gruyeresuisse

28/02/2018

Les regards de Silvia Bächli

Bachli 3.jpgSilvia Bächli, « Arts lointains si proches dans le regard de Silvia Bächli », Musée Barbier-Mueller, Genève du 20 mars au 28 octobre 201.


Maîtresse du minimalisme, Silvia Bächli cultive aussi une forme non seulement de poésie manifeste mais d’un humour pour jouer avec le voyeur selon un retour à des visions primitives et nettes. L’artiste fait jouer ses propres œuvres avec celles des arts premiers qu’elle a choisies dans les réserves du musée. Se dévoile une zone d’éternité, une famine douce mais éclatante, une mélodie des profondeurs cachées. Rien ne résiste au regard et ce, qu’une porte soit ouverte ou fermée.

Bachli.jpgChaque œuvre dit la vraie vie et tisse bien des lignes. Le regard de Silvia franchit les lignes d’ambres sans imprécations, dégoûts ou vertiges frelatés mais pour des risques plus sûrs. Ici la vision se fait tactile, preuve que les dieux premiers ne sont pas morts. La créatrice les fait surgir à toute épreuve et sans désespoir de cause. Nul élan n’est noyé. Du cachot des crânes un feu perdure au sortir d’un toril de peau et d’os. Il brûle en un espace dégagé dans le pari fou d’une transcendance entrée en combustion.

Bachli 2.jpgDu plus lointain les regards et les œuvres émettent leur magnétisme, les masques fondent et des gouaches de l’artiste jaillit un monde qui quoique nous appartenant plus devient vivant pour donner chair aux remontées d’abîmes. En cette confrontation, l’art rappelle que les plus vieux rêves ne sont pas fait pour mourir : ils courent dans les œuvres dans "l’enfin là" d’un infini.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Albarran Cabrera à Zurich

cabrera bon.jpgAlbarran Cabrera, “Remembering the future”, Bidhalle, Zurich, à partir du 1er mars.

Le duo Albarran Cabrera (Angel Albarrán et Anna Cabrera) est exposé pour la première fois en Suisse. Il a passé beaucoup de temps au Japon et ce long voyage a beaucoup influencé ses choix esthétiques (prises de vue et impression). Revenant à de vieilles méthodes comme l’argentique, le couple ne s’en contente pas et en invente d’autres pour renouveler un art poétique et sensuel qui laisse aller vers le vertige.

Cabrera 3.jpgAlbarran Cabrera soigne les cadrages et montages. Ils deviennent des intrigues fascinantes : tout semble prêt à partir, à disparaître sans attendre l’ajournement de trop. Un innommable avance comme à la fortune du destin mais tout est habilement « calé » aux confins de présences et selon des plans imprévus dans le ressac lumineux de l’inconcevable silence.

 

Cabrera 2.jpgLe regardeur étonné d’être là devient le rescapé de tels mystères. Chaque image devient un mystère : devant lui les paupières s’ouvrent à plein. Des échos de lumière saisissent l’inconnu au bond. Chaque prise décale et dépayse comme un secret qui nous disperse à fleur de corps ou de paysage. Existent des effractions harmonieuses : elles ne se privent pas d’armer le mystère et d’incarner l’impossible dans la non concordance des temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/02/2018

Human Chuo : de la contrainte comme principe

Chuo 2.jpgEntre Orient et Occident Human Chuo cultive des images de l'outrage : phallus, utérus sont là dans tout un jeu de désir et de contrainte où sont redistribués les rôles de proies et de limiers. Dans les bondages et les cérémonies martiales comme dans ses dessins la jeune artiste est tout sauf une nature morte. Elle reste un fauve placide qui donne à l'érotisme dans lequel les émois du corps mais aussi ceux du cœur battent dans une chambre d'ombre et d'ambre aux meublés laqués.

Chuo 3.jpgNéanmoins la plasticienne sait rendre soit décent ou drôle les actes les plus impies. Il n'y a rien de trash ou de violent. Preuve que décaler les formes crues ne les trahit pas. L'obscène n'a donc rien d'indigne, de grossier ou de lourd, sauf bien sur aux perclus de rhumatismes mentaux. Ils craignent, la vie redoublant lors de l'activité libidinale, de nouvelles douleurs. Mais celles-ci revigorent récits et prestations scéniques.

Chuo.jpgNul besoin ici de choisir entre Vénus et Mars : la première gobe le second ou s'en amuse. Il devient esclave de celle qui en fut la victime. L'amante même ficelée relève les bras et sa passivité dite originaire n'est plus qu'une vue de l'esprit. La jouissance féminine ignore l'effroi et jouit de ce qui infuse. Nulle terreur dans la pamoison. Les maîtresses de cérémonie se moquent de leurs intrus devenu sex-toys pour leur fornication. La bête nue des fantasmes masculins devient divinité céleste des abysses. Même appât elle se transforme en chasseresse.

Jean-Paul Gavard-Perret