gruyeresuisse

28/06/2018

Nostalgia : Elger Esser

Esser.jpgA sa manière Elger Esser est un « peintre »paysagiste. Fasciné par des cartes postales vintage qui saisissent des lieux « au milieu de nulle part » comme il l’écrit, il poursuit cette même ambition en saisissant des paysages campagnards largement imprégnés de présences aquatiques (lac, mer, fleuve) où la palette du photographe transforme le réel en rêverie non sans références à Monet ou Proust et en passant du réalisme à un impressionnisme particulier.

Esser 2.jpgSans perdre les références véristes du réel, Elger Esser leur donne une vision afin que de l'œil au regard s'instruise un glissement. Le photographe fissure énigmatiquement les certitudes acquises de la contemplation fétichiste ou de la possession carnassière des apparences.

Esser 3.jpgPour faire « parler » la campagne, Esser sélectionne un mode de regard qui à la fois répond et devance les aspirations d’une époque influencée par un retour à la nature en ses variations lumineuses. Le photographe les révise et soudain le royaume du réel se gonfle de multiples facettes parfois presque improbables mais bien réelles quoique poétiques. Preuve que la poésie n’est pas « la privation du réel » dont parlait Minkowski.

Jean-Paul Gavard-Perret

(L'artiste expose actuellement à la Rose Gallery de Los Angeles)

 

 

27/06/2018

Claude Nori : Capri c'est pas fini

Nori Bon.jpg"Contrejour" réédite l'album de délice et de sensualité "Vacances en Italie » (épuisé depuis 30 ans mais enrichi d’inédits) de Claude Nori enrichi. L’artiste a photographié depuis 19882 Capri, Naples, Portofino, San Remo, Stromboli, Viareggio qui furent autant de décors de films que de vacances. Là comme ailleurs les Italiens ont su créer une dolce vita où les jeunes femmes font assauts de leurs charmes et les jeunes hommes montent à l’abordage.

Nori.jpgPlusieurs photographies rappellent des films de Dino Risi ("Le fanfaron"), d’Antonioni "(L’Avventura)", Zurlini ou encore des « Vacances romaines » plus américaines. Certes celles que Nori photographie ne sont pas toutes des Monica Vitti ou Claudia Cardinale. Et les hommes rarement des Vittorio Gassman ou des Marcello Mastroianni .La beauté est plus approximative et canaille.

Nori 2.jpgMais c’est ce qui fait le charme de couples provisoires pris devant des arrières plans jamais anodins. En noir et blanc ou en couleur, le photographe offre son propre cinéma néoréalisme ou en cinémascope. Il joue les observateurs amusés (mais pas que) à une époque où il était possible de photographier la rue à la volée et où les selfies n’étaient pas de mise au sein d’un auto-contentement organisé.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/06/2018

Foutsing

Fouts.jpgNancy Fouts - Américaine d’origine britannique - reste dans le registre parfait des irréguliers belges de l’art type Jan Fabre. Elle ne cesse de proposer des photographies et des sculptures humoristiques voire désopilantes. Elle combine à la fois des situations et des matières disparates plus pour le plaisir d’amuser que d’offrir un contenu strictement politique ou anti-clérical.

 

 

 

Foots 3.jpgL’interprétation du monde passe par la fabulation comique de diverses imageries culturelles ou religieuses. Et au moment où la fake news devient vérité pourquoi ne pas croire aux plaisanteries de l’iconoclaste ?

Face à divers processus d’embrigadement et de manipulation de masse en milieu démocratique, Nancy Fouts sait combien une image vaut mille mots. Et elle ne s’en prive pas en ses processus de déprogrammation. Des images officielles il ne reste que leurs détournements. La médiasphère retient son souffle.

Jean-Paul Gavard-Perret