gruyeresuisse

03/07/2018

Gilles Berquet : enrichissement sémantique de l’onirisme

Berquet.jpgPour Berquet le fétiche détient un essentiel et spontané pouvoir de retentissement. Sa valeur n’est plus un repli sur le passé. Le photographe le convoque, l'appelle, non pour la faire retentir du passé mais pour l'assourdir, d'où cette absence-présence continuelle et ce depuis l’origine de l’œuvre dont ce livre présente un ensemble exhaustif. Onfray souligne cet épaississement syntaxique et sémantique du fétiche.

 

 

 

 

BERQUET 3.jpgCelui-ci fait taire le silence où il plonge, pour la faire parler autrement. Néanmoins et chez Berquet le fétiche ne possède rien de l'arbitraire d’un signe. Il s’en sert pour se laisser couler sans réserve dans l'épaississement sémantique de l’éros que l’image « réaliste » ne fait qu’effleurer. De la fonction Imaginaire du fétiche l’artiste ne retient pas que le négatif irrécusable. Il devient une, notion ou plutôt un objet majeur dans l'économie de l'Imaginaire de l'artiste.

Berquet 4.pngSi un retour (potentiel ou rêvé) à la caverne initiale perdure, face à elle le fétiche lui octroie sinon un supplément d’âme du moins une valeur particulière. Et Berquet ne craint en rien les "lapins" qu'il pourrait lever à la fois par sa cohérence fonctionnelle, son dynamisme intrinsèque et son épaississement polysémique précisé ici par Onfray. Parmi les privilèges d’un tel objet d’imagerie l’auteur retient sa capacité à pervertir le discours en s'employant, à l'inverse, à réduire – trop peut-être - les autres puissances qu'il recèle. Reste néanmoins que chez Berquet le fétiche demeure la syntaxe parfaite : il donne à rêver une réalité nouvelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Berquet, Michel Onfray, « Le fétiche est une grammaire », Editions Loco, 2018 ; 240p., 49 E.

Amitiés particulières à la galerie Yossi Milo

Milo .jpgAvec l’exposition « Intimacy », Stephan Tuax offre divers types de présentation de relations intimes sur une période de quarante années en peinture, photographie, sculpture, installation, et travaux sur papier. Se retrouvent là Robert Mapplethorpe, Peter Hujar, Nan Goldin, Katy Grannan, Elle Pérez, Bryson Rand, Richard Renaldi, Kohei Yoshiyuki et David Wojnarowicz.

Milo 2.jpgLes espaces intimes sont très fléchés : il s’agit de rencontres « parallèles » où se brisent les tabous de ce qui est normalement émis par la « normalité ». Des lieux cachés se dévoilent parfois le jour, parfois la nuit. Dans tous les cas les créateurs scrutent des bords qui sortent du passé empiétés dans un maillage. Les rapports sexuels suggérés ouvrent le monde pour le délivrer de bien des ombres. Les dérives s’affirment mais Stephan Tuax choisit des images plus d’attente que de « consommation » en lieux clos ou ouverts de "rendez-vous".

 

Milo 3.jpgElles suggèrent aussi des espaces soufflés par des mouvances contagieuses. Une énergie est toujours prête à céder la place à la précision dont l’objet est la recherche d’un « même ». L’ordonnateur de l’exposition opte en effet pour les relations « contre trajets » afin que l’histoire de l’art parle un intime ferme et fluctuant, furtif et évident.

Jean-Paul Gavard-Perret

“Intimacy”, Yossi Milo Gallery, New-York, du 28 juin au 24 aout 2018

 

 

09:52 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

30/06/2018

Gregor Sailer : fake architectures

Sailer 2.jpgGregor Sailer, « The Potemkin Village », Cloître Saint-Trophime, Arles, du 2 juillet au 23 septembre 2018.

Le CPG pour son déplacement au festival d’Arles propose une exposition de Gregor Sailer sous la curation de Joerg Bader. Son titre « The Potemkin Village » remonte au temps du Prince Grigory Aleksandrovich Potemkine. Ce ministre russe - pour cacher la misère des visages russes lors de la visite de l’Impératrice Catherine II en Crimée- aurait fait construire des villages faits de façades en carton-pâte.

Sailer.jpgGregor Sailer a repris ce phénomène architectural en découvrant et photographiant des villages Potemkine sophistiqués de notre temps : centres d’exercice militaire aux États-Unis et en Europe, fac-simile de villes européennes en Chine, pistes d’essais de véhicules en Suède, rues scénarisées pour la visite de personnalités politiques en Russie.

De telles images poursuivent deux objectifs : une réflexion sur le sens de l’architecture et une seconde sur la falsification du réel. Le tout en une vision en deux moments. Coté face : des murs d’images qui reproduisent des façades. Côté pile de plus petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et détruisent la comédie des pouvoirs.

Jean-Paul Gavard-Perret