gruyeresuisse

29/04/2018

Jellel Gasteli : l’exprimable pur

Gasteli.jpgSensible à l'étroite parenté qui relie son interrogation fondamentale sur le monde et la création d’images Jellel Gasteli crée une minimaliste au charme particulier. Il vit actuellement en Tunisie mais son œuvre parcourt le monde de l’Institut du monde arabe de Paris au Smithsonian de Washington. Ils lui ont aussi valu de participer à des événements notoires comme les Rencontres de Bamako et la Biennale de Dakar. Il a publié « Il Fiore Sbocciato » et « Série Blanche ».

Pour lui les murs du Maghreb fonctionnent comme des pièges à regards. Ses photographies prouvent que "l'image la plus forte, c'est l'image de rien, de personne » (Beckett) en ce qui tient de la quasi-suppression et l'anéantissement du monde en dehors de ces murs qu’un tel érudit capte tout en rejetant ses savoirs acquis. Le réalisme s’efface au moment où il est saisi de manière radicale et minimaliste.

Gastelli 2.jpgCe type de disparition, prouve qu’une forme de négation n'exprime plus rien de négatif mais dégage simplement l'exprimable pur. Existe une mise en abîme de l'être : celui-ci brille par sa disparition. Elle permet de rendre présent l'absent.

 

Gastelli 3.jpgL’œuvre explore une sorte de « rien » qui devient un paradoxal outre voir loin de la possession carnassière des apparences ou de la mimesis en laquelle, depuis la Renaissance italienne tant d’artistes se sont - splendidement parfois - fourvoyés. La poussée vers l’image prend un aspect particulier : les « restes » par leurs saisies créent un ébranlement du regard réclamé à cette très vieille « chose » mais toujours renouvelée qu’est l’art.

Jean-Paul Gavard-Perret

Espace d’Art « 32 Bis » Tunis.

 

Christophe Rey le flâneur des dérives

 

Rey bon 2.jpgChristophe Rey, « D’un touriste », Centre de la Photographie de Genève, du 23 mai au 19 aout 2018.

L’artiste genevois présente des images extraites d’un immense corpus de plus de 11000 photographies entamé dès 2008 lors d’un voyage au Sud-ouest des États-Unis. Elles ont été prises là-bas mais aussi à Londres, dans le Nord-est et le Sud de la France, à Kyoto et Osaka, à Naples et Venise et dans les Alpes suisses. Toutes ont été créées en analogique avec le même appareil et des pellicules identiques.

Rey.pngS’intéressant aux lieux touristiques et aux activités des touristes il les a photographiés in situ. Se découvrent des architectures célèbres mais tout autant des badauds dans les magasins, les rues ou en voiture. Existent aussi fleurs et déchets, figures plus ou moins effrayantes, diverses inscriptions textuelles. Pour autant ce travail refuse tout cynisme ou ironie. Chacun peut être un jour ou l’autre touriste : et le Suisse ne méprise personne.

Rey bon bon.jpgSous forme de frise l’exposition propose un voyage au sein de motifs récurrents. De cet assemblage et autour de la présence de divers types d’exotisme s’organise une promesse. S’agit-il de ramener dans et par la photographie quelque chose qui serait enfoui ? Sans doute. D’une part parce que l’œuvre reste difficilement extirpable des lieux et d’autre part parce qu’il ne s’agit pas de faire de l’art une simple clé qui permettrait d’atteindre une placidité irrécusable. Elle donne sens mais se poursuit en une présence « in abstentia » et un memento mori qui dépassent la simple photo dite de souvenirs de voyages.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/04/2018

Le Boston de Tyler Kpakpo

TYLER BON.jpgTyler Kpakpo est étudiant en pharmacie, DJ et photographe. Il shoote la vie des rues de Boston en jouant de divers reflets et en scénarisant des « modèles » qu’il transforme en photographes amateurs dans un jeu de double bande. Soit il leur met en main un appareil pour se faire photographier lui-même, soit il les photographie au moment de leurs propres prises pour saisir comment eux-mêmes procèdent.

TYLER.jpgIl sort dans les rues lorsque le temps est beau car il existe alors des ombres très marquées sur les buildings de Boston ou près du port. Kpakpo a commencé adolescent avec un appareil Fuji Superia 400 en photographiant les piétons, les maisons et tout ce qui retenait son attention et en y concentrant son énergie avec un attirance marquée pour la vie des autres sans souci d’une esthétique pour l’esthétique.

TYLER 2.jpgLe portrait chez lui n’est jamais indépendant des lieux de prise et de la qualité de la lumière. Même lorsqu’il travaille en équipe il choisit toujours lui-même ses modèles. Il utilise un « Contax » mais tout autant son portable afin de pouvoir saisir une image à un instant donné. L’objectif demeure le suivant : ne pas se sentir en zone de confort lorsqu’il prend ses photos. Mais la vie doit être toujours présente. Quant à ses modèles il les met toujours au courant de ce qu’il fait afin qu’ils ne prennent pas de poses artistiques mais gardent un « naturel » à visée documentaire. Il se préoccupe de leur bien-être afin de créer pour chaque séance ou séquence, autant une expérience qu’une intimité. Celle-ci se ressent toujours dans son travail. Elle crée même le style du jeune artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret