gruyeresuisse

25/11/2017

Un voyage au cœur de l’art – Fondation Beyeler

Beyeler.jpgC’est en octobre 1997 que le Fondation Beyeler ouvrit se portes. Pour fêter son 20ème anniversaire elle publie « The Collection – It Might Turn Out Well if the Sunshine Lasts…”. S’y découvrent un ensemble exhaustif des œuvres que les galeristes et collectionneurs Ernst et Hildy Beyeler ont réuni depuis les années 50 et qui sont présentés depuis 1997 dans le musée de Renzo Piano à Riehen près de Bâle.

Beyeler 3.jpgCe livre est plus une histoire du lieu qu’un simple catalogue : les mots des artistes y sont présents. Ils deviennent leurs propres avocats à travers lettres, publicités, articles de journaux directement en rapport avec les œuvres présentées. Monet par exemple, dans une lettre à sa femme, explique comment il a dû attendre le changement météo afin de pouvoir peindre la lumière qu’il attendait. A l’inverse Andy Warhol montre son désintérêt à toute explication aux conditions de sa création en affirmant qu’il n’a rien à dire. Voire…

Beyeler 2.jpgAu-delà, l’ensemble crée divers liens entre le passé et le présent et prouve l’éclectisme des deux collectionneurs d’exception. Arp, Louise Bourgeois, Cézanne, Degas, Giacometti, Dubuffet, Kandinsky, Klee, Malevitch, Matisse, Mondrian, Monet, Picasso, Rodin, Henri Rousseau, van Gogh et bien d’autres rallument des visions par la pertinence de leurs travaux. Tous ont pour points communs la capacité à revenir aux sources du langage pictural et plastique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Fondation Beyeler,“The Collection – It Might Turn Out Well if the Sunshine Lasts”, Ed. Theodora Vischer, Hatje Cantz, Berlin, 2017, 284 p. 78 E.

23/11/2017

Les questions sans réponses de Pieter Hugo

Hugo.jpgLes portraits, paysages et natures mortes de Pieter Hugo ont une force rare et complexe. L’œuvre renverse les visions binaires, expose la fracture entre les idéaux et le réel et casse ce qu’on veut faire croire et ce qui existe dans les plis d’une société fragmentée non seulement entre les blancs et les noirs mais selon bien d’autres lignes de fractures. L’identité sud- africaine postapartheid présentée dans la série « Kin » (2006-2013) montre comment désormais se déploie les disparités économiques et les diverses traditions du pays. L’auteur y poursuit dans son propre pays ce qu’il entama au Nigeria, Ghana, Liberia et Botswana.

Hugo 2.jpgPortraits et paysages sont hypnotiques quel qu’en soit le sujet : les townships surpeuplés, les zones minières en désuétude, des intérieurs de maisons modestes, mais aussi des photos plus intimistes et révélatrices d’un doute. Le photographe ne triche jamais. Entre espaces publics et privés, il montre l’écart croissant qui sépare les nantis des autres. Le pays est de plus en plus coupé, blessé, violent, la ségrégation se poursuit en de nouvelles donnes.

Hugo 3.jpgTout le travail tente de répondre aux questions que l’artiste se pose « comment vivre apaisé dans un tel pays ? Comment endosser la responsabilité́ de l’histoire passée et dans quelle mesure doit-on le faire ? Comment élever des enfants dans une société́ si conflictuelle ? ». L’artiste ne trouve pas de réponses. Hugo 4.jpgMais il présente son pays d’un œil critique, contemple l’autre et lui-même afin comprendre le poids de l’histoire et le rôle que chacun tient désormais dans cette société nouvelle. De fait l’œuvre montre par la variété des prises une diffraction absolue. Impossible de trouver un sens sinon d’une segmentation que l’artiste présente telle quelle entre violence et beauté d’une puissance inégalée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pieter Hugo, “Between the Devil and the Deep Blue Sea”, MKK Dortmund, 23 novembre 2017 au 13 mai 2018, -

Michael Wolf : dans les villes de grandes solitudes

wolf.jpgMichael Wolf, “Life in Cities”, Galerie Christophe Guye,Zurich,

La mégalopole reste le sujet de prédilection de l’artiste installé au centre de l’une d’elles : Hong Kong. Il transforme ce qu’il nomme « l’architecture de la densité » en surfaces quasi plates et abstractions stylisées pour suggérer l’architecture des buildings de Chicago (« Transparent City ») comme des toits de Paris ("Paris Rooftops"). Le photographe souligne la problématique urbaine, les solitudes encagées mais aussi une forme de beauté. Mais c’est « Tokyo Compression » qui donne la plus forte dimension de l’être humain en son rapport aux « immondes cités » (Baudelaire).

wolf 2.jpgPeut s’imaginer en off la musique de Schoenberg et celle de Kraftwerk. La ville et ses structures sont moins des abris qu’un monde de l’entassement mais aussi de l'envoûtement. Par effet étrange l’image pivote sur elle-même afin de glisser de la surface au fond. Elle rend impossible la parole, là où l'envie d’être en vie se distingue par la vision d’une femme collée à sa fenêtre et qui semble se perdre dans un songe primitif.

 

wolf 3.jpgMichael Wolf multiple les vertiges. Le groin de nuit surgit à travers les lumières des cités par additions de lieux à corps perdu où les êtres semblent à peine réels. Les bâtiments sont à la fois épais et fluide afin que l’existence devienne plus apprivoisée que rebelle. Par plans, tout entraîne à la fois en avant, en arrière dans cet exercice de lenteur. Une telle « harmonie » à la fois vomit le néant et le nourrit.

Jean-Paul Gavard-Perret