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19/06/2019

Shirin Neshat : la photographe et la diva

Neshat 3.jpgShirin Neshat est née en 1957 à Qazvin en Iran. Elle vit et travaille à New York. Le Musée de l’Elysée dévoile son oeuvre inédite lors de la Nuit des images puis intra muros jusqu’au 25 août et ce deux ans après son film "Looking for Oum Kulthum". Le tout sous forme de huit photographies et deux vidéos. Ces oeuvres ont été conçues séparément au film. Elles racontent l’histoire de Mitra, une réalisatrice iranienne en exil, qui réalise son rêve en produisant un film sur la légendaire chanteuse et diva égyptienne.

 

Neshat 2.jpgLes huit photographies sont traitées dans le style des affiches de film typiques des années 50 en Égypte, mettant en scène les actrices du film dans des portraits d’Oum Kulthum. Ces images sont frontales et grands format. Elles portent chacune le titre d'une chanson de la diva. La vidéo est plus onirique et retrace un portrait d'où se dégage le côté mystique de la chanteuse.

Neshat.jpgLa photographe dans les deux cas cherche à faire sentir l'intimité, la grâce et la solitude d'une telle artiste dans son face à face avec son public et dans sa lutte entre célébrité et désir d’affranchissement. La vidéo capte le pouvoir mystique de la musique face à un public transcendé par une telle présence anxieuse et angoissée mais capable de provoquer l'extase.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 © Shirin Neshat, courtesy Noirmontartproduction, Paris.

 

18/06/2019

Romain Tièche l'inquiétant

Tieche.pngRomain Tièche, "Oi Thanatoi", Espace d'art contemporain (Les Halles), Porrentruy, du 23 juin au 25 aout 2019.

Via le groupe de réflexion "Ars Industrialis", Romain Tièche revisite nos croyances populaires et le rôle qu'y joue la technologie sur l'esthétique et les savoirs. « Toute technologie est un pharmakon, c'est-à-dire à la fois remède et poison » écrit-il au moment où il  présente à Porrentruy des situations ou des objets qui rapprochent de la toxicité et que souligne le titre en grec ancien de l'exposition ("Les mortels").

Tieche 2.jpgRomain Tièche a écrit pour son affiche ce mot sur une vitre posée sur une photo en utilisant le blanc de Meudon fait pour masquer la devanture d'un lieu commercial en faillite. L'exposition se compose de vidéos. Citons entre autres : "It has been raining outside (take 1)" : c'est un plan fixe de 71 minutes où une bouche léche le vide jusqu'à l'épuisement. Dans la vidéo "Pig in a supermarket" , un homme rouge essaie de changer de couleur sans utiliser ses mains. Dans la performance "Masque" le performeur raconte une expérience émotionnelle à travers un masque qui est relié à des ordinateurs : ils traduisent son discours dans une autre langue.

Tieche 3.jpgPour cette exposition, Romain Tièche a surtout introduit le concept de "l'organogenèse exosomatique"  proposé pour la première fois en 1945 par le mathématicien et statisticien américain Alfred J. Lotka. En  biologie, ce concept caractérise la capacité de l’Homme à inventer et utiliser un instrument dont son organisme ne dispose pas et aussi différent qu'une arme, une paire de bas, le marketing ou l’intelligence artificielle. Et à sa manière l'artiste décline selon divers formulations esthétiques cette genèse.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/06/2019

Let's Dance - Fondation Fluxum

Danse 2.jpg"Danser Brut - Le corps instrument", Fondation Fluxum, Genève, jusqu'au 16 juin 2019.

La Fondation Fluxum présente une nouvelle version de son exposition "Danser Brut" de l'automne 2018 à Villeneuve-d'Ascq. Ce regard inédit et transversal sur la danse est illustré à partir de l'art contemporain (brut ou non) et du cinéma. Elle interroge les images sous le prisme du geste et du mouvement et de l'expressivité du corps lorsqu'il devient facteur de liberté et de résistance.

Les oeuvres sont multiples. Elles sont créés par des chorégraphes eux-mêmes ou des grands  cinéastes et photographes. Citons entre autres Charlie Chaplin, Merce Cunningham, Fernand Deligny, Martine Deyres, Albert londe, Vaslav Nijinski, Wilhelm Pabst, Arnulf Rainer.

Danse.jpgL'ensemble illustre combien le corps ouvre le réel . Il est débordé - comme les mots pour le dire. La danse offre une autre écriture. Elle repousse les réponses de la littérature et leur misérable grandeur. La tension du corps suspendu dans l'air rend le monde mobile. Non seulement il dit faire mais diffère. Ses mouvements ne correspondent pas forcément à l'attente : ils inventent des circulations, des errances. Une fois de plus ils tentent de rejoindre ce qui n’a pas encore de nom.

Jean-Paul Gavard-Perret