui des apparences. Chaque œuvre de Lisetta Carmi devient un roman, un cinéma muet. Exit les dialogues de cire et de circonstance. Si bien qu’à sa manière l’œuvre reste toujours "militante". Elle apprend à rouvrir les yeux, à ne pas se contenter de jouir des apparences. L'image sort de la simple exhibition en un expressionnisme distancié. Il joue sur un rendu simultané de diverses facettes intimes et publiques. Elles ne se remodèlent pas selon nature : elles s’enrichissent par superposition de strates.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/04/2019

Les introspections aimantées de Robert Seguineau

Seguineau.jpgRemettant en question l'approche de la sculpture Robert Seguineau en a multiplé les prises pour aller du classicisme convenu à une liberté d'interprétation en passant à l'abstraction comme à la symbolique minimaliste la plus prégnante. Une de ses plus belles oeuvres reste sans doute sa médaille au sein de laquelle d'un côté se découvre une oreille, de l'autre une bouche afin de rappeler de manière la plus simple la problématique humaine et la communication.

 

Seguineau 2.jpgEt c’est sans doute parce qu'il ne peut pas accéder à tous les secrets qu'il a créé une telle pièce. Plus généralement l'oeuvre devient pour lui un moyen d'offrir une émotion qui n'a rien de façade mais de profondeur d'âme dans l'esprit du Tao. Chaque réalisation devient un visage non seulement de l'être mais du monde.

 

 

 

Seguineau 3.jpgLa sculpture se fait mémoire, se fait trace de ce que l'impression vécue mais aussi l'expérience humaine laissent en elle. Existe toujours un travail rigoriste en des évocations "orphelines" proches du silence où la vie demeure présente même si se perçoivent des gouffres sous l'apparence. Contre le désastre croissant de l'imaginaire l’artiste provoque une présence qui donne un profil particulier au temps dont le disque devient un sorte de modèle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/04/2019

Urs Lüthi "chouchou" de la collection Antoine de Galbert

ALuthi.jpgprès avoir fermé la "Maison Rouge", Antoine de Galbert revient sur ses terres originaires : à savoir Grenoble. Il y devint galeriste avant de se consacrer uniquement à sa collection privée  d'art. C'est une des plus singulières d'Europe. A cotés des peintures, dessins, installations, art primitif, objets religieux et populaires, De Galbert a collectionné de nombreux photographes. De Man Ray à Dieter Appelt, de Jürgen Klauke, Mikhael Subotzky à Gilbert et George ou Mari Katayama. Mais dans ce large panorama Urs Lüthi possède une place particulière - et à juste titre.

Luthi 3.jpgLe Suisse a transformé l'art du portrait. Renonçant au "beau" marmoréen il traduit une vérité particulière d'incoporation là où le sujet est vampirisé par le regard de l'artiste qui le sort des habituelles poses afin d'en proposer un naturalisme particulier par le noir et blanc et les poses fractales. Les techniques de prise mais aussi de tirage gardent une part spécifique dans l’aventure plastique du photographe de Lucerne.

 

 

Luthi 2.jpgAux effets de lumière s’ajoute une qualité particulière du grain. L'audace est omni-présente dans des prises qui forcent le regard. Elles deviennent « sourdes » au simple fantasme et à l'effet miroir là où le terme de langage reprend tout son sens. Les bras souvent fermés sont surmontés de visages aux aspérités contondantes, faussement désinvoltes et énigmatiques. Les portraits s'éloignent du gracieux et de toute idéalisation factice pour une insurrection particulière de la chair.

Jean-Paul Gavard-Perret

Souvenirs de voyage – La collection Antoine de Galbert, Musée de Grenoble, du 27 avril au 28 juillet 2019.