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01/03/2018

James Barnor : Afrique-Europe et retour

Barnor.jpgJames Barnor (né en 1929) est le pionnier de la photographie ghanéenne. Il est l'égal d’un Seydou Keïta au Mali, Van Leo en Égypte ou Rashid Mahdi au Soudan. Il a su faire le pont entre l’Afrique, L’Europe et deux genres photographiques : le portrait et le reportage. Ses photos sont marquées par l’attention bienveillante portée par le créateur à ses sujets inconnus ou non (Mohammad Ali) avec un bonus pour les femmes.

C’est au début des années 50, dans son studio « Ever Young » qu’il devient le photographe implicitement officiel de son pays. Il shoote les dignitaires, les fonctionnaires, les étudiants et professeurs d’université mais aussi les musiciens et jeunes mariés. Il est aussi celui qui immortalise l’histoire de son pays à travers les événements clés et leurs figures politiques. Ses portraits témoignent d’une société en transition. Le Ghana devient indépendant mais Londres devient une sorte de capitale de la diaspora.

Barnor 2.jpgPremier photojournaliste à collaborer avec le Daily Graphic, quotidien publié au Ghana par le London Daily Mirror Group, il travaille aussi régulièrement pour le magazine Drum (journal d’actualités et de mode, anti-apartheid, fondé en Afrique du Sud). Puis il part pour Londres. Il y découvre le processus de la couleur et durant les années 1960, il saisit le Swinging London et les expériences de la diaspora africaine dans la cité. En 1969, il rentre au Ghana pour fonder le premier laboratoire couleur du pays et le studio X23. Il y restera les vingt années suivantes, travaillant comme photographe indépendant ou au service de quelques agences d’État à Accra.

Barnor 3.jpgGrâce à un tel travail la germination artistique africaine trouve un nouveau « passage », et l’art photographique une renaissance et les amorces annonciatrices de ramifications proliférantes. Surgit une matière de jouissance. Une émotion intense. Emmêlement de convergences la photographie partage ne se fait plus entre l’ombre et la lumière ni entre le dehors et le dedans mais entre des éléments qui se rapprochent dans ce mariage en noir et blanc.

Jean-Paul Gavard-Perret

James Barnor, « It’s great to be young », Galerie Clémentine de la Féronnière, du 15 février au 31 mars 2018

 

Eve Beaurepaire : panique à bord

Beaurepaire.jpgEve Beaurepaire ne cherche pas à donner à l’art des habits éblouissants. Ceux-là ne sont fait que pour des cérémonies funestes qui sentent le sapin ou le caveau. La discipline de l’artiste est plus radicale et vivifiante. Elle tient de la prédation des images admises et des idées reçues au service d’un certain ordre que la plasticienne refuse.

Beaurepaire 2.jpgL’art devient donc échancrure mais il ne faut surtout pas mépriser une telle façon de l’envisager et de le dévisager. Exit les parures. Il s'agit de tout montrer et surtout ce qui semble un rien afin que de l'image jaillisse une force ou un souffle. Le trajet visuel trouve une voie aussi radicale que poétique. Preuve que le degré de dignité de l'art n'est pas toujours où certains magister l'ont placé. En croyant proposer des éruptions volcaniques ils laissent un champ couvert de cendres.

Beaurepaire 3.jpgLa créatrice ne s’emplit pas les mains de cire mais ne méprise aucune manière d’envisager l’art. Elle avance sans clôture ni balise, ose raccourcir, allonger, explorer les marges, bref corriger les tirs qui font raisonner des bravos futiles. Dans Kraken elle préfère ouvrir les marges et ignorer les colonnades. La vie redouble en une telle activité. Celle-ci n’a rien d’obséquieuse : elle contraint à un autre regard et une autre emprise pour laisser resplendir l’inconnu par un travail volontairement déceptif mais actif. La vieille dépendance d’esclaves des images fait place à ce qui pour certains tient d’un manque panique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Eve Beaurepaire et Benoît Aubard, "Kraken", Shuttle 19, du 10 au 23 mars 2018.

Yves Debraine : artistes suisses en transit à New-York

Debraine 2.jpgLe Chelsea Hotel est un hôtel mythique de New York. Tous les artistes de passage dans la Grosse Pomme y sont descendus, Beatles compris. Yves Debraine y allait régulièrement lors de ses passages dans la ville et il y photographiait ces amis artistes : les suisses Jean Tinguely, Daniel Spoerri entre autres.

 

 

Debraine bon.jpgCes beaux tirages en noir et blanc sont pour la plupart inédits. Pour la commémoration à Fribourg des 25 ans de la disparition de Tinguely, le fils du photographe avait retrouvé les images du l’artiste et son épouse Nicky de Saint Phalle au travail dans l’hôtel pour la préparation d’expositions à la galerie Alexandre Iolas puis au Jewish Museum. A l’époque le photographe testait un nouvel objectif « fisheye », un Nikon 7,5 mm. Les chambres ateliers et galeries du Chelsea Hotel devinrent le lieu d’expérimentation idéale pour cette focale très particulière capable de saisir à 180 ° l’espace fermé de manière circulaire. Mais il existe aussi des prises plus « normales » au 35 mm.

 

 

Debraine.jpgDe tels documents illustrent la création effervescente de la « Ruche » que constituait le Chelsea Hotel animé par le directeur Stanley Bard. Il apparaît ici au milieu d’œuvres données par les artistes désargentés pour payer leur séjour. Ces photographies n’ont pas été montrées lors de la commémoration Tinguely en 2016. Mais Caroline Schuster, directrice adjointe du Musée de Fribourg les a retenus pour la présente exposition montée en collaboration avec Luc Debraine. Elle s’accompagne d’un catalogue au format des grands magazines des années 1960 en hommage au travail du photographe discret et au service de ses modèles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yves Debraine, « Chelsea Hotel New York 1965 », Espace Jean Tinguely-Niki de Saint Phalle, Musée d’art et d’histoire, Fribourg, du 23 février au 2 septembre 2018