gruyeresuisse

17/02/2016

Jason Nocito : bad boys & girls - la vie est une fête

 

Aanocito 3.jpgLes personnages que traque Jason Nocito ne se contrôlent pas. Non seulement ils tirent la langue mais seraient prêts à tirer la notre. Filles et garçons enfilent de petits pulls ou montrent leurs petites fesses avec indécence mais pour le fun. Il s’agit d’effacer les cases de la marelle : personne n’a besoin de pousser le palet et qu’importe si la craie est usée. Du crépuscule à l’aurore la vie remue - chemise et chemisier entr’ouverts. Rien de trop tendre ni de trop à prendre pourtant dans cette vision où le photoreportage se déplace vers un expressionnisme réaliste. Le réel se désaxé et alors tout bascule.

Aanocito bon.jpgSi les silhouettes ont mal au corps ou à l’âme, elles n’en laissent rien savoir. Elles deviennent des chandelles qui aiment se consumer par les deux bouts et en turpitudes innocentes car dérisoires. La vie part en fumée sous le masque du rire. Un axe s’y profile - sur des manèges l’amour semble ce qu’en disait Bukowski « un préjugé ». Mais nous les mal aimants saurions-nous juger de tels enfants du monde ? Jason Nocito ne leur demande pas de comptes. Sous le trivial, la vie reste de mise. C’est un réconfort pour les sans-dieu et pour tous les poissons dans leurs bocaux qui se demandent, s’il n’existe pas, qui peut change leur eau ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

09:46 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

07/02/2016

La contre-culture de Nicolas Raufaste

 

 

Raufaste Bon 2.pngNicolas Raufaste, « Bring Me My Running Shoes », Espace contemporain (Les Halles), Porrentruy, du 14 février au 3 avril 2016.

 

Sous la phrase « Bring Me My Running Shoes » titre d’un morceau du bluesman noir Howlin'Wolf, Nicolas Raufaste met d’emblée en lumière un propos « politique ». Les chaussures de sports symbolisent la puissance des marques, les lois du marché et l’appel ironique à résister. Tous les travaux exposés à Porrentruy à travers la photographie, le ready-made et l'installation et selon le minimaliste cher à l’artiste l’illustrent en créant une néo contre-culture pop. Une  photographie en noir et blanc accueille le visiteur. S’y discerne une peau de banane noircie et séchée qui singe une silhouette humaine sur un ballon de basket. L’essentiel du schéma de l’œuvre est là. La banane (chère déjà à Warhol) reste un produit symbolique de l'exportation, au cœur de conflits commerciaux et politiques. Son état de « pourriture » domine néanmoins le globe terrestre réduit au ballon de basket, objet culte de la mythologie sportive nord-américaine. Les Etats-Unis restent ainsi au centre de cette vision critique par franchises du Basket-ball US mais implicitement par Monsanto qui sous prétexte de nourrir le monde l’empoisonne.

 

Raufaste 3.jpgTransformant les objets, reconfigurant les espaces reconfigurés. L’œuvre se double de l’analyse des processus de création et chaque proposition est une façon de mettre en contradiction les fondements de la société mondialisante. L'installation « Ouroboros » constituée d’une multitude de gobelets en plastique de couleur jaune vive forme le fameux serpent qui se mord la queue symbole du cycle du monde et du phénix. Mais celui-ci est remis en cause à l’aide d’un matériau pauvre et non vivant. En contrefort à ce monstre, les panneaux de publicité noirs et nus achetés par l’artiste à la Société Générale d'Affichage (SGA), leader de l'affichage extérieur en Suisse représente le miroir soudain rendu sourd de ce qui est fait pour assaillir le regard et inciter à la consommation. Raufaste 2.jpgLes œuvres de Nicolas Raufaste demeurent les parfaits exemples de constructions cognitives et associatives dissidentes et intempestives. Mais l’auteur - plutôt que de répondre à des questions préfère les poser dans ses immenses métaphores de la réalité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14/01/2016

Hommage à Christian Bernard et au Mamco

 

Mamco.gif« One more time  - l’exposition de nos expositions », Mamco, jusqu’au 24 février 2016

 

Mamco 2.jpgAvant de rejoindre Toulouse Christian Bernard dans « L’exposition de nos expositions », offre son « one more time » en rappel ou fin de partie helvétique. L’exposition prouve tout ce que le Mamco sous son égide a apporté à la création et la muséographie. L’idée du musée que le directeur a fait vivre pendant 20 ans mixte un travail de mémoire et de création, un écho du passé et l’appel aux nouvelles générations dans une manière de mettre en rapport les temps et les œuvres.

 

Considérant le Mamco comme une exposition globale et totale, « One moreTime » illustre comment diverses manières de montrer se marient : des cabinets de curiosité à la galerie classique en passant par les ateliers d’artistes, les réserves (Claude Rutault) et jusqu’aux grottes (Sylvie Fleury). Surgit tout un répertoire de l’histoire de l’art à la fois en sa mémoire mais aussi dans son devenir selon diverses manières de « faire musée ». La sédimentation est omniprésente dans le travail d’invention que Christian Bernard a accompli. Le classicisme est réactivé par sa juxtaposition à l’avant-garde aléatoire (John Cage). Fillou côtoie le surréalisme, la statuaire africaine Nina Childress au cœur d’une mémoire volontairement flottante que Bernard a scénarisé au sein des fameux « cycles » du Mamco. Un accrochage ne succédait pas à un autre mais où tout faisait lien sous forme de « cadavre exquisé.

 

Mamco 3.jpgLe Mamco a matérialisé en 20 années une des idées les plus intelligentes sur le concept de musée. Christian Bernard rappelle qu’on n’allait plus au Mamco pour voir une exposition précise mais pour s’imprégner du lieu et des ses propositions. De Baudevin à Knoebbel, le partant a créé l’image parfaite du musée postmoderne : il devient lui-même exposition et l’exposition musée.

 

La présence bien sûr des peintres suisses ne fut jamais oubliée : elle fut illustrée par ses maîtres-poncifs - Armleder en premier – mais par toute la diversité de la création helvétique actuelle. Luttant contre les hiérarchies le concepteur a en outre osé - sans l’ostracisme bêtifiant de certains musées ou biennales et leurs ineffables salles interdites au moins de 18 ans - présenter des cabinets érotiques « caliente ». Les nus les plus transgressifs y trônent avec force. Le tout sans la moindre censure et étroitesse d’esprit. La seule règle pour le directeur était l’exigence de qualité. Souhaitons au nouveau directeur le même « goût » et la même réussite.

 

Jean-Paul Gavard-Perret