gruyeresuisse

07/12/2018

Sophie Guermès et "la" Bucarelli

Guermies 2.jpgDans ce roman vrai de Palma Bucarelli l'auteure écrit les luttes, les vexations, les humiliations, mais aussi et surtout les victoires et la sérénité d'une femme libre qui sauva les coillections de peintures et de sculptures de la Ville Eternelle lors de la Seconde Guerre mondiale puis ouvrit Rome à la modernité de l'art.

Guermies.jpgSophie Guermès est habile. Pour raconter cette aventure exceptionnelle l'écriture se fait âpre et dur dans les moments où le lamento se serait imposé chez beaucoup. Elle devient lyrique dans les moments plus creux.  Pour ce travail de mémoire la fiction est choisie en lieu et place de la biographie. La romantisation permet aussi de souligner combien la vie de la Bucarelli fut un conte.

Et ce au sens plein avec ce que le genre draine de douleurs et d'enchantements là où les territoires interdits sont dépliés. Existe un gout parfait du timing et de la narration. Ici l'Italie sort de la romance classique et attendue. Là où  la morale épidermique du temps ne fait pas florès, l'auteure réinvente une héroïne qui fut capable d'accueillir le monde pour le réinventer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sophie Guermès, "Bucarelli-Roma", Les Editions du Litteraire, Paris,166 p., 19 E., 2018.

Les surfaces utiles de Jannis Kounellis

Kounellis.jpgEn guise de quasi conclusion à son oeuvre, Jannis Kounellis a réalisé dans l’atelier Albicocco d'Udine une suite impressionnante de douze grandes gravures. Il s'agit de reliquaires plastiques de pelisses ou plus exactement de manteaux. L'être en est absent mais sa présence rampe comme dans toute l'oeuvre où le plasticien s'est souvent amusé à reproduires des habits (chapeaux, etc.) sans niveaux, ni maîtres.

Kounellis 3.jpgEst mis à l’honneur le caractère typographique étrange lié utilisé aux tactiques de reproduction. À la poursuite des expérimentations plastiques l'artiste propose une fois de plus détournements et détours qui échappent à la voix normative de narration. C’est une forme de pratique brutaliste et poétique dans l’acte de construire un terrain de jeu plus ou moins macabre.

Kounellis 2.jpgL'humour en noir exprime une gravité à grande échelle avec  ruse et parfois en douce. Il est question de jouer entre l’art et la débrouille au moyen des objets les plus triviaux. Mais ils renferme un musée de l'homme dans un parcours qui " pêle-mêle" les grands thèmes de l’histoire de l’art en un nœud de langage plaisant à défaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jannis Kounellis, "Les manteaux", Galerie Lelong & Co, Paris, du 24 janvier au 9 mars 2019. La Galerie Lelong & Co. publie en paralèle un important interview de Kounellis avec Jérôme Sans

05/12/2018

Frank Habicht - le plaisir qui fascine et le désir qui tue

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Les coups de cœur passagers n’étreignent pas seulement une ombre quand Frank Habicht s’en empare. Il y a tenu ses assises photographiques dans le Swinging London en modifiant au besoin le réel, son manteau, sa nudité, ses effluves par le noir et le blanc.

 

 


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Une approche du plaisir soudain et premier s’empare de ses images. Parfois une belle de jour remonte du fond des nuits dans une tendresse qui fait hurler. A perte d’espace ou dans sa réduction les corps se déplient en divers types « d’avancées » qui firent bouger la culture compassée.

 

 

 

 

Habitch 2.jpgAu modèle qui aurait osé lui dire ; « Si j’ôte mon chemisier que ferais-tu de lui ? Pour lui répondre l'artiste savait alors que rien ne reste à dire mais beaucoup à photographier et surtout le mystère que les corps soudain libres (ou se croyant tels) portaient en eux. Ils s'osent ici dans le noir qui fascine, le blanc qui tue. L’opposition créatrice est constante entre l’infini possible et le néant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Frank Habicht, "As it was", Hatje Cantz, Berlin, 2018, 244 p., 50 E..