gruyeresuisse

02/06/2018

Carla van de Puttelaar : transparence de la volupté

Puttelaar.jpgCarla Van Puttelaar associe nus et portraits de jeunes femmes à d’autres éléments. Fleurs et femmes, femmes fleurs se transforment en « paysages » étranges et familiers là où tout est « luxe, calme et volupté », affaire de délicatesse, de vulnérabilité et de fragilité dans un monde entre chien et loup.

 

Puttelaar 3.jpg

 

Le nu prend un aspect pictural et mystique. Il est chimère et densité. Il se caresse du regard. La femme y demeure aussi réelle que fantomatique entre sainteté et abandon programmé là où la photographe insère un leurre dans le leurre : le corps joue des ambiguïtés cause/effet, essence/apparence.

 

 

Puttelaar 2.jpgModèles aux peaux diaphanes ou aux peaux noires créent une présence de l’infra mince. Le but reste d’atteindre ce qui échappe dans l’immobilité programmée des silhouettes vives. Existe un cheminement vibrant mais silencieux. Il permet le saut au-delà des apparences. D’un côté quelque chose de minimaliste et de croqué, de l’autre subtile sophistication qui accorde à chaque personnage ou fleur à la fois une valeur de buée mais aussi un champ de gravité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carla van de Puttelaar, « Adornments »,

27/05/2018

Søren Kierkegaard « chrétien sincère et un anticlérical assumé »

Kierkeggaard.pngIl était temps de posséder une vision exhaustive de celui qui est considéré - non sans raison mais avec quelques bémols - comme le précurseur de l’existentialisme. Le Pléiade comble ce vide en publiant les textes essentiels du philosophe danois. Imprégné de christianisme, il laisse une œuvre originale où s’exprime la quête d’une vérité qui fut vécue personnellement, et non seulement pensée abstraitement. Ce qu’un de ses plus fidèle élève - Jean-Paul Sartre n’a pas réussi dans son œuvre philosophique. Il faut attendre « Les mots » et « L’Idiot de la famille » pour cette tentative de réconciliation.

Contrairement à celle de son disciple, la vie (courte - il est mort à 42 ans) de Kierkegaard fut des plus tourmentées. Dans son journal il rappelle que « Si l’on voulait savoir comment, abstraction faite de mon rapport à Dieu, j’ai été conduit à devenir l’écrivain que je suis, je répondrais cela a dépendu d’un vieillard, qui est l’homme à qui je dois le plus, et d’une jeune fille, envers laquelle j’ai la plus grande dette. ».

Son père est le vieillard dont il parle (il eut Søren à l’âge de 56 ans) : l’auteur dut subir la pression de son emprise religieuse austère et étouffante. Il se révoltera et n’eut cesse de montrer combien le christianisme fut une schlague faite pour courber l’être dans un conformisme social plutôt que de l’élever à la vie intérieure.

Kierkegaard 2.pngLa fille que le philosophe évoque est Regina Olsen. Il la rencontre à l’âge de 25 ans au moment où il enseigne le latin dans un collège de Copenhague. C’est une passion : néanmoins quelques semaines après leurs fiançailles et sa soutenance de thèse sur Le Concept d’ironie constamment rapporté à Socrate, Kierkegaard rompt. La raison en est sans doute spirituelle : la jeune femme n’était pas la plus propice à l’aspiration de communion spirituelle dans l’amour. Néanmoins cette rupture coupe la vie du philosophe en deux. Elle lui donne sa liberté pour accomplir et s’accomplir totalement dans son travail e philosophe et d’écrivain.

Dès lors les livres se succèdent sur un rythme plus que soutenu. En particulier paraissent deux œuvres majeures : « Crainte et Tremblement », « Les Miettes philosophiques », le « Traité du désespoir ». L’auteur devient célèbre autant par ses traités que par ses polémiques violentes envers l’Église danoise le tout en des articles drôles et impitoyables repris dans le Tome II de la Pléiade. Ils font de lui ce qui a été souvent souligné : un chrétien sincère et un anticlérical assumé. Son enterrement fut suivi par une foule immense et c’est un privilège rarement accordé à un philosophe (Son élève français le connaîtra). Les œuvres réunies dans cet ensemble prouvent que deux cents ans après la naissance de l’auteur l’œuvre garde toute sa force au moment où une certaine idée des religions font retour.

Jean-Paul Gavard-Perret

Søren Kierkeggard, « Œuvre I et II », sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Michel Forget, La Pléiade, Gallimard, Paris, 2018, 62 et 63 E.

26/05/2018

Gérard Pétrémand : voir "moins" pour voir mieux

Petremand 3.jpgGérard Pétrémand, " le nu dans tous ses états", ArtDynasty, Genève


Gérard Pétrémand sait combien la nudité est un voile. C'est pourquoi il le traverse par des lumières qui ondoient, déchirent et sabrent l'apparence. Il s'agit non d'annuler le nu mais de le dévoiler non seulement en le dégageant de l’effet civilisateur du vêtement. Surgit un véritable “ cubisme ” identitaire. Il joue sur un rendu simultané des facettes intimes et publiques. L'intimité ne se remodèle pas selon nature : elle s’enrichit par superposition de strates

Petremand.jpgL'artiste genevois prouve que le questionnement sur le sexe n'est jamais vraiment apprivoisé. C'est pourquoi le photographe érotise le nu de manière ludique et surexposée. Manière d'éviter certaines attentes et de proposer d'autres lois au genre. Le lumière nimbe le corps dans la promesse qu'il éclose en créant des essors inédits.

 

Petremand 2.jpgL'artiste invite à une fouille astucieuse et ironique. Et parfois symbolique. Dans les arceaux de lumière peut se chercher l’image d’une autre femme ou d'un autre homme qu’on aurait côtoyé, voire peut-être rêvé. Surgit aussi le regard ambigu sur le statut non moins ambigu du nu dans une société avide à la fois de montrer pour mieux cacher. L'artiste nous donne donc à voir le travail de sape salutaire pour la vraie liberté du corps Celle qui fonde et qui brise, celle qui révélée tend à occuper tout l’espace et faire le vide autour d'elle.

Jean-Paul Gavard-Perret