gruyeresuisse

06/01/2021

"Les Fleurs du mal"  selon Peter Wüthrich,

Wüthrich.jpgPeter Wüthrich, "Le cycle Les Fleurs du Mal", Galerie Gisèle Liner, Bâle, du 23janvier au 6 mars2021.

 
L’oeuvre de Baudelaire a toujours aussi inspiré les artistes comme lui-même fut inspiré par eux : cf. son "Art romantique" recueil de ses articles sur les peintres.  Ceux-ci, par la suite, illustrèrent l'oeuvre de Baudelaire comme le souligne l'artiste suisse, et très vite,  "le lubrique et misogyne" Félicien Rops avec sa page de couverture pour "Les Epaves".
 
Wut.jpgMais pour Wüthrich, "Les Fleurs du Mal“ possèdent une place à part. Et l'auteur "monte" l'oeuvre sinon sous forme de calligrammes du moins sur les petits bouts de papier où le texte n‘est lisible que par fragments. Qui y regarde de près peut lire des mots, de petits passages de poèmes, mais jamais le tout. C’est la figuration, l’image qui reste première afin de créer une sorte de "briques de textes". Elles construisent une atmosphère baudelairienne  dans de telles associations libres sans recourir à des poèmes spécifiquement identifiables.
 
Wut 3.jpgExiste là une reconquête. Les poèmes émergent de leur chrysalide comme du plus profond  des songes insoumis, où le regard funestement splendide du poète est perturbé  à dessein par la science ambiguë de l'artiste qui n'est cependant en rien le faux ami du poète : il semble s'en éloigner mais pour mieux s'en rapprocher.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

03/01/2021

Natasha Krenbol : l'être et l'étant

Krenbol.jpgPour Natasha Krenbol l’art est le moyen de participer à la vie des êtres, des animaux, du monde. Selon une vision primitiviste elle nous rapproche d'un monde premier. Aux fioritures du réel l'artiste préfère des schèmes fondamentaux. Et ce, de  manière  instinctive, presque brutale  par réaction à l'homogénéisation. Ici les corps restent en futaies et se libèrent des troupeaux.

Krenbol 2.jpgLiée à un esprit de liberté multiculturelle, qui est une caractéristique de son oeuvre, l’artiste crée des présences humaines ou animales qui semblent se détacher du monde. Chaque toile devient à ce titre rupestre. Ce qui permet à Natasha Krenbol de promettre des présences moins banales que celles que nous connaissons. Bardes, chats etc. possèdent un air de vérité construit dans un monde presque symbolique avec des éléments naturels.

Krenbol 3.jpgExistent donc des êtres en suspension dans le temps à mi-chemin entre l'être et l'étant. L'artiste affûte les formes qui n'ont besoin ni du chaos ni de l'ordre. La plasticienne rétrécit le paysage pour mieux nous prendre par surprises à travers ses ombres envoûtantes. Elles poussent les corps à portée de l'abîme tout en leur insufflant un souffle de matière et peut être un sens plus légitime.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.  

Les unes et les autres ou le furtif et le fuyant - Axakadam

Axa 2.jpgAxakadam possède l'immense mérite de revivifier l'art du nu et de l'érotisme. D'abord par une ironie toujours discrète au moyen des  poses ou mimiques complices de ses modèles. Mais aussi par les décalages optiques qu'il entreprend afin de donner à la photographie un aspect pictural et vintage. Ce qui ne l’empêche pas bien au contraire de se référer aux oeuvres décadentes et romantiques - Anne-Louis Girodet compris.
 
Axakadam.jpgL'objet reste d'animer le furtif et le fuyant, le sérieux aussi -  en le déconcertant. L’artiste navigue entre des préoccupations classiques : espace presque (le presque est important) tracé au nombre d’or, présence du spirituel mais aussi d'un réel S.M. bien vivant. Le tout en des effets - et suivant les cas - de nimbes, de transparence ou d'opacité. Les femmes sont apparemment plutôt froides (frigides çà non, certainement pas) là où n'est esquissée que la moitié de leur geste.
 
Axa.jpgMais  Axakadam trouble des apparences. Il cultive les surimpressions et en conséquence  le doute existentiel en une succession de moments farces là où habituellement le voyeur vient se rincer l'oeil. Et l'artiste en adressant à lui de parodier Queneau depuis "Bourgeville sur Marmotte" comme du Chelsea Hotel en lançant son "si tu t'imagines xava xava durer toujours". Plutôt que d'allonger ses égéries il met le quidam dans de beaux draps. Néanmoins dans la pièce d'â-coté des tables sont dressées pour un festin de fête.

Jean-Paul Gavard-Perret