gruyeresuisse

17/02/2021

Paul-Armand Gette : ce que "ça" cache

Gette.jpgPaul Armand Gette en sait beaucoup sur la bêtise des censeurs qui en art (et pas seulement) privent les femmes de leur sexe.  Celui proposé par Houdon fut estimé trop naturaliste, donc rebouché et comblé par des tiges de bronze en réponse au système des monothéismes qui ne cessent de réduire les femmes en les culpabilisant.
 
Gette 2.jpgCertes les voyeurs affectent d'apprécier la beauté du corps des sylphides, mais leur sexe de même que ses menstrues restent des signes d'impureté et à ce titre suspendus et cachés. L'artiste a monté toute son oeuvre comme - écrit-il - "protestation contre ces idées et un appel à la liberté".  Si bien que ce livre est d'abord un hommage envers les artistes qui ont bravé cet interdit de Houdon à Rodin, de Courbet à Duchamp.
 
Gette 3.jpgMais il est aussi l'histoire du suspens d'un tel sinistre. Le tout en cherchant à faire sourire mais en rappelant surtout que les femmes ne peuvent être réduites à leur sexe. Toutefois il convient de leur redonner ce que les religions leur ont confisqué. Que ces dessins ne soient pas encadrés n'a rien de fortuit.  Ils demeurent suspendus à un fil. Celui-ci assure un "string" déplacé aux peintures "pariétales"  qui rappellent ce qui fut jusque là trop occultée et que Paul-Armand Gette fait bouger.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Paul-Armand Gette, "Dessins suspendus", Al Dante coll. "Sauvage; Presses du réel, Paris.

16/02/2021

De Bâle à Paris - Jean Tinguely

Tinguely bon.jpg"Impasse Ronsin. Meurtre, amour et art au coeur de Paris", Museum Tinguely, jusqu'au 9 mai 2021
 
Dans l'oasis de l’impasse Ronsin, au milieu du quartier Montparnasse de Paris, qui regroupait  une colonie d’artistes uniques, fut connue comme un lieu de fête, d’innovation, de création. Jean Tinguely y a eu son premier atelier, à partir de 1955. Il y jeta les bases de toute son œuvre, ses premières sculptures en fil de fer motorisé comme les "Meta-Herbins" et ses sculptures sonores cinétiques comme "Mes étoiles". Il y collabora avec Yves Klein et y rencontra Niki de Saint Phalle. Il s'y sépare d’Eva Aeppli, qui avait déménagé avec lui de Suisse à Paris en 1952.
 
Tinguely.jpgAvec «Impasse Ronsin. Meurtre, amour et art au cœur de Paris », le Musée Tinguely consacre la première exposition à ce réseau insolite qui faisait souvent la une des journaux. S'y redécouvrent   plus de 200 œuvres d’artistes divers :  Constantin Brancusi, Max Ernst, Marta Minujin, Eva Aeppli, Niki de Saint Phalle, Larry Rivers, Andre Almo Del Debbio et Alfred Laliberte. Le plan de l’exposition est basé sur le plan architectural d'une telle colonie non pénitencière et creuset d'un art cosmopolite.
 
Tinguely 2.jpgL’impasse Ronsin est connue aussi en tant que théâtre de l’Affaire Steinheil, mystérieux crime passionnel. Le double meurtre, commis en 1908 dans le seul grand bâtiment formel de l’impasse. Il créa des liens avec une histoire salace sur la mort du président français Félix Faure près d’une décennie plus tôt et alimente toujours la légende de l’impasse. Cet espace d’ateliers prit fin en 1971 avec le départ du dernier artiste, le sculpteur Andre Almo Del Debbio, laissant la place à la construction d'une extension de l’hôpital Necker adjacent. L’exposition du Musée Tinguely vise à refléter cette diversité d'un  lieu souvent décrit comme minable, sale et précaire, mais qui offrait aussi la liberté totale aux artistes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

12/02/2021

Laps et ellipses : Diana Michener

DIANA.jpgDiana Michener  ne cherche pas à défaire le monde mais à le rassembler en une extase libidinale qui offre toute consolation possible. Quelle soit mystique ou animale qu'importe. Mais l'artiste cherche à  transcender l’inévitable prégnance physique de l’acte sexuel, tendre ou violent, pour atteindre ce qu'elle appelle "le lieu de communion… l’inconnu, le cosmique"., Elle avait d’abord envisagé de représenter des modèles vivants pour ce livre. Mais elle a préféré photographier des images fixes de films pornographiques.

 
diana2.jpgL'hyperréalisme le plus plat du genre s'est transformé par les réinterprétations et révisions de la photographe dans les images en noir et blanc où les formes à peine reconnaissables deviennent néanmoins plus suggestives. Simplifiée et flouté, graphique et impressionniste, le réel est ouvert à une transe et une transformation. Restent des moments de sursis et d'acmé, dans le seul tempo des formes saisies parfois dans une prostration sourde parfois dans leur envol.
 
dIANA3.jpgExistent par la musique du silence de la photographie des cris et chuchotements que l'Imaginaire de la créatrice produit à travers la « disparition » de protagonistes dont il ne reste  que des fragments . Ils ouvrent une zone - dans l'esprit ou plutôt  dans l’émotion - qui ne peut être atteinte que par la photographie. La femme y est centre et absence.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
Diana Michener, "Twenty-eight Figure Studies", Steidl, NewYork, 2021, 60 p.  35,00 $ US / 30,00 €