gruyeresuisse

07/02/2018

Wing Shya : Hong Kong Delire

Wing-Shy.jpgObscènes et pudiques, réalistes mais merveilleuses, les œuvres de Wing Shya réinvente un Hong Kong où précise l’artiste « la désolation de la condition humaine se lit comme une lettre d’amour en technicolor à la ville qui l’a élevé. » L’univers devient une dystopie épique et dérisoire. Des temps primitifs rejoignent une apocalypse pour demain. Tout joue entre étouffement et clarté, obscurité et espoir selon une narration intimiste et générale.

 

Wing-Shya 2.jpgLe photographe a commencé comme photographe de plateau sur les tournages des épopées du réalisateur Wong Kar-Wai. En suite « logique » la conception de chaque prise et composition rappelle un imaginaire cinématographique où la fantaisie jouxte le réalisme et où la célébration de l’apparence se mêle à celle de sa ruine.

Wing-Shya 3.jpgL’évocation de l’indicible est pigmenté de lumières signalétiques en gribouillages. Ils  accentuent les mises en abîme. L’imaginaire évocatoire ouvre l'espace pour laisser poindre un monde ou un non-lieu. Ce qui demeure de l’être est de l’ordre de la perte en des farces presque obscènes : l’être n’y voit plus le jour ou de plus en plus mal. Mais la fascination tient à cette révélation nocturne.

Jean-Paul Gavard-Perret

Wing Shya, "Sweet Sorrow", Blue Lotus Gallery, Hong Kong, Chine

05/02/2018

La beauté des lignes au musée de l’Elysée de Lausanne

Lausanne1.jpgLa nouvelle exposition du Musée de l’Elysée offre un panorama de l’histoire de la photographie au travers de l’impressionnante collection de Sondra Gilman et Celso Gonzalez-Falla. Les deux collectionneurs ont toujours été guidés par une approche précise de la photographie : le goût des lignes et du formalisme. Cela permet de mettre en exergue la qualité d’un art dont le mérite n’est pas seulement la représentation mais la re-présentation.

Lausanne2.jpgCuratée par Tatyana Franck et Pauline Martin, directrice et conservatrice du Musée du lieu, l’exposition permettra à beaucoup de découvrir un aspect moins connu de la photographie à travers les plus grands noms de l’histoire du médium. A l’illusion mimétique de la réalité fait place l’originalité d’un langage divisé ici judicieusement en trois plans : lignes droites, lignes courbes et abstractions.

 

Lausanne3.jpgCartier-Bresson, Bérénice Abbott, Eugène Atget, Robert Adams, Walker Evans, Rineke Dijkstra, Man Ray, Lee Friedlander, Stéphane Couturier prouvent une infinie variété de champs et de chants en une vision kaléidoscopique d’œuvre parfois empreintes d’érotisme et parfois proches de l’abstraction qui révèlent le « langage obligé » d’un tel art.

Jean-Paul Gavard-Perret

« La Beauté des lignes. La collection Gilman et Gonzalez-Falla au Musée de l’Elysée », Lausanne, 2018.

04/02/2018

Marcelo Brodsky : Souvenirs des/illusions

Brodsky 1.jpgMarcelo Brodsky, « 1968 : El fuego de las ideas», Kinoallee Kosmos Zurich, du 6 février au 15 mai 2018.

L’artiste argentin Marcelo Brodsky propose un travail plastique sur les idées de l’année 1968. Cette période a permis de réviser les relations au pouvoir et l’idée « d’interdire l’interdit ». Ce fut aussi l’ouverture de la liberté sexuelle. En 1968 l’Argentin n’avait que 13 ans et vivait en Argentine. Mais son père était à Paris en mai 1968 et l’artiste s’est intéressé plus tard à cette époque, en lisant des livres sur un mouvement global. Pour l’artiste celui-ci a marqué plusieurs générations et, 50 ans après,  reste novateur.

Brodsky 3.jpgIl a donc décidé de procéder un travail de compilation et de recherche d’archives de 68 partout dans le monde. Il a retenu 40 images de 28 pays différents d’Australie en Argentine, de France à l’Angleterre et aux Etats-Unis par exemple. L’artiste n’a pas récupéré des images sur Internet : il les a demandées aux photographes ou leurs agents. En haute résolution elles permettent « d’avoir du détail et dans le détail ». S’y découvre un flot d’informations qui évoque une histoire collective. Brodksy modifie les images en noir et blanc en ajoutant des couleurs et les centrant sur ce qui l’intéresse le plus. Il souligne des phrases des pancartes et parfois en rajoute. Le tout afin que chaque image devienne une œuvre d’art au sens plein du terme.

Brodsky 2.jpgL’artiste ouvre là une année de commémoration. Tient-elle de la nostalgie? Sans doute. Mais pour Brodsky ce travail est nécessaire. D’autant - qu’à tord ou à raison - il estime que « la photographie est indépendante par rapport au temps. Je laisse le choix au spectateur de décider lui-même si ces photos ont 50 ans ou si elles sont toujours actuelles ». Certes les problématiques n’ont peut-être guère changé mais reste à se demander si de telles images revisitées parlent encore. Et de quoi ?

Jean-Paul Gavard-Perret