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23/04/2018

Laure Gonthier la généreuse

Laure Gonthier.jpgLaure Gonthier, « Le Cadavre Exquis », à L-imprimerie, Lausanne, 4,5,6 mai 2018.

L’année dernière Laure Gonthier a accueilli dans son nouvel espace de travail au Séchey les 15 artistes de « L-imprimerie » pour participer à un cadavre exquis. Chacun(e) a créé une photographie, un dessin, une sculpture ou un texte inspirés par l'indice de l'artiste qui le précédait. La créatrice présente ce projet collectif. Apparaissent divers réseaux de veines et de racines. Certaines montent vers le ciel, d’autres s’enfoncent vers le sol mais pas forcément celles qu’on croit. Tout devient empreintes de corps ou de végétaux obscurs présentés dans divers changements d’échelles. Souvent les images créent le renversement d’une géométrie euclidienne pour déplacer les marges et les ordres de marche.

Gonthier bon.jpgLes œuvres sous leurs différents aspects retiennent un paquet de la force vitale par les empreintes rhizomatiques qui les innervent. De tels travaux produisent des écarts. Ils font jaillir un bouquet éclatant. Soudain une forêt explose de ridules ou de masses plus compactes. L’art devient aussi une aventure humaine, un arbre de vie, l'énigme, la mesure infinie du lien et du liant. Cette approche refuse l’empreinte trompeuse du « muséable ». Laure Gonthier la remplace par d’autres ruses. L’art s’ouvre et se place au centre d’un désir de voir, de découvrir, d’éprouver ce qui se passe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/04/2018

Du mouvement qui déplace les lignes : Matt Mignanelli

Mignanelli.jpgMatt Mignanelli, « Power Dynamics », Dubner Modern, Lausanne, du 26 avril au 9 juin 2018.

Né en 1983, d’origine italienne, Matt Mignanelli vit à Brooklyn et expose dans le monde entier. Il est invité pour la deuxième fois dans la galerie lausannoise. Entre sa première présentation (2013) et celle-ci le travail du peintre a évolué. Sa nouvelle série semble posséder un titre énigmatique pour ceux qui visitent l’exposition. Ils ne comprennent pas forcément d’emblée comment les « dynamiques du pouvoir » fonctionnent ici.

Mignanelli3.jpgDe fait le pouvoir doit être compris en tant que source d’énergie. Celle-ci passe par des jeux de répétitions de formes géométriques agencées pour créer des rythmes de traits ou de taches. L’artiste « en comparant ces surfaces texturées à l’accumulation irrégulière de peinture sur les balustrades, les boîtes aux lettres et les lampadaires dans un cadre utilitaire, entre encore plus profondément en relation avec l'environnement urbain. »

Mignanelli 2.jpgExiste là tout un jeu de déplacements sur des surfaces où la matérialité même de la peinture est visible. Se mêlent une abstraction géométrique et la « chosification de la peinture » dont parlait Beckett. Se crée contre l’empêchement un mouvement. Il est induit par le travail des structures et des fonds sur lesquels les premiers se démarquent afin que le regard se perdre là où tout se joue entre un certain ordre mais aussi des discordances qui font de cette peinture en échange au sein d’espaces aussi pacifiés que néanmoins inducteurs de forces sourdes.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:19 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

20/04/2018

Celle qui semonce nos siestes - Fabienne Radi

RADI.jpgFabienne Radi, « Peindre des colonnes vertébrales », Editions Sombres Torrents, Rennes , 2018, 68 pages, 8 €, 10 FS

 

Ne s’arrêtant jamais en des voies de si bonnes inconduites Fabienne Radi la sémiologue lémanique prouve que même chez les nudistes qui se montrent « à poils » le dos permet de conserver une certaine tenue. Une nouvelle fois elle propose par un jeu d’apparences des vérités qui plutôt que s’éloigner la queue entre les jambes font retour mais selon divers exercices pudiques.

RADI2.jpgIci - comme l’écrit l’auteure - « On a laissé tomber la jupe et le pantalon mais on garde une certaine tenue, comme si on buvait le thé dans le salon de sa grande tante. C’est l’époque charnière entre le square de l’époque Eisenhower qui vient de se terminer et le cool de la période hippie qui va suivre dans quelques années. » S’instruit donc une histoire du dos à travers des œuvres ou des personnages emblématiques dont l’ensemble reste hétéroclite de W.C. Fields à Valérie Lemercier, de Sophie Calle au bon Dr Spock, de la regrettée Lady jusqu’à Nina Childress.

RADI3.jpgMais Fabienne Radi ne s’arrête pas en si bon chemin : elle explore des questions aussi majeures que farfelues telles que « Faut-il plaindre les enfants stars ? Comment vieillissent les femmes-enfants? Pourquoi tant d’écharpes en lin lors des vernissages ? ». Si bien que le présent historique est ébréché entre poésie discursive et procrastinations farcesques là où le défaut d’habit permet une fluidité ressentie d’emblée comme une architecture.

Jean-Paul Gavard-Perret