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15/09/2018

La jouissance du rat des villes - Olivier Domerg

domerg.jpgLa place en tant que nom lieu et non lieu (puisque s’y inscrit un vide à la conjonction d’un tout) permet à chacun de s’identifier à son désir même lorsqu’il n’y prend pas garde. Elle est une sorte de contingence de la nécessité. Le piéton y devient chien truffier qui ne s’en retourne que rarement bredouille.

Elle peut même représenter la voie de l’inconscient où celui s’articule au bout du temps comme on dit au bout de la rue. Il y trace et chemin, celui de son savoir selon une marche qui a priori n’était que d’usage voire forcée.

Domerg 2.jpgMais dans ce lieu de référence, Domerg retient avec raison les interférences où s’exercent de l’angoisse ou de la jouissance qui touche par la vue, l’ouïe et tous les sens à une sur-vivance. La place est donc structurée comme une langue auquel l’auteur présente les effets et les affects qui en résultent.

Domerrg 3.pngDucale - comme c’est le cas ici ou plus banale - elle est donc un savoir qui ne se définit pas seulement par ses aisances et ses axes communicationnels. L’être y est en chemin au delà des limites qu’elle est sensée fermer. Les rats du labyrinthe des rues - à savoir nous-mêmes - sortent de leur humanité ratière pour trouver dans ce vide un moyen de se dépasser.

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Domerg, « El lieu et place », Postface de Michael Foucat, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 2018, 20 E..

 

10/09/2018

Paul Armand Gette n’est pas un égoïste

Hug.jpgPour tourner le dos à la violence et la vulgarité, Paul Armand Gette a réuni ses complices en sensualité plastique et poétique. Avec Dodeline Auger il partage le goût de certains coquillages, avec Tamina Beausoleil il se fit laveur du Portugal et Marie Breger lui fit partager des fentes telluriques. Pour Farrah Brule il se fit couturier en fil rouge et pour lui Enna Chaton devint Artémis. Avec Cristina Esseliebée il traversa des miroirs et Claudie Dadu lui tendit l’éventail des vapeurs. Cécile Hug offrit au toréador des oreilles et des intimités que Catherine James suggéra au mâlin. Pour lui Bianca Lee Vasquez se fit nymphe de la forêt amazonienne et Anne Sophie Maignant écrivit des pillow-books pour le poète et Camille Moravia des histoires qu’il prolongea au bord de la Baltique avec Tuula Närhinin.

Hug 2.jpgL’artiste en compagnie de ses grâces prouve combien l’intime suscite des images qui se répartissent sur plusieurs plans ou en grappes. Chacune est creusée d’un sillon ou une légende qui raconte par exemple qu’on trouva un jour échoué sur une plage une oreille. Ses osselets avaient roulé pour former une grève. Mais ce n’est là qu’un des mystères que Paul-Armand jette… Sans excès de visibilité outrancière le lancinant est présent, les contrastes chargés de leur relief, le granité d’un téton de texture. Un imaginaire aussi simple que fou se dégage de tout.

Jean-Paul Gavard-Perret
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Paul-Armand Gette ; « Intimentissima » Avec Godeleine Auger, Tamina Beausoleil, Marie Breger, Enna Chaton, Claudie Dadu, Cristina Essellebée, Farrah Brule, Cécile Hug, Catherine James, Bianca Lee Vasquez, Anne-Sophie Maignant, Annette Messager, Camille Moravia, Tuula Närhinen, Aline Part, Ghislaine Portalis, Léa Sotton, Elisabeth Verrat, Wenjue Zhang, Galerie de la Voute & Eter SDF du 21 septembre au 20 octobre 2018.

Photo 1 : P-A Gette et Cécile Hug.

 

09/09/2018

Autopsie du monde et torrents lumineux d’Iván Navarro

Navarro 1.pngArtiste conceptuel et quasi cinétique Iván Navarro présente une suite de sculptures et structure en utilisant la lumière comme matériau de base afin que le réel et l’irréel se côtoient en une suite de détournement en jeux de fluorescences. C’est aussi une manière de refuser de cultiver certains fantasmes mais de les électrifier ou les court-circuiter

 

 

Navarro 2.pngLe Chilien s’empare des éléments iconiques comme ceux du quotidien en refusant tout formalisme gratuit. Ces transferts plutôt minimalistes contiennent toujours une critique implicite du monde en fidélité à son passé : élevé sous la dictature de Pinochet avant de s’installer au USA, l’artiste n’aime pas le réel tel qu’il est livré de manière nauséabonde par les médias et les vautours du pouvoir, leur contrôle physique ou psychologique.

Navarro.jpgMais la prise de risque pour faire bouger les curseurs se refuse ici tout mauvais goût. Intéressé aux concepts d’espace et de vision dans l’art, Iván Navarro reste proche du précurseur de l’art optique Josef Albers. Comme lui il expérimente une abstraction particulière que le créateur allemand développa au Bauhaus puis au Black Mountain College lors de son exil. Aux désastres Navarro préfère désormais des « prostutipia ». Comme leur nom l’indique ce ne sont pas vraiment des utopies. L’artiste sait ce qu’elle cache. Infernales à l’intérieur, elles sont toujours réductrices. L’artiste les conteste à l’aide de modules aussi simples que subtils. Ils tiennent d’une poésie abstraite et visuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Iván Navarro, « Prostutopia », Templon Bruxelles, du 6 septembre u 9 octobre 2018.