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02/02/2021

Rudy Burckhardt : un Suisse à New York

Buck 3.jpgRudy Burckhardt (1914-1999) était un cinéaste et photographe suisse-américain, connu pour ses photographies des panneaux peints à la main qui ont commencé à dominer le paysage américain dans les années quarante et cinquante.  Poussé par l’écrivain Edwin Denby, il a déménagé à New York de Bâle en 1935 et a commencé peu de temps après à filmer puis à photographier les rues de New York.

 
Buck 2.jpgIl en capta le rythme attention et précision si bien qu'avec lui la photographie fixe n’a jamais autant bougé. Son œuvre reste défendue par "Tibor de Nagy Gallery". Son exposition "New York Hello!" est la dixième présentation du travail de Burckhardt à la galerie. Mais c'est la première consacrée uniquement à ses photographies et films des années 1970 et 80.
 
Buck.jpgUn sentiment de danse et de mouvement est aussi visible dans ses photos que dans ses films ("Default Averted", "Cerveza, Bud" et "Ostensiblement"). Existe là une approche du cinéma vérité de manière légère et enjouée. Une chorégraphie urbaine jaillit dans un sens parfait de la construction de l'image fixe ou en mouvement. Le tout de manière simple. : le réel est suffisamment riche d'inattendu pour ne pas en rajouter :  «Je suis assez existentialiste et bouddhiste amateur pour croire que nous faisons les imbéciles parce que nous sommes vivants et éveillés (...) mais jamais en contrôle.” écrivait l'artiste.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Une grande exposition - "Rudy Burckhardt – New York Moments" a été présenté au Kunstmuseum Basel en 2005
 

Rudy Burckhardt, "New York Hello!, Photographies et films des années 70 et 80", janvier 2021, Tibor de Nagy Gallery, New York.

01/02/2021

Du pré-texte au pré texte - Francis Ponge

Ponge 2.jpg"La fabrique du pré" est considérée à juste titre comme le premier exemple concret de ce que Ponge nommera sa "méthode créative" d'analyse poétique et génétique. Néanmoins le "Je" tout puissant règne encore sur ce volume publié à l'origine à Genève par Skira  dans la collection "Les sentiers de la création". Il n'y doit son entrée - vu sa complexité de mise en espace - qu'à l'amitié du poète et de l'éditeur.

 
Ponge.jpgEntre l’essai et le poème, le livre constitue une réflexion originale sur le mécanisme génétique. Dans l’édition Skira de 1971 l'ouvrage est devenu  un objet esthétique particulièrement sophistiqué formé de cinq couches textuelles et de l’apport de l’iconographie.  S'esquisse une totalité dialectique entre le poème lui-même et la forme étendue de ses états antérieurs et préparatoires. Le jeu des couleurs y est important "matériellement" parlant. Le bis, couleur de la terre, rappelle en principe le creuset nourricier, le vert correspond à l’accomplissement d’une forme de vie, celle du végétal. 
 
Ponge 3.jpgA côté du texte  définitif, le "dossier du pré" oriente vers l’exposition de la variation comme principe créatif. Sont mises en tension deux représentations de la poésie : celle de la forme achevée, et son long processus de  tâtonnements en diverses variations. Ces options prévaudront dans les dernières œuvres du poète. Pour dire les "choses" - de l'huitre au cageot, du savon au pré - Ponge a donc inventé un langage multiple et un. Il est à la fois le référent et  aussi un méta-référent. Il  se décrit lui-même à propos d'un objet donné. L’ambition réflexive est donc portée au second degré, le « pré-texte » devient la formule du mouvement créateur dont le dossier génétique constitue une des représentations.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

Francis Ponge, "La fabrique du pré",  Collection Blanche, Gallimard, février 2021, 144 pages.

30/01/2021

Les vainqueurs de Rodeo Drive - Anthony Hernandez

Hernandez 3.jpgAnthony Hernandez fut médecin dans l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam avant de devenir photographe en 1969. Ses premiers travaux ont été  inclus dans deux expositions marquantes : "The Crowded Vacancy" au Pasadena Art Museum de Los Angeles  puis "New Topographics". Elles présentèrent  un nouveau type de photographie américaine de paysage. Ainsi dès les années 1970, Hernandez - comme ses contemporains Lewis Baltz et Terry Wild - devient photographe du paysage social de Los Angeles entre autres avec "Landscapes for the Homeless".

 
Hernandez.jpg"Rodeo Drive, 1984" propose une autre vision de la cité des anges.  41 images présentent les badauds sur l’artère commerçante de Beverly Hills. Les sujets semblent pris au dépourvu. Ils regardent dans le vague en attendent d’être servis, flânent ou marchent de manière décidée. Anthony Hernandez s'en fait apparemment l'observateur impartial, enregistrant les coiffures, les épaules larges et les tailles cintrées des années 1980 dans des photographies pleines de soleil californien.
 
Hernandez 2.jpgMais il ne se contente pas de documenter l’expérience urbaine. Il révèle la complexité des espaces sociaux où se distinguent des disparités économiques et des divisions raciales. Et comme l'écrit Lewis Baltz, "ce sont les vainqueurs ici qui profitent du butin de leur victoire sur Rodeo Drive"'. L'artiste ne cesse de rappeler diverses conditions sur la scène de la cité là où la lumière cache bien des ombres afin que nous restions des témoins d’une violence politique et sociale larvée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

14:34 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)