gruyeresuisse

26/07/2018

Jephan de Villiers : abécédaire archéologique

Villiers 2.png« Druide des âges bien enfouis » Jephan de Villiers comme Henri Michaux déplace les signes qui détournent les lignes de leur placidité. Taches et griffures d’encre deviennent des pensées sauvages. Elles s’envolent en épousant le support papier. Existe tout un monde nouveau d’épiphanies par chorégraphies de sceaux étranges.

 

 


Villiers.pngL’œuvre permet de s’empaler à la pointe des désirs. Elle lutte contre le pire. Car De Villiers refuse que la vie ne soit qu'un leurre et la mort un Shakespeare. Jaillit la vie secrète des gestes les plus vifs, la vie à l'écart de la société et de ses alphabets de mise.
L’œuvre rappelle parfois la vie avant le jour, avant le langage. La vie vivipare, dans l'ombre, avec des graphismes qui tentent de recouvrer leur naissance.

Villiers 3.jpgJephan de Villiers reste donc un des créateurs les plus paradoxaux de notre époque. C’est aussi une sorte de « naturaliste » poète. Homme des forêts il y apprit que “ce n’est pas la pomme qui tombe, c’est l’arbre qui s’envole”. Son œuvre en indique pourtant sa racine dans notre terre primitive, primordiale. L’artiste nous ramène à une sorte de culte païen pour des cérémonies en l’honneur d’une vérité sauvage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jephan de Villiers, « Le signe et la mémoire » (texte de P. Turine), Bibliothèque Wittockiana, 2018.

24/07/2018

Histoires d’eau de Don Herron

Herron.jpgDon Herron a photographié 1978 à 1993 des personnalités - d’abord d’un Los Angeles puis d’un New York freak ou underground - dans leur baignoire. L’idée germa lorsque le photographe travaillait pour le « Village Voice ». Il s’agissait de donner un visage différent aux artistes bohèmes dans leur conteneur ou récipient idéal : celui des ablutions lascives ou non.

 

 

 

 

Herron 2.pngSe retrouve tout le gotha de la bohème artistique de l’époque : Keith Haring, Peter Hujar, Robert Mapplethorpe, Cookie Mueller, Peter Berlin, Charles Busch, Ethyl Eichelberger, Annie Sprinkle, Holly Woodlawn parmi beaucoup d’autres. A travers ce lieu intime, il exprime de manière crue le glamour, la joie et parfois le tragique d’une communauté en ébullition. Certains des modèles se prêtent de manière naturelle et sans apprêts à de telles prises. D’autre à l’inverse se scénarisent, voire s’auto célèbrent.

 

 

Herron 3.jpgPour certains la baignoire n’est qu’un emballage du type sachet de cacahuètes - et où celles-ci se laissent voir. D’autres se dissimulent sous des bulles ou de la mousse. Herron exprime avec amusement et fun ce « face à face » avec ses modèles. Et leur saisie est doublée par les souvenirs provocateurs, drôles ou intenses de ses modèles. L’artiste les a rapportés pour immortaliser leur expérience dans l’East Village de l’époque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Don Herron, « Tub Shots », Daniel Cooney, New-York, du 13 Septembre au 3 November 3, 2018

 

 

Giorgio Palmas : femme au bord de la crise de nerf

Palmas 3.jpgEn noir et blanc, sous la dureté lumineuse des spotlights, Giorgio Palmas retrace la tension des scènes de shooting. Les prises « in progress » mêlent divers types de saisies mais toutes troublent l’idée du portrait et le tiennent à distance. Au sein de la figuration la série pousse une porte non seulement sur l'onirisme mais vers une vision "lynchéeene" des êtres.

Palmas 2.jpgEt si la figuration fait loi, nous sommes loin du réalisme. C'est bien là le piège nécessaire choisi par l'artiste pour confondre et confronter ce qu'il en est du travail d’un modèle et de son photographe dans leur rapport au réel et à leur propre image. Le diable du réel est à leurs trousses mais il est pris dans un univers formel aux images algorithmes.

Palmas.jpgLa série illustre comment les techniques créent une dialectique subtile : l’artiste impose une iconographie paradoxale de la photographie « de mode ». L’oeuvre joue sur une nécessaire ambiguïté et un décalage. Elle fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté. Le studio - comme dans « Blow-up » d’Antonioni - est mis à nu mais sous un autre registre. La pulsion d’éros demeure aux limites de la jouissance ou de l’abattement. L’usage de la surexposition ou à l’inverse de la sous exposition altère parfois et volontairement la perception des êtres comme il brouille les voiles qui les recouvrent - par pudeur ou pour signaler une forme de chosification. La photographie reste l’observatoire d’un monde énigmatique et précaire.

Jean-Paul Gavard-Perret