gruyeresuisse

04/08/2018

Angelika Chaplain dans la chaleur de l’été

Chaplain.jpgAngelika Chaplain est la photographe des canicules. Quel que soit le pays la chaleur est épuisante. Néanmoins les femmes la traversent non sans un certain plaisir. L’imagerie se veut parfaitement ludique là où tout semble concocter dans la chaleur de chaudrons à sorcières.

Chaplain 2.jpgDe telles images ne sont pas de celles que les communiants pouvaient mettre jadis dans leur livre de messe néanmoins leurs « fruits » ne sont pas interdits. D’autant que l’humour demeure toujours ou presque présent. Les personnages sont moins en appétits libidinaux que de passage.

 

 

Chaplain 3.jpgLes caprices du temps et leurs hautes températures semblent baliser l’espace. Femmes et enfants s’y soumettent de manière intempestive sans que l’air qui se solidifie autour d’elles comme du béton. Pour échapper à la chaleur il semble propice de sortir les épuisettes et allez pêcher la crevette. En attendant les images font leur chemin. Tout cela s'articule sur des jets d’eau ou le brumisateur que propage un mât de cirque improbable.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/08/2018

L’art de devenir un maitre du glamour : Orlando Suero

Suero 3.jpgEn 1954 le jeune sénateur du Massachusetts J-F Kennedy et sa séduisante épouse aménage dans une maison historique,3321 Dent Place in Georgetown. Quoique habitée peu de temps elle permet au couple d’asseoir sa légende. Elle est le premier pied à terre pour la Maison Blanche. Orlando Suero de l’agence “Three Lions Picture “ passe cinq jours avec les Kennedy pour une vingtaiine de sessions de prises de vue pour scénariser les jeunes époux.

Suero bon.jpgCe documentaire séduit le couple montré sous les plus beaux auspices. C’est le début de la gloire pour les Kennedy comme pour le jeune photographe : il devient l’artiste de la jet-set car plus qu’un autre il sait saisir les stars avec décontraction. Elle donne à ses clichés un aspects de vérité. Nullement styliste comme un Avedon il fit passer le sujet avant le formalisme

Suero.jpgPour certains critiques c’est un gage de qualité. Pour d’autres sa limite. Il n’empêche que l’artiste a transformé le photo journalisme pour le meilleur ou parfois le moins bon. Sa signature reste pour les experts et les amateurs un signe distinctif d’une qualité « hors les murs ».  Il existe dans chaque cliché à voir puis à découvrir. L’objectif est double : franchir le réel, sentir une présence qui se superpose à lui. Chaque œuvre est moins un ilot de repère qu’un point d’apparition par effet de voile.

Jean-Paul Gavard-Perret

Monographie, Hatje Cantze, Berlin, 2018.

 

 

29/07/2018

Les parousies de Marie-Laure Dagoit

Dagoit.jpgMarie Laure Dagoit aime jouer avec ses mots et ses images comme avec ceux et celles des autres. Fidèle à ses parousies, elle secoue les « sacs à moi » de Freud comme « l’âme à tiers » de Lacan. Qu’importe pour elle le flacon pourvu qu’elle s’y distille les ivresses de ses jeux d’esprit et du reste - qui n’est pas rien.Serait-ce finalement que la seule patrie réelle, le seul sol sur lequel la créatrice puisse marcher, la seule maison où elle puisse s’abriter, est le langage et les images ?

 

 

Dagoit 2.JPGCertes l’auteure et éditrice les ranime mais il ne faut pas limiter à cet espace l’envergure de celle qu’on appelle Sexie que « tout le monde loue, trouve incomparable » dans ses « party » d’hier et d’aujourd’hui. En de tels lieux et ailleurs « même les chiens la regardent de travers » dans « sa jupe trop étroite ». Ses jambes étaient fines. Elles n’ont pas changé. Et des vautours les convoitent toujours : « Devant moi, s’étendent à perte de vue, les hommes. Je les regarde se débattre, frémir, rire, se dresser, tomber, se redresser, tomber à nouveau, se frapper, se parler, sourire, pleurer, jurer, tout entiers » le tout dans l’espoir de croire la posséder dans leurs prospérités d’un vice qu’ils prennent pour vertu.

Dagoit 3.JPGLe sachant, elle sait fouetter l’âne et ses fantasmes. Il rêve de lui ôter ses dernières dentelles. Dès lors elle n’a parfois qu’un but : faire passer de tels animaux en rut par ces trous à joie que les tailleurs de pierre se plaisaient à enfiler, après les avoir farcis de suif de bœuf tiède au XIIème siècle (ils en existent encore dans l’église monolithique d’Aubeterre la bien nommée). A défaut d’un tel lieu, les bestiaux s’occupent néanmoins de leurs plaisirs vicaires d’une main agile que Marie-Laure Dagoit anime au fil de son œuvre et son « amor fati ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Laure Dagoit, « Coffrets », 20 euros, www.maisondagoit.com

(Photo 1  :Gilles Berquet)