gruyeresuisse

27/12/2018

L'éternité et le moment - David Kutz

Kutz 3.jpgLes photographies (surtout les panoptiques) de David Kutz créent des mises en scènes non seulement de ce qui est regardé mais des regardeurs eux-mêmes, comme de ce qui est et tout autant de ce qui va devenir. Existe en conséquence tout un jeu de circulation à la fois ludique et cruel. Le monde se transforme en des narrations qui ignorent des bruissements d'elfes.

 

Kutz.jpgL'oeuvre est entremêlée d'actions et de repos, de scènes et de paysages. La longueur des panoptiques étire le temps lui-même afin qu'ils englobent le présent et le futur. Les actualisations sont évidemment innombrables mais ne sauraient limiter l'ambition d'une telle oeuvre où le réel à la fois paraît et disparaît dans une anthroposcène inquiétante même si tout paraît encore calme.

 

Kutz 2.jpgDavid Kutz présente une interperpration du réel autant par les scènes, que les séries de façades et leurs couleurs. Un éloignement du point de contact possible avec un réel "donné" pour tel est toujours créé volontairement. L'horizon de l'image et son tissage semblent au delà de ce qui est donné à voir.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

David Kutz, "culural Landscapes", Soho Photo Gallery, New-York, janvier 2019.

26/12/2018

John Custodio et les "sanglots ardents" des ruines paysagères

Custodio.jpgTraversant les USA John Custodio en a retenu détranges monuments ou vestiges. Il n'est pas le premier à entamer un tel "road movie" en images fixes. Mais chez lui ce que la distance accorde de proximité promet le lointain. En effet, le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’une sorte de temps qui n'existe plus. Ou mal.

 

Custodio 3.jpgDès lors le voyage s'engage dans un processus unique de création. Il reste l'épreuve de la transformation et la transgression du paysage tant par ceux qui ont créé de telles structures que par la manière dont Custodio les fait parler. Existent là les images de pâles survivances. Elles semblent sortir de nulle part au sein de paysages eux-mêmes défaits. Seule la photographie les sauve de leur perte.

 

Custodio 4.jpgNul sacré néanmoins en ces prises. Elles ne se veulent pas pieuses. Et à peine un diagnostic. Demeurent un effet de dérive et une image au-delà de l'image, une image cherchant le sens de la Présence qui n'existe plus. Les photographies possèdent le pouvoir de transformer des "corps" physiques plutôt vulgaires et comme "naturalisés" en ce qui porte encore et supporte le mystère par la théâtralité des clichés à la séduction paradoxale. Elle remplace une idée du beau par une autre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jihn Custodio, "On the Road Structure", Soho Gallery, New York, janvier 2019.

22/12/2018

Delgado et Fuchs : exhibos mais pas trop

Delgado.jpgDelgado et Fuchs- "Carte Blanche", Centre Culturel Suisse Paris , 17 et 18 janvier 2019,  "RUNWAY", Arsenic Lausanne, 19 -24 mars 2019.

Nadine Fuchs est Suisse. Elle a étudié la danse classique et contemporaine à la Schweizerische Ballettberufsschule à Zurich, puis à l’Atelier Rudra Béjart à Lausanne. Marcelo Delgado a passé son enfance dans les quartiers populaires de Bruxelles où il pratiqua pêle-mêle le foot, le full contact, le dessin, les arts plastiques et la mécanique avant de devenir danseur au Conservatoire Royal de Bruxelles tout en travaillant dans un club strip-tease. Le couple s'est rencontré dans la compagnie Nomades en Suisse puis décident de créer leur collectif "Delgado Fuchs".

Delgado 2.jpg

 

Ses performances sont sidérantes dans leurs écheveaux sériels, leurs mixages et ruptures. Le tout non sans gravité et radicalisme trivial. Car tout peut s'oser lorsque cela est nécessaire. Rien ne tourne jamais à vide mais grince selon divers points de vue, circulations, vertiges dans un système ouvert à l'échange des pratiques et des pouvoirs partagés. Car le collectif inventé par le couple est transversal tant dans ses techniques (photographie, vidéo, danse) et de ses influences (arts plastiques, mode, littérature). Les deux créateurs restent le noyau de leur collectif au sein duquel se greffent des collaborations selon les projets.

 

 

 

 

 

Delgado 3.jpgLe travail est axé sur la mise en scène du caractère versatile de l'identité soumise aux multiples modalités de l'être où le mâle pert sa taxinomie suprême. Poussant l’art vers une certaine «dévisagéité» (Beckett), les deux artistes restent néanmoins arrimés au "portrait" en action afin de afin de réanimer le vivant. L’anthropomorphisme subit des «écrasements», des distorsions. Ils donnent au corps presque nu ou chargé en matière une force incontestable pour illustrer divers symptômes. Les deux créateurs ne font pas dans le sensationnalisme ou l’émouvant. Ils brûlent les artefacts pour atteindre le bloc d'inconnu rarement mis à nu avec une telle présence là où des "déformations" évoquent ce qui se cache derrière. Elles mettent à jour un autre fonctionnement de l'art pour toucher des régions secrètes essentielles de qui nous sommes à travers le "jeu" plurivoque. Il passe aussi par l'installation et la musique comme cela sera proposé au CCS puis à Lausanne.

Jean-Paul Gavard-Perret