gruyeresuisse

16/01/2018

Osamu Yokonami : histoires d’eau. Ou presque

Mizugi 3.jpgRenversant la vision des femmes Osamu Yokonami en module la présence. Rebelle aux belles de cas d’X, il ne souscrit pas à la religion communicationnelle en usage. La femme n’est plus aliénée à l’exhibition. Vues de dos - leurs postérieurs parfois maculés de boue ou de sable , ses naïades en uniforme se livrent à un jeu chorale. Il laisse le regardeur perplexe au sein de ce qui reste des hypothèses vagues.

Mizugi 2.jpgLes baigneuses habillées – ou dévêtues – à l’identique, jouent sans se préoccuper de leur image. Nul ne sait si leur cœur bat et pas question de tirer une quelconque psychologie de telles prises. L’essence (des femmes) et le sens (du travail) demeurent un mystère qui ne peut se déflorer.

Mizugi.jpgTout ce qui peut s’en dire est qu’il paraît léger. Osamu Yokonami se contente d’effleurer la surface plutôt que de sombrer dans les profondeurs abyssales de la mécanique des corps. L’artiste ne veut que continuer de s’émouvoir de la qualité inénarrable des corps à la frontière d’histoires d’eau.

Jean-Paul Gavard-Perret

Osamu Yokonami, « Mizugi », coll. "Seasons Series", Libraryman Editions, 35 E.

 

14:15 Publié dans Culture, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

06/01/2018

James Mc Craken Jr. : des histoires de regards

James mc. Craken Jr.jpgL’œuvre de James Mc Craken Jr. Est une histoire de regard. Et d’attention à l’autre. Et selon une méthode que les mots ne pourraient donner. Ils voudraient pourtant bien le faire mais cela leur échappe définitivement. C’est pourquoi parfois la photographie est nécessaire. Au moment où par un regard le monde forain devient notre. D’en haut, de face ou d’en bas. En contre-plongée, là où une femme sort nue sur un balcon, où des adolescentes tuent le temps, où une famille s’anime en un grand espace en bataille.

James mc. Craken jr 2.jpgLe regard de James Mc Craken Jr. intime l’ordre du désordre. Il ordonne un « Défais tes liens » au moment où tout reste dans une précision de l’ordre de l’insaisissable. Par le noir et blanc tout est et chair. Et le réelle plus trivial prend une dimension poétique plus douce, attentive que brûlante.

James mc. Craken Jr. 3.jpgIl existe là la puissance d’une lumière sombre entre consistance et abandon qui trouble et illumine le réel. Preuve que la photographie est une histoire de regard que l’on ne peut exprimer autrement. Une histoire sans récit (ou trop). Un regard sans frontières. Un regard infini. Au sein même du réel et du cadre le plus humble.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14:28 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

04/01/2018

Ren Hang ou le recours de la volupté

Hang 2.jpgSelon Cicéron les choses dont on se souvient le mieux sont les choses dites « honteuses ». Il ajoute qu’on utiliserait toujours avec profit les images libidineuses pour stimuler la mémoire. Preuve peut-être qu’elle n’existe pas sans fantasmes…

 

 

Hang.jpgIconoclaste à souhait, Ren Hang se fait donc orateur grecque tout en transformant les images de nudité. Par l’assemblage, la torsion et la disposition des corps il crée une véritable écriture. Il y a là des calembours visuels, des condensations immobiles. Le pathétique cède toujours la place à un certain comique en de telles fresques photographiques.

Hang 3.jpg

 

Ren Hang préfère l’épicurisme au stoïcisme. Il reste étranger à toutes violences si ce n’est celle - provocatrice - de ses mises en scène. Il remise l’ego au profit cosmos d’une libido sexuelle qui flotte sans jamais se retourner contre elle-même. La physique tient lieu de métaphysique et devient la thérapie d’un monde cruel auquel le photographe ajoutent des farces primesautières.

Hang 4.png

 

 

Le plaisir est ici sans risque et ignore presque toujours l’angoisse. Il dérive de lui-même et sa qualité suprême ne se limite pas seulement à l’absence de douleur. Si bien que la volupté reste la seule sensation que Ren Hang divinise. Elle procure au corps une sensation supérieure de soi quels que soient le genre et le nombre des partenaires. D’où ces suites de bouquets qui sont toujours à reconstituer en accords et raccords.

Jean-Paul Gavard-Perret