gruyeresuisse

31/10/2018

Martin Dammann : torsions et dentelles du refoulé

Dammann.jpgLe film « Les Damnés » de Visconti, lors de la fameuse séquence de « La nuit des longs couteaux » a sans doute offert la plus belle plongée de l’inconscient que recouvrait l’idéologie nazie et son mythe de la virilité. Les S.A. en furent cette nuit là les victimes. Mais les S.S. et les armées du 3ème Reich ne restèrent pas à la traîne. Sinon des robes dont les soldats se travestissaient.

 

 

 

Dammann 2.jpgMartin Dammann (peintre et photographe) est parti à la recherche des photographies amateurs où se montraient un tel refoulé - vieux comme le monde d’ailleurs. Pour bétonner une vie apaisée et leur homosexualité les guerriers de toutes les époques ne se privèrent jamais de telles prestations.

Damman 3.jpgCe corpus permet de visualiser leurs torsions. Manière de rappeler - à un moment où les idéologies dites viriles font retour - les traversées particulières du désir. Lorsqu’ils quittent leurs habits de parade, les soldats se livrent parfois à certaines fantaisies militaires. Ce qui leur donne -hélas - encore plus de violence lorsqu’ils combattent ceux qui leur ressemblent et qui offrent sans fards ce qu’eux-mêmes ont tant de mal à cacher. Mais l’inconscient permet l'éclosion de spectres incompressibles que la raison ignore.

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Dammann, Cross Dressing in the Third Reich’s Army: Soldier Studies », Hatje Cantz Verlag, 2018.

Pierre-Yves Gabus : l'ancien et le nouveau

Gabus.jpgPierre-Yves Gabus, « L’homme en noir ou le roman d'un renard », Editions du Griffon, Neuchatel, 2018.

Pierre-Yves Gabus est le fils de Jean Gabus, explorateur, ethnologue et directeur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel auquel il a donné une renomée internationale. Esprit curieux l'auteur s'intéresse dès son adolescence au marché de l'art et plus particulièrement des antiquités. Dans ce but il voyage en Afghanistan et en Inde. Il constitue un fichier encyclopédique pour répertorier des renseignements en analysant les catalogues de ventes aux enchères de l’Europe.

Gabus devient ensuite un spécialiste de l’estampe ancienne et un bibliophile averti. Ayant pour modèle Ambroise Vollard, il crée à Bevaix une galerie où il propose de multiples expositions consacrées entre autre à l’art et aux traditions populaires de Suisse, à Cornelis Escher, Gustave Doré et offre la première exposition de Balthus en Suisse.

Gabus 2.jpgSon récit permet de découvrir des faces méconnues d'une personnalité aussi rationnelle que fantasque. L'auteur n'est pas seulement un historien et amateur d'art d'hier et d'aujourd'hui. Ses découpages-collages prouvent sa propre créativité et son imaginaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/10/2018

Jacques Cauda ou la joie de peindre au noir

cauda.jpgCauda ramène en ses poèmes vers toutes ses mailles à partir du modèle, « avant apprêt », sans que rien ne soit soustrait à la vue. Et voici à nouveau le bourreau du bitume, « emmailloté dans un beau tablier de cuir d’un légionnaire ». Mais pas n’importe lequel : celui de Piaf, qui aime les femmes toute la nuit et s’empare de leur fruit mûr avec ses pinceaux dressés comme des « boas obscènes ».

cauda 2.jpgAinsi va sa peinture lorsqu’elle entre pénètre les linteaux d’un cadre-lit dont la toile vierge oblige l’adhésion au pacte méphistophélique du maître en félixité. Rien n’arrête ses prises où tout biche puisque ses sirènes se laissent aller à des bains de sièges afin de remonter le courant de la vie où la truite saumonée et le menu fretin frétillent.

 

cauda 3.jpgLe peintre poète offre une belle leçon d’inconduite forcée du haut de son "quoi d’autres sinon la peinture ?". Garance, lapis-lazuli, malachite, terres de Chypre ou de sienne : tout est bon pour les cuisses et les épaules nord et sud des écorchées vives dont le ventre s’anime du thorax au pubis pour le seul exercice digne des vivants et des artistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, « Peindre », Tarmac éditions, Nancy, 2018, 72p., 15 e..