gruyeresuisse

26/09/2018

Peter Stämpfli : faire disjoncter le réel

Stampfli.jpgPlus que l’objet, sa familiarité ou son étrangeté, Peter Stämpfli met en jeu le regard dans une œuvre miroir de son environnement. C’est pourquoi l’artiste est devenu un des peintres majeurs du XXe siècle. Entre autre pour ses variations autour du pneu. Cette exposition revient sur ses premières peintures. « Ma recherche à l’époque était de faire une sorte de dictionnaire des objets, des gestes quotidiens » écrit celui qui modifie et déplace les angles de prises pour isoler dans le réel ce que la normalité peut avoir d’incroyable mais que notre inattention empêche de voir.

Stampfli 2.jpgL’artiste isole objets, poses et codes en parallèle à ce qui se passe à l’époque avec le Pop art américain. Existe là un humour froid dans une observation sobre et volontairement rigide. Cette « dramatisation » comique du quotidien fait de nous des sortes d’extra-terrestres sans que nous le sachions. La représentation de ce qui nous « fait » se crée par une mise à plat – à tous les sens du terme.

 

Stampfli 3.jpgSurgissent des 17 tableaux la force, la charme et l’efficacité d’une visualisation minimaliste et drôle. A l’époque l’œuvre fut mal comprise – et c’est un euphémisme. Mais cette rétrospective prouve la puissance d’étrangement du réel de la part de celui qu’on voulut réduire à une manifestation de l’école du design suisse, et qui s’inscrit désormais - par ses réductions radicales -haut dans l’histoire de l’art du XXème siècle et ses avant gardes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Stämpfli, « Stämpfli Pop (1963-1964) », Galerie G-P & N Vallois du 14 septembre au 20 octobre 2018, Paris.

Les incertitudes actives de Thierry Valencin

Valencin.jpgComme Roy De Cavara, Thierry Valecin sait que de tous les arts, la photographie demeure celui qui ne peut se passer du réel. Mais en même temps l'artiste ne saisit par elle que des ellipses de réalité. Du monde Thierry Valencin ne retient que certaines effluves - et c'est reposant. En atelier ou in situ, il semble s'amuser tout en cherchant des prises aussi intime que néanmoins distanciées comme le prouve ses deux livres "Au bord de l’autre" et "Vu de l’instant″.

Valencin 3.jpg

 

 

Les titres "disent" bien ce que l'oeuvre cherche.La photographie contine à voir ce qui reste sinon absent du moins caché.Existe la crainte du noir pur, du blanc pur, du vide, du silence chez celui qui à la fois est fasciné par les images et réinvente la vue afin de rameuter de l'inconnu ou du fugace non sans ironie.

 

 

 

Valencin 2.jpg

 

 

Ce qui est de l'ordre de "l'écharpe", du fugace semble la seule "chose authentique" chère à Henry James. D’où ce paradoxe : à travers le processus de captation photographique, l'être échappe à la prise mais il garde un rapport plus étroit avec elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/09/2018

Giacometti et Chadwick : l'ancien et le nouveau

giacometti.jpgGiacometti et Chadwick se rencontrèrent pour la première fois en 1956 à l’occasion de la remise à ce dernier du Grand Prix de la Sculpture de la Biennale à Venise. Le second quoique tout jeune artiste reçut cette distinction au détriment du premier qui était pourtant le favori - il ne recevra le prix qu'en 1962;

Chadwick avait été très influencé par le Giacometti d’avant-guerre et les deux étaient conscients de leur importance sur la scène artistique. Il existe beaucoup de ressemblances dans leurs œuvres. Elles incarnent la désillusion et l’angoisse de l'époque d'après guerre hantée par les risques de chaos de la guerre nucléaire.

Les deux sont éloignés du romantisme et affronte la réalité qu'ils soulignent : le Suisse en réduisant l’homme à son apparition la plus lapidaire et dépouillée, l'Anglais en créant ses représentations primitives et puissantes de l’Homme et de l’Animal.

Jean-Paul Gavard-Perret.

"Giacometti-Chadwick, Facing Fear",Museum de Fundatie, Zwolle (Pays-Bas) du 22 septembre 2018 au 6 janvier 2019