gruyeresuisse

09/09/2018

Autopsie du monde et torrents lumineux d’Iván Navarro

Navarro 1.pngArtiste conceptuel et quasi cinétique Iván Navarro présente une suite de sculptures et structure en utilisant la lumière comme matériau de base afin que le réel et l’irréel se côtoient en une suite de détournement en jeux de fluorescences. C’est aussi une manière de refuser de cultiver certains fantasmes mais de les électrifier ou les court-circuiter

 

 

Navarro 2.pngLe Chilien s’empare des éléments iconiques comme ceux du quotidien en refusant tout formalisme gratuit. Ces transferts plutôt minimalistes contiennent toujours une critique implicite du monde en fidélité à son passé : élevé sous la dictature de Pinochet avant de s’installer au USA, l’artiste n’aime pas le réel tel qu’il est livré de manière nauséabonde par les médias et les vautours du pouvoir, leur contrôle physique ou psychologique.

Navarro.jpgMais la prise de risque pour faire bouger les curseurs se refuse ici tout mauvais goût. Intéressé aux concepts d’espace et de vision dans l’art, Iván Navarro reste proche du précurseur de l’art optique Josef Albers. Comme lui il expérimente une abstraction particulière que le créateur allemand développa au Bauhaus puis au Black Mountain College lors de son exil. Aux désastres Navarro préfère désormais des « prostutipia ». Comme leur nom l’indique ce ne sont pas vraiment des utopies. L’artiste sait ce qu’elle cache. Infernales à l’intérieur, elles sont toujours réductrices. L’artiste les conteste à l’aide de modules aussi simples que subtils. Ils tiennent d’une poésie abstraite et visuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Iván Navarro, « Prostutopia », Templon Bruxelles, du 6 septembre u 9 octobre 2018.

04/09/2018

Mike Miller : Californication

Miller.jpgMike Miller s’est fait connaître par ses photographies de la scène hip-hop des années 80 de la côte ouest. Né dans le West-Side de Los-Angeles il a côtoyé depuis toujours les Chicanos, les Noirs, brefs les victimes de la société florissante. Quittant les USA pour Paris et l’Europe Linda Evangelista lui offrit son premier appareil photo (un Nikon ayant appartenu à Peter Lindberg).

Miller 2.jpgIl commença à photographier très vite de manière professionnelle. Il réalise des images des campagnes de publicité pour Cacharel et d’autres maisons de mode. De retour à L.A - et désormais reconnu - il photographie des artistes et groupes (‘The Go-Go’s, Heart, Stan Getz, Herb Alpert) pour divers labels dont EMI. Mais il préfère toujours le hip-hop et réalise sa première pochette de disque de rap puis photographie les stars de la scène rap de la Californie.

Miller 3.jpgSe retrouvent dans son exposition ses photos les plus célèbres mais surtout des inédites beaucoup plus intéressantes sur les cultures et communautés alternatives de sa cité qui devient un ventre ouvert. Sans aucun pathos et avec humour et verve il suggère le Los Angeles méconnu où les perdants semblent collés aux trottoirs. Mais il évoque aussi une révolte implicite de ceux qui au bord du Pacifique - ou dedans - ignorent la peur et cultivent une certaine provocation.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Mike Miller, « California Love », Photo M+B Galery, Los Angeles.

03/09/2018

Guillaume de Sardes : entre prétresse et geisha

SBimbo.jpgelon Agnès Giard, «La Bimbo a choisi une carrière d’objet sexuel. C’est équivalent américain d’une geisha parce que, contrairement à ce que les gens croient, cela demande énormément d’efforts pour le devenir.» Et dans sa vidéo « BIMBO » Guillaume de Sardes explore le phénomène et la manière d’entrer en « bimbographie ». Le film est une parfaite marche à suivre. Se voit la métamorphose au moment où une voix féminine monocorde en expose les étapes.

bIMBO 3.jpgEst rappelé implicitement que pour devenir bombe (ou « bombasse » comme disent certains) il faut tout un travail préalable : implants mammaires, piercings, gonflement des lèvres. Et lors des ébats intimes ces geishas made in USA ont appris ce qui plait à leur seigneur et deviennent des gorges profondes - mais pas seulement… Pour illustrer son propos Guilaume de Sardes à fait appel à celle avec qui il collabore souvent : la plasticienne Régina Demina. Habillée en rose bonbon elle ondule lentement devant la caméra. Quoique en rien Bimbo, elle joue le jeu, précise ses divers charmes « comme une hôtesse de l’air fait la démonstration des consignes de sécurité » écrit Agnès Giard. Le texte a été repris tel quel sur un site de « bimbofication » et permet au créateur de poursuivre sa recherche sur les marges de la sexualité au moment où la femme devient plus que jamais fétichisée.

bimbo 2.jpgCe phénomène - comme le note Barbara Polla - reste encore peu étudié tant il est estimé populaire et trivial. Existe dans un tel travail les prémices pour comprendre ce qui pousse une femme à se transformer par sa beauté artificielle et son exhibition pour une paradoxale sous-estimation d’elle-même et à un moyen - peut-être – de rassurer les hommes toujours avides de maman et de putain. Il trouve par ailleurs - et à travers les promesses de sa Bimbo-trophée - un gage et une fierté de posséder une chose et un jouir sacrificiel par celle qui se soumet à sa satisfaction. . Guillaume de Sardes en témoigne « froidement mais de manière explicite.

Jean-Paul Gavard-Perret

«Bimbo», écrit et réalisé par Guillaume de Sardes. Avec : Régina Demina. Voix : Marie Piot. Texte : tumbr. La vidéo a été présentée à Genève chez Analix Forever où l’artiste expose ses photographies.