gruyeresuisse

02/10/2017

Le Paris Texas de Kourntey Roy

Courtney.jpgQuittant un humour qui lui est cher mais poursuivant ses fantasmagories hollywoodiennes où se mixent les réalisations technicolors des années 50-60 à un univers lynchéen, Kourntey Roy reste une photographe majeure de l’époque dans sa nouvelle série « Sorry, No Vacancy ».

Ses œuvres mêlent l’hyperréalisme au rêve. Et c’est pourquoi son Texas n’est pas loin de celui de Wim Wenders. La femme n’y est pas mieux traitée même si ici elle est victime d’une cause qui n’est pas forcément psychologique. Ne serait-elle pas prisonnière des images qui la mangent comme elles démangent celle qui en est à la fois la créatrice et le sujet ?

Courtney 3.jpgLouvoie toujours une forme de volupté traitée selon un naturalisme particulier et pluriel : la complexion charnelle se double d’un rempart de textiles réduits ou entrouvert. L’éros est voyant mais juste ce qu’il faut. Tout maraude en clichés précis et précieux là où la ruine et l’aridité deviennent les symboles d’un monde en bordure du cauchemar plus que du rêve même si chaque prise est une inflorescence en bordure d’un désert d’ennui.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/09/2017

Miranda Tacchia : ce qu’il en est de l’amour – ou presque

Miranda Tacchia.jpgMiranda Tacchia est une artiste et illustratrice de Los Angeles capable de réviser astucieusement certains poncifs masculins. Elle a travaillé pour Disney, Cartoon Network and Nickelodeon et est devenue désormais une star sur Instragram où elle fait preuve de ton son talent en ses manuels de dérision. Elle y scénarise des scènes de vie intime (ou non) en travaillant désormais de manière « artisanale» avec de l’encre et du papier plus qu’avec les outils numériques. Miranda Tacchia 3.jpgElle opère surtout en se concentrant sur les visages : ils trouvent chez elle une expressivité particulière des plus drôles. Elle en dit beaucoup sur les émotions féminines (mais pas seulement : des amants transis n’en mènent pas large…) souvent déceptives lorsque l’attente reste sur une faim qui n’a guère de chance d’être comblée.

Miranda Tacchia 2.jpgLes décors sont effacés au profit des corps en situations. Parfois brûlantes certes mais où le ratage est souvent au rendez-vous des rendez-vous. La dramaturgie est résumée en quelques traits et masses de couleurs. Elle dit le maximum avec un minimum de détails. C’est souvent aussi dramatique que désopilant. Les princesses d’amour sont – dit l’artiste – dessinée d’après son propre vécu sexuel ou simplement existentiel Se souvenant de ce qu’un adulte lui avait dit lorsqu’elle était gamine : « Miranda tu rendras parfois les hommes misérables » elle semble respecter cette prédiction. La plasticienne nourrit souvent ses dessins pour amuser les voyeurs qui ne voudraient pas se retrouver à la place des amants plus ou moins déchus. L’ironie est des plus corrosive.

Miranda Tecchia 4.jpgCette manière de voir le monde mobilise une bonne dose de poésie. Refusant toute pose l’artiste ouvre les portes de l’intime sans pour autant que le voyeurisme s’installe. Se touche l’origine de certains échecs là où il ne s’agit pas de faire avaler les alouettes à la Courbet par courbettes. L’artiste broie les postures. Une poésie des plus simples suit son cours. Et lorsque les caresses demeurent lettres mortes, le retour à l’envoyeur est immédiat ou presque. Exit le coup du charme. Ici les prétendus exploits des mâles et l’ambition de certaines femmes au mieux agacent. Au pire, ils sont tenus pour ce qu’ils proposent : d’impensables pensums.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/09/2017

Rania Matar : résistances

Rania Matar2.jpgRania Matar photographie des adolescentes sans qu’elle puisse être soupçonnée de la moindre équivoque. Dans un milieu arabe il s’agit néanmoins d’un acte de quasi résistance. Mais par ailleurs la créatrice est fascinée par cet âge de formation. Les filles qu’elle photographie au Liban possèdent l’âge des siennes. Elle a d’ailleurs saisi ces dernières dans ses séries « A Girl and Her Room » et « L'Enfant-Femme ».

 

Rania Matar.jpgEn une approche d’essence autobiographique, l’artiste crée des narrations différentielles pour monter combien la féminité est semblable dans les diverses cultures. Elle suggère la vulnérabilité, la fragilité, les doutes et la beauté de l’adolescence sans frontière et transforme la représentation des femmes du Moyen-Orient loin des « visions orientalistes enracinées dans l'inconscient collectif de l'Ouest » d’autant que « les problèmes dominants entourant les conflits, la guerre ou les femmes couvertes par les hijabs continuent de valider les stéréotypes »

Rania Matar 3.jpgLe Liban lui permet par ailleurs de traverser diverses communautés religieuses et économiques. Libanaise, américaine et palestinienne, la photographe donne une vision panoramique de son pays d’origine sans oublier les réfugiés palestiniens souvent ignorée et qui vivent dans des camps. Leurs filles d’une quatrième génération d’exclus est comparables aux filles plus favorisées. Plus qu’une autre l’artiste est sensible au langage du corps et du vêtement. Néanmoins existe dans ce travail un respect et une ode à l’être loin de tout effet de charme factice et racoleur : c’est pourquoi le seul ordre que l’artiste donne à ses modèles est de ne pas sourire. Par ce biais Rania Matar semble atteindre le cœur des personnages dont la photographie prolonge la pulsation.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’œuvre de l’artiste est actuellement visible entre autre à la « Biennale des photographes du monde arabe contemporain » de Paris du 13 septembre au 12 novembre 2017.