gruyeresuisse

06/01/2018

James Mc Craken Jr. : des histoires de regards

James mc. Craken Jr.jpgL’œuvre de James Mc Craken Jr. Est une histoire de regard. Et d’attention à l’autre. Et selon une méthode que les mots ne pourraient donner. Ils voudraient pourtant bien le faire mais cela leur échappe définitivement. C’est pourquoi parfois la photographie est nécessaire. Au moment où par un regard le monde forain devient notre. D’en haut, de face ou d’en bas. En contre-plongée, là où une femme sort nue sur un balcon, où des adolescentes tuent le temps, où une famille s’anime en un grand espace en bataille.

James mc. Craken jr 2.jpgLe regard de James Mc Craken Jr. intime l’ordre du désordre. Il ordonne un « Défais tes liens » au moment où tout reste dans une précision de l’ordre de l’insaisissable. Par le noir et blanc tout est et chair. Et le réelle plus trivial prend une dimension poétique plus douce, attentive que brûlante.

James mc. Craken Jr. 3.jpgIl existe là la puissance d’une lumière sombre entre consistance et abandon qui trouble et illumine le réel. Preuve que la photographie est une histoire de regard que l’on ne peut exprimer autrement. Une histoire sans récit (ou trop). Un regard sans frontières. Un regard infini. Au sein même du réel et du cadre le plus humble.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14:28 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

04/01/2018

Ren Hang ou le recours de la volupté

Hang 2.jpgSelon Cicéron les choses dont on se souvient le mieux sont les choses dites « honteuses ». Il ajoute qu’on utiliserait toujours avec profit les images libidineuses pour stimuler la mémoire. Preuve peut-être qu’elle n’existe pas sans fantasmes…

 

 

Hang.jpgIconoclaste à souhait, Ren Hang se fait donc orateur grecque tout en transformant les images de nudité. Par l’assemblage, la torsion et la disposition des corps il crée une véritable écriture. Il y a là des calembours visuels, des condensations immobiles. Le pathétique cède toujours la place à un certain comique en de telles fresques photographiques.

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Ren Hang préfère l’épicurisme au stoïcisme. Il reste étranger à toutes violences si ce n’est celle - provocatrice - de ses mises en scène. Il remise l’ego au profit cosmos d’une libido sexuelle qui flotte sans jamais se retourner contre elle-même. La physique tient lieu de métaphysique et devient la thérapie d’un monde cruel auquel le photographe ajoutent des farces primesautières.

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Le plaisir est ici sans risque et ignore presque toujours l’angoisse. Il dérive de lui-même et sa qualité suprême ne se limite pas seulement à l’absence de douleur. Si bien que la volupté reste la seule sensation que Ren Hang divinise. Elle procure au corps une sensation supérieure de soi quels que soient le genre et le nombre des partenaires. D’où ces suites de bouquets qui sont toujours à reconstituer en accords et raccords.

Jean-Paul Gavard-Perret

Le diable probablement - Tom Kelley

Kelley.jpgTom Kelley transforme le corps féminin en lumière. Pour cela il défait la ceinture du langage compassé afin que la nudité prenne un nouveau sens. Refusant le collet monté, la prise devient brûlante. Pour preuve : dès 1948, Kelley photographie, nue, une actrice au chômage : Marilyn Monroe. Le cliché sera repris pour le premier numéro de Playboy. L’actrice et la photo devinrent culte. C’est là qu’un des exemples du travail souvent inédit de nus réalisés par Kelley dans les années 1940 à 1970 et qui paraissent aujourd’hui. .

Kelley 2.jpgRecruté très tôt pour son œil et son don de la composition par Associated Press il photographie le gotha politique et mondain de New York puis de Los Angeles. Il shoote les actrices les plus célèbres mais aussi les mannequins inconnues et les starlettes dans ce qui devint l’album le plus glamoureux qui soit. Evelyn West, Norma Brooks, Mamie Van Doren, font de lui le photographe incontesté des pin-up.

Kelley 3.jpgEntre classicisme et un baroque exotique cher à l’époque les photographies transcendent un genre voué normalement à la censure. Il fut ainsi celui qui fit bouger les lignes en imprimant un vent de liberté au moment où ses poupées galbées deviennent autant des modèles d’un paradis (perdu ?) que les prémices d’un enfer qu’exploitera plus tard une Cindy Sherman. Mais chez lui l’humour enjoué reste plus ludique que critique et prouve que le plaisir ne tue jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

“Le studio de Tom Kelley”, Reel Art Press.