gruyeresuisse

12/07/2019

Miguel Brush : le rempart des illusions

Brush.jpgAu nord-ouest de l’Angleterre, Blackpool est l’une des stations balnéaires les plus fréquentées du Royaume-Uni. Mais on est loin de la fausse candeur de Brigthon. Certes ici aussi les touristes mais la situation économique et sociale de la ville demeure difficile. De nombreux hotels se dégradent et toxicomanie et chômage perdurent.

 

 

 

Brush 3.jpgNéanmoins la ville tente de sauver les illusions. Mais leur contraire n'est jamais loin même si sédentaires ou passagers tentent de s'échapper l'espace d'un temps de leur existence dans ce qui reste malgré tout un lieu de réjouissance ou de plaisirs aux frontières troubles.

 

 

 

 

 

Brush 2.jpgAnnonçant des défaites individuelles ou collectives, la ville tente de se rebiffer. Miguel Brush le montre sans fictionner ou moraliser. Il propose une vision cruelle mais que la beauté des portraits sauve de l'abîme tant que faire se peut.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Miguel Brush, "The Black Pool", Fotohaus / Paris Berlin, Arles, du 30 juin au 31 juillet 2019

10/07/2019

Fur Aphrodite : contre toute attente - voire plus.

Aphrodite.jpgEn Arles Fur Aphrodite expose quelques unes de ses photomatons "Toutes les femmes de ta vie", les "Puzzle-Marquise De Sage" où les pièces représentant le sexe de l'artiste sont manquantes et ont été réduites en papier mâché pour faire un suppositoire livré dans le coffret (avec sa notice...), la photographie "l'Oeil" de sa Série Marquise et quelques un de ses tickets à gratter "Le Minou De l'Artiste".

Aphrodite 2.jpgTout bien sûr sent le soufre (enfin c'est une façon de parler). L'artiste ose un radicalisme à divers miroitements, jeux spectraux mais aussi des de faces à faces où le marbre de l'identité n'est pas brisé : il est déplacé là où "ça" respire et où la morale hypocrite est concassée. L'artiste devient son propre avatar afin de brouiller les partitions admises entre épissures, diffractions et rapts.

Aphrodite 3.jpgCe travail reste un des rares à être irrécupérables (un peu comme - mais avec d'autres montrages - que celui de Deborah De Robertis). Existent des trous entre les notes des harmonies classiques. Il s'agit de toucher la pulpe afin de faire surgir de la chair "brute" en divers types de vibrations. Elles modifient l'érotisme ou la pornographie. L'artiste se l'approprie : il n'est plus celui ou celle des autres mais le sien. Elle en joue dans un art poétique où le "ça" n'est en rien une simple vue de l'esprit mais un réalisme neuf et pulsé - et pour certain(e) dissonant. L'artiste devient l'oiseau qui sautille sur des notes d'un dedans que les images creusent. Elles  montent de la basse à l'aigu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Fur Aphrodite, Exposition, Galerie L'Impromptu, Arles, du 13 au 20 juillet 2019.

 

08/07/2019

Sketchpad : extension du domaine des images

Sketchap bon.png"SKETCHPAD - Quand nos enfants seront adultes". Topographie de l'art", Paris, du 4 au 27 juillet 2019.

Sketchpad est à l'origine un programme informatique écrit en 1963 pour ouvrir les images. A travers ce titre Barbara Polla et Nicolas Etchenagucia, exposent des artistes choisis à dessein, après avoir présenté certains d’entre eux à Analix Forever (Genève) . Elles et ils créent des essais et des suites de romans visuels bergsoniens du futur. La mémoire volontaire ou non du futur s'y fomente. Il s'agit en fait d'études aussi critiques que visuelles en de "moving images" porteuses d’émotion. Mais quand nos enfants seront adultes, l’évolution des technologies sera telle que le champ de créativité reste un abîme. Ce qui n'empêche pas aux artistes invités de le "combler", et ce,  de la technique la plus simple (le dessin) aux plus sophistiquées.

Sketchap 3.jpgAndreas Angelikadis propose ses cités utopiques et Yves Netzhammer y poursuit aussi ses figurations tandis que Julien Serve se moque de nos complaisances envers ces miroirs magiques que sont devenus nos selfies. Miltos Matenas lui emboîte le pas mais en proposant des fils rouges à l'Internet. Charalambos Margaratis se "replie" sur le fusain pour créer de nouvelles donnes aux masses volumiques tandis que Mounir Fatmi tend ses mandalas hors fixations. Ils deviennent des cordons ombilicaux d'un nouveau genre tandis qu'Eva Magyarosi et Ayce Kartal ramènent à un sortilège de la présence et à un retour à l'enfance (de l'art et de l'existence).

Sketchap.pngCe kaléidoscope crée une architecture des images qui - du fameux "Théâtre Optique" d’Emile Reynaud (1892) à la joie de "faire illusion" du Robot Drafstman - propose des prospectives et des extensions au domaine de l'image. Preuve que tout Sketchpad et quelle qu'en soit la nature, en son essence même, ne se limite pas aux êtres et objets relevant typiquement de la signification commune du quotidien. S'instaure une mythologie où se recensent par avance des situations insolites et des centres de gravités inconnus.

Jean-Paul Gavard-Perret