gruyeresuisse

04/07/2018

Mickalene Thomas : Black memories

Thomas bon.jpgMickalene Black photographie ou peint la femme noire non sans un certain romantisme, une feinte de perversité sous forme de photos ou de peintures de "charme".  L'ensemble défend implicitement la cause des "black magic women" aux coupes afro à la Angela Davis et souvent en costumes traditionnels et coutumiers. Néanmoins l'artiste ne cherche pas à donner une lecture platement politique de ses œuvres.

Thomas 2.jpgSon espace est plus poétique et en dehors d'un pur travail de dénonciation. Un certain baroquisme crée un mixage fiévreux d'une beauté paradoxale qui refuse la décoration d'une côté et le grand n'importe quoi de l'autre. Il faut donc observer son bric-à-brac de couleurs : l'artiste y interroge les conditions d’existence des femmes mais aussi de l’art revisité par une vision féminine et ethnique en jouant des codes de l'érotisme ambiant.

Thomas 3.pngL’artiste reprend toute une mythologie mais de manière décalée. Elle inscrit des traces insidieuses faites d’images obsédantes. Tout se joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Une telle recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination. Cette re-présentation (le tiret est important) ne crée pas du chaos mais un ordre à venir.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/07/2018

Gilles Berquet : enrichissement sémantique de l’onirisme

Berquet.jpgPour Berquet le fétiche détient un essentiel et spontané pouvoir de retentissement. Sa valeur n’est plus un repli sur le passé. Le photographe le convoque, l'appelle, non pour la faire retentir du passé mais pour l'assourdir, d'où cette absence-présence continuelle et ce depuis l’origine de l’œuvre dont ce livre présente un ensemble exhaustif. Onfray souligne cet épaississement syntaxique et sémantique du fétiche.

 

 

 

 

BERQUET 3.jpgCelui-ci fait taire le silence où il plonge, pour la faire parler autrement. Néanmoins et chez Berquet le fétiche ne possède rien de l'arbitraire d’un signe. Il s’en sert pour se laisser couler sans réserve dans l'épaississement sémantique de l’éros que l’image « réaliste » ne fait qu’effleurer. De la fonction Imaginaire du fétiche l’artiste ne retient pas que le négatif irrécusable. Il devient une, notion ou plutôt un objet majeur dans l'économie de l'Imaginaire de l'artiste.

Berquet 4.pngSi un retour (potentiel ou rêvé) à la caverne initiale perdure, face à elle le fétiche lui octroie sinon un supplément d’âme du moins une valeur particulière. Et Berquet ne craint en rien les "lapins" qu'il pourrait lever à la fois par sa cohérence fonctionnelle, son dynamisme intrinsèque et son épaississement polysémique précisé ici par Onfray. Parmi les privilèges d’un tel objet d’imagerie l’auteur retient sa capacité à pervertir le discours en s'employant, à l'inverse, à réduire – trop peut-être - les autres puissances qu'il recèle. Reste néanmoins que chez Berquet le fétiche demeure la syntaxe parfaite : il donne à rêver une réalité nouvelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Berquet, Michel Onfray, « Le fétiche est une grammaire », Editions Loco, 2018 ; 240p., 49 E.

Amitiés particulières à la galerie Yossi Milo

Milo .jpgAvec l’exposition « Intimacy », Stephan Tuax offre divers types de présentation de relations intimes sur une période de quarante années en peinture, photographie, sculpture, installation, et travaux sur papier. Se retrouvent là Robert Mapplethorpe, Peter Hujar, Nan Goldin, Katy Grannan, Elle Pérez, Bryson Rand, Richard Renaldi, Kohei Yoshiyuki et David Wojnarowicz.

Milo 2.jpgLes espaces intimes sont très fléchés : il s’agit de rencontres « parallèles » où se brisent les tabous de ce qui est normalement émis par la « normalité ». Des lieux cachés se dévoilent parfois le jour, parfois la nuit. Dans tous les cas les créateurs scrutent des bords qui sortent du passé empiétés dans un maillage. Les rapports sexuels suggérés ouvrent le monde pour le délivrer de bien des ombres. Les dérives s’affirment mais Stephan Tuax choisit des images plus d’attente que de « consommation » en lieux clos ou ouverts de "rendez-vous".

 

Milo 3.jpgElles suggèrent aussi des espaces soufflés par des mouvances contagieuses. Une énergie est toujours prête à céder la place à la précision dont l’objet est la recherche d’un « même ». L’ordonnateur de l’exposition opte en effet pour les relations « contre trajets » afin que l’histoire de l’art parle un intime ferme et fluctuant, furtif et évident.

Jean-Paul Gavard-Perret

“Intimacy”, Yossi Milo Gallery, New-York, du 28 juin au 24 aout 2018

 

 

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