gruyeresuisse

12/07/2016

Mariette Pathy Allen : trans-pass

Patty 3.pngFranchir la frontière, changer de corps touche autant au plaisir, à la jouissance qu’aux possibilités d’angoisse puisque les certitudes se voient interpellées par cette traversée. Mariette Patty Allen prouve que le genre d’origine n’est pas forcément le bon : le corps peut être mal programmé et doit ressusciter pour devenir glorieux en quittant la distribution première.

Patty 2.pngEntre temps il peut exister des temps de latence. La photographe proche de la communauté « LGBT » et dont les membres officiels ou non sont discriminés présente ce monde de manière positive et prouve que sa vulnérabilité n’est qu’une apparence. Elle illustre la traversée de la frontière du genre et combien l’accepter devient profitable. Au désir contourné, à l’empêchement se substitue la possibilité - hors culpabilité - de jouir d’être soi-même. Franchir le seuil du genre permet parfois d’exister, de sortir de l’isolement, du silence. Ce changement extrait de la pure illusion comme de l’errance et de la répétition.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:28 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

03/07/2016

Francis Picabia : viens Poupoule viens


.picabia 2.pngFrancis Picabia, « Eine Retrospektive », Kunsthaus, Zürich, du 3 juin au 25 septembre 2016 et MoMA, New-York, du 20 novembre 2016 au 19 mars 2017. Catalogue par Catherine Hug et Anne Umland, Hatje Kantz, Berlin, 2016, 69 CHF.

Dada est de retour à Zurich pour son centième anniversaire à travers Picabia. L’exposition est de premier ordre. Elle met en évidence celui qui se voulut le mirage au dessus de la peinture et dont l’œuvre considérée d’abord comme sauvage est traversée d’illuminations. La toile pour lui n’était plus un lit de repos mais un trampoline sur lesquelles formes et couleurs rebondissent selon des splendeurs inconnues.

PICABIA 3.pngQu’importe écrit Picabia si « les cubistes veulent couvrir Dada de neige (…) ils veulent vider la neige de leur pipe pour recouvrir Dada » L’artiste et aussi poète n’en eut cure. Il mit à mal une vision mercantile de l’art : c’est d’ailleurs ce qu’on ne pardonnera pas à Dada auquel on préfèrera son ersatz : le Surréalisme.

Picabia s’en amuse : « Vendre de l’art très cher./ L’art vaut plus cher que le saucisson, plus cher que les femmes, plus cher que tout. /L’art est visible comme Dieu ! (voir Saint-Sulpice)./L’art est un produit pharmaceutique pour imbéciles ». Ce qui n’empêcha pas Picabia de tourner la peinture à son profit et vers d’autres lieux.

Picabia.jpgRefusant « les chiures de mouches sur les murs » il allait les délester tout en les remplissant de ses « coupes fil » qui bloquèrent les processions picturales « en chantant Viens Poupoule ». Ce fut à l’époque un sacrilège : mais l’écho n’a cesse de nous interroger. Rappelons-nous des mots de Picabia : « DADA qui représente la vie vous accuse de tout aimer par snobisme ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/06/2016

Sécessions du portrait : Felipe Alonso

 

Alonso.jpgParfait iconoclaste Felipe Alonso se bat avec le tableau pour qu’en jaillisse un théâtre particulier. Tel un Rustin - mais plus enclin aux hybridations – il donne au portrait humain ou animalier une perspective sidérante autant par effet de matière que de pose. Chaque œuvre (en particulier ses peintures) crée une lumière étrange sur des morceaux de corps. Une convulsion implicite mêle l’horreur à l’extase. Un mystère en jaillit entre éros et thanatos. Les fragments épars et les hybridations construisent un ensemble cohérent mais énigmatique. De lèvres ouvertes jaillissent des « déjections » qui rapprochent l’artiste d’un Goya.

Alonso 3.jpgDes masses lourdes flottent, pareilles à ce qu’il y a paradoxalement de plus léger. L'oeuvre « dit » l’angoisse, l’attente. Elle se fiche des débats actuels et théoriques sur la représentation et montre ce qui se passe « lorsque les mots vous lâchent (Beckett). Là la seule voie loin de toute censure. Alonso peint contre la fixité.. La peinture «oublie» son projet, l’efface selon des perspectives profondes pour que la réalité soit plus sourde. Entre fixité et errance, la trace dans l’espace réduit du tableau fait que quelque chose de neuf se passe et passe

Jean-Paul Gavard-Perret