gruyeresuisse

02/05/2019

Roses pourpres de Rome et d'ailleurs en noir et blanc - Paolo di Paolo.

Di Paolo Anna Magnani.jpgLe  livre de Paolo di Paolo permet de retrouver une des photographes portraitistes majeurs. Quoique a priori engagé par divers revues au fil des ans pour ses capacités de reportage, ses oeuvres ne sont pas documentaristes mais de réelles oeuvres d'art. Le monde des stars n'est en rien "paparazzé". Anna Magnani s'y abandonne à la vue de son toutou pas snob.

Di Paolo Pound.jpg

Paolo di Paolo a donc offert un univers magique : Gloria Swanson amoureuse y est saisie en torsion dans un jardin romain, Marcello Mastroianni reste songeur devant une tasse de café semble lorsqu'il est visité par une cascade de lumière. Ezra Pound sort pour quelques instants de sa cachette. Quant à Pasolini l'auteur en donne le portrait le plus significatif là où le désir et le tragique jouent à fond.

 

 

 

Di Paolo 3.jpgPhotographe de la lumière plus que de l'éclairage, Paolo di Paolo a saisi Pasolini dans un coin de l'image regardant un garçon dans l'autre angle sur la colline de Monte Dei Croci. Entre les deux Rome semble une ville ouverte ou un abîme. L'image est mystérieuse - aussi physique que spirituelle. La solitude y règne comme souvent chez le photographe sauf lorsque Giuletta Massina et Fellini s'embrassent.

 

Jean -Paul Gavard-Perret

27/04/2019

Lisetta Carmi de Gênes à Genève

carmi 2.jpgLisetta Carmi, "Séries photographiques", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 3 mai au 16 juin 2019. Puis du 21 juin au 25 aout 2019 (
Project Space, 4e étage ).

Lisetta Carmi est née à Gênes dans une famille bourgeoise juive. Après des études avancées de piano, et sous l'effet des mouvements politiques italiens, elle s'engage dans la lutte sociale et renonce à son métier de concertiste.Parallèlement elle commence à photographier en autodidacte. Elle réalise entre autres des clichés d'ouvriers du port de Gênes et de ses zones industrielles ou encore le célèbre cimetière de Staglieno.

Carmi.pngElle découvre ensuite le monde des travestis qu'elle fréquente pendant 5 ans à la fin des années 60. Aleur côté elle découvre sa réelle identité sociale : « Je savais que je ne voulais pas me marier et je refusais le rôle que la société assignait aux femmes. Mon expérience avec les travestis m'a fait réfléchir au droit que nous avons tous à déterminer notre identité ». Elle monte une série de portraits de ces "Travestiti" qui devient le premier livre sur ce milieu. Il fit scandale mais est devenu un classique. Plus tard elle parvient en quelques minutes à prendre une vingtaine de portraits d'Ezra Pound qu'elle rêvait de rencontrer mais qui ne fait que lui entrouvrir sa porte. Elle créera encore une série de clichés en Sicile, avant d'être séduite par le spiritualité hindoue de fonder un ashram en Italie et de renoncer à la photographie.

Carmi 3.pngL'image chez elle s'introduit dans les failles du réel pour empêcher tout barrage à l'eau dormante comme à l'eau bouillonnante. Existe une certaine solitude dans cette mise en miroir de celui des apparences. Chaque œuvre de Lisetta Carmi devient un roman, un cinéma muet. Exit les dialogues de cire et de circonstance. Si bien qu’à sa manière l’œuvre reste toujours "militante". Elle apprend à rouvrir les yeux, à ne pas se contenter de jouir des apparences. L'image sort de la simple exhibition en un expressionnisme distancié. Il joue sur un rendu simultané de diverses facettes intimes et publiques. Elles ne se remodèlent pas selon nature : elles s’enrichissent par superposition de strates.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/04/2019

Les introspections aimantées de Robert Seguineau

Seguineau.jpgRemettant en question l'approche de la sculpture Robert Seguineau en a multiplé les prises pour aller du classicisme convenu à une liberté d'interprétation en passant à l'abstraction comme à la symbolique minimaliste la plus prégnante. Une de ses plus belles oeuvres reste sans doute sa médaille au sein de laquelle d'un côté se découvre une oreille, de l'autre une bouche afin de rappeler de manière la plus simple la problématique humaine et la communication.

 

Seguineau 2.jpgEt c’est sans doute parce qu'il ne peut pas accéder à tous les secrets qu'il a créé une telle pièce. Plus généralement l'oeuvre devient pour lui un moyen d'offrir une émotion qui n'a rien de façade mais de profondeur d'âme dans l'esprit du Tao. Chaque réalisation devient un visage non seulement de l'être mais du monde.

 

 

 

Seguineau 3.jpgLa sculpture se fait mémoire, se fait trace de ce que l'impression vécue mais aussi l'expérience humaine laissent en elle. Existe toujours un travail rigoriste en des évocations "orphelines" proches du silence où la vie demeure présente même si se perçoivent des gouffres sous l'apparence. Contre le désastre croissant de l'imaginaire l’artiste provoque une présence qui donne un profil particulier au temps dont le disque devient un sorte de modèle.

Jean-Paul Gavard-Perret