gruyeresuisse

05/11/2017

Blaise Cendrars tel quel

Cendrars lettres.jpgBlaise Cendrars, Jacques-Henry Lévesque, « 1922-11959 – Et maintenant veillez au grain », Editions Zoé, Genève, 2017.

Jacques-Henry Lévesque était le fils d'un couple d'amis proches de Cendrars. Il fut éditeur, amateur éclairé de jazz, fondateur de la revue "Orbes". Installé aux États-Unis à partir de 1946, il est à l'origine de multiples enregistrements de poésie française, d'anthologies et de traductions. Il doit beaucoup à Cendrars. La réciproque est vraie. Passant du jeune éperdu d'admiration devant le poète bourlingueur il en devint le disciple; le secrétaire d'édition, homme de confiance, le fils d'élection, lecteur, puis le régulateur et le juge de l'œuvre de Cendrars. Et celui-ci se fia lui.

Cendrars lettres bon 4.jpgLeur correspondance considérable est une suite de confidences intimes. Mais c’est aussi une vue précise sur l'élaboration des œuvres de Cendrars. Entièrement revue, cette nouvelle édition s'enrichit des lettres retrouvées et des apports du fonds Cendrars. S'y dévoilent - par delà les récits autobiographiques de l’auteur et ses fictions - le mal de vivre et les vertiges d’abîme, l’attraction mystique, la rage et la désespérance (lors de la Seconde Guerre mondiale qui rappelle à l’auteur de vieilles terreurs), l’exaltation de la création et la réaffirmation de la vie qui font la puissance de l’œuvre de Cendrars.

Cendras lettresbon 3.jpgExceptionnelle, du fait du lien capital qui unit ses deux protagonistes, cette correspondance noue les liens entre l’Histoire, l’amour et l’écriture. La destinée singulière de Cendrars se mêle à la rumeur du monde, sa vie au jour le jour aux affres de la création. Les lettres en offrent, sur le mode intimiste, quelques clés essentielles.

Jean-Paul Gavard-Perret
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04/11/2017

Doubles jeux de Mathias Piñeiro

Piniero.jpgLe cinéaste argentin Matías Piñeiro en dix ans a déjà réalisé une série imposante de films qui oscillent entre création artistique et expérimentation formelle. Ils sont tirés de classiques de la littérature : de Domingo Faustino Sarmiento (humaniste du XIXe siècle et président de l’Argentine) aux pièces de William Shakespeare (avec la série « Las Shakespeariadas »).

Pineiro 2.jpgCes œuvres ne sont en rien de simples adaptations mais ce que leur auteur nomme des « variations », « extensions », « profanations », « contaminations » ou « désacralisations » des textes de bases mis en situation contemporaine. Matías Piñeiro mixe les langages du théâtre, de la littérature et du cinéma : l’art, la musique, l’amour et le jeu des acteurs s’imbriquent dans une harmonie labyrinthique.

Pineiro 3.jpgChaque film devient un défi et une déclinaison. L’artiste choisit une œuvre pour la développer comme épreuve du temps et dans le refus d’un maniérisme trop léché. A l’emphase l’Argentin préfère la retenue, l’humour discret et, au procédé narratif, le champ de fouille de destins dans un langage volontairement décalé. Ce glissement habile, impertinent, surprenant mais léger n’empêche en rien l’émotion – bien au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Matias Piñeiro, « Pour l’amour du jeu », Le Jeu de Paume, Paris, du 7 novembre au 21 novembre 2017

31/10/2017

Peter Knapp : ivresse cinétique et chorégraphique

Knapp.jpgEn 1966 Peter Knapp abandonne définitivement la peinture pour la photographie. Elle répond bien mieux à ses intensions. Mais son aventure avec le médium commence avec Hélène Lazareff dès 1959. La directrice de presse reprend le nouveau magazine « Femina ». Elle offre à l’artiste la direction artistique de ce qui devient « Elle ». Mais le Suisse reste familier d’autres publications ("Stern", "Sunday Times", "Vogue") où il publie aussi ses photo de mode avec succès avant d’aborder le cinéma et la télévision puis de revenir à la photographie en plasticien pour Peter Klasen, Andy Warhol et Robert Rauschenberg au sein de l'exposition «les peintres photographes» d'Arles.

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Soutenu par Pierre Restany, il est l'un des premiers artistes à exposer des photographies en couleurs et de grande taille dans les galeries. Son style se caractérise par une grande rigueur graphique dans l’esprit du Bauhaus hérité de ses études d’art à Zurich. Les formes à la fois se cristallisent et se dénouent pour donner une intensité picturale et vitale aux images. Knapp ne cesse de les défaire et de les recomposer.

 

 

Knapp 3.pngLa ligne et le géométrisme restent majeurs dans ses structures plastiques. Et il aime parler de son médium sous l’acception « Photo & Graphique ». Toujours à la recherche de la simplification il édulcore astucieusement le volume et la perspective. A la recherche du moindre ses photographies noir et blanc pour Courrèges comme ses scénographies colorées pour Montana demeurent des musts qu’une telle exposition remet à l’honneur. Knapp a ouvert bien des chemins là où les modèles semblent perdre pied et lâcher prise dan une féerie jubilatoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Knapp, "Quand la photographie de mode devient Art", Galerie Berthet-Aittouarès, 2 au 19 novembre 2017.