gruyeresuisse

28/09/2018

cinéma paradiso et inferno : James Balwin

BALDWIN.jpgJames Baldwin met en évidence dans ce livre les films qui l’ont marqué tant et d'abord au niveau de leur fantasmagorie que - plus tard - leur charge politique.  Il rappelle aussi comment les films – écrits et tournés uniquement par les blancs – répondent entre autre au profond désir chez ceux-ci de n’être pas jugé par ceux qui sont de couleur diférente.

Mais, souligne l’auteur, en même temps une grande proportion de l’angoisse des blancs trouve son vrai jour dans la tyrannie du miroir et de l'écran. D’où les jeux complexes du cinéma américain d’une époque néanmoins encore trop frileuse  pour avoir le courage d’admettre que de tels psychés sont menteuses et ne répondaient qu'à des codes « d’un infantile sens américain ».

Baldwin 2.jpgNéanmoins les films les plus discutables propres à générer une aliénation programmée répondaient chez l'auteur à des appels où jaillissaient le sexe, le crime, l’amour, les craintes, les aspirations personnelles. Baldwin enfant les projettait sur les héros blancs. Il devenait blanc lui-même en épousant les affres de perdants comme de héros magnifiques.

Baldwin 3.jpgL’auteur adoptait des systèmes de pensée  qui lui permettaient de supporter des contradictions politiques, et des aridités spirituelles. Il lui sembla ainsi que les Blancs avaient des droits de leçon de morale dans l’art de vivre des noirs. Et il lui fallut du temps pour sortir de cette confusion, de comprendre le pouvoir politique du cinéma et d'accepter que les paroles de Malcolm X valait plus que celles du sénateur Byrd.

La critique du cinéma que propose l’auteur  est donc une manière de détruire les fondements d’Hollywood et son pouvoir.  Il montre comment ce cinéma arrache fragments par fragments le personnalité, l’individualité du noir sauf à le caricaturer dans le « bon » noir qui n’acquiert rarement une réalité sur sa vie et sur lui-même. 

Jean-Paul Gavard-Perret

James Baldwin, « Le diable trouve à faire », Capricci, Paris, 2018.

 

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26/09/2018

Peter Stämpfli : faire disjoncter le réel

Stampfli.jpgPlus que l’objet, sa familiarité ou son étrangeté, Peter Stämpfli met en jeu le regard dans une œuvre miroir de son environnement. C’est pourquoi l’artiste est devenu un des peintres majeurs du XXe siècle. Entre autre pour ses variations autour du pneu. Cette exposition revient sur ses premières peintures. « Ma recherche à l’époque était de faire une sorte de dictionnaire des objets, des gestes quotidiens » écrit celui qui modifie et déplace les angles de prises pour isoler dans le réel ce que la normalité peut avoir d’incroyable mais que notre inattention empêche de voir.

Stampfli 2.jpgL’artiste isole objets, poses et codes en parallèle à ce qui se passe à l’époque avec le Pop art américain. Existe là un humour froid dans une observation sobre et volontairement rigide. Cette « dramatisation » comique du quotidien fait de nous des sortes d’extra-terrestres sans que nous le sachions. La représentation de ce qui nous « fait » se crée par une mise à plat – à tous les sens du terme.

 

Stampfli 3.jpgSurgissent des 17 tableaux la force, la charme et l’efficacité d’une visualisation minimaliste et drôle. A l’époque l’œuvre fut mal comprise – et c’est un euphémisme. Mais cette rétrospective prouve la puissance d’étrangement du réel de la part de celui qu’on voulut réduire à une manifestation de l’école du design suisse, et qui s’inscrit désormais - par ses réductions radicales -haut dans l’histoire de l’art du XXème siècle et ses avant gardes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Stämpfli, « Stämpfli Pop (1963-1964) », Galerie G-P & N Vallois du 14 septembre au 20 octobre 2018, Paris.

Les incertitudes actives de Thierry Valencin

Valencin.jpgComme Roy De Cavara, Thierry Valecin sait que de tous les arts, la photographie demeure celui qui ne peut se passer du réel. Mais en même temps l'artiste ne saisit par elle que des ellipses de réalité. Du monde Thierry Valencin ne retient que certaines effluves - et c'est reposant. En atelier ou in situ, il semble s'amuser tout en cherchant des prises aussi intime que néanmoins distanciées comme le prouve ses deux livres "Au bord de l’autre" et "Vu de l’instant″.

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Les titres "disent" bien ce que l'oeuvre cherche.La photographie contine à voir ce qui reste sinon absent du moins caché.Existe la crainte du noir pur, du blanc pur, du vide, du silence chez celui qui à la fois est fasciné par les images et réinvente la vue afin de rameuter de l'inconnu ou du fugace non sans ironie.

 

 

 

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Ce qui est de l'ordre de "l'écharpe", du fugace semble la seule "chose authentique" chère à Henry James. D’où ce paradoxe : à travers le processus de captation photographique, l'être échappe à la prise mais il garde un rapport plus étroit avec elle.

Jean-Paul Gavard-Perret