gruyeresuisse

04/04/2019

Yves Hänggi : épilogues

Hänggi.jpgYves Hänggi est proche à la fois de l'art brut et du pop art : pas de place pour le blanc du support. Le graphisme (encre, feutre, etc.) remplit l'espace, évoque des vieux songes qui reviennent frais comme des gardons. Mais il met à jour aussi le temps et les pays que l'artiste a rencontré lors de ses voyages. Nul réalisme ici mais une manière d'évoquer ce qu'il pransmet entre tristesse, satiété et mystère.

 

Hanggi 3.jpgLe dessin devient  une suite de zébrures souvent mordantes et toujours décalées. Se distingent des monstres ou des grands damnés là où le noir inscrit des cicatrices de la foudre. La tension semble parfois irrespirable, parfois légèrement plus aérée. Le regard ne cesse de monter de descendre, de piétiner.

 

Hanggi 2.pngCe qui se déplie canarde dans le noir. Celui-ci  reste l'inverse de l'ombre. Les contours permettent de voir ce qui se passe dans les interstices où tout lâche. Les formes deviennent des insectes dont l'artiste anime des conduites forcées en saccades, mouvements, imbrications, intrigues sur la "soie" du support. Hänggi se moque des lois du dessin. Celui-ci devient hors limites. Contre l'étouffement. Pour le retourner de dedans. Et voir ce qui en tombe, chuinte ou se retient. "Bon appétit Messieurs" comme disait Ruy Blas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Yves Hänggi, La Sonette, Lausanne, avrl 2019.

08:47 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

03/04/2019

Contre-attaques de Catherine Bolle

Bolle.jpgCatherine Bolle, "+ - Zéro", Galerie Oblique, du 12 avril au 17 mai 2019.
 
Catherine Bolle poursuit dans son oeuvre une révolution poétique du langage plastique. C'est aussi une évolution formelle où les règles volent en éclat. Mais chez elle la déconstruction va de pair avec des apothéoses originales. Des blocs de vision se recomposent là où le "+- zéro" devient une sorte de clins d'œil.
 
Bolle 3.jpgLe regard du spectateur n'embrasse pas une "scène" restituée par diffraction. Catherine Bolle crée en conséquence une perspective "matérialiste" mais dans un esprit nietzschéen là où des forces antagonistes s'affrontent et où existent néanmoins de lointaines ascendances cosmiques entre fusions et dissonances d'un geste créateur toujours insolent mais sans provocation. Il s'agit "juste" de subvertir les images du "spectacle" pictural.
 
Bolle 2.pngExiste dans toute l'oeuvre une forme de "théorie critique" induite par le "faire" contre toute simple négation et  par affrontements et coupes franches dans un goût de la recherche et de l'étude que Catherine Bolle ne cesse de pratiquer. Tout regard  ne peut que rester en admiration face à un travail d'une telle diversité et ampleur qui embrasse aussi bien l'architecture que le dessin le plus "humble.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

02/04/2019

Patricia Terrapon Leguizamon : revision des poncifs

Terrapon.pngPatricia Terrapon Leguizamon, "Préliminaires", Villa Dutoit, Genève, jusqu'au 30 mars 2019. 

Il n’y a plus accroc dans la soierie des corps que Patricia Terrapon suggère dans une des cérémonies secrètes qui font la force de son travail pour "Prélimaires" et que souligne avec un érotisme puissant le poème de Barbara Polla.

Et si jadis des ogres tirèrent par les pieds les femmes et voulurent malaxer leur terre pure pour y planter leur tente, il ne s'agit plus pour eux de parader devant la grotte espérée en habit d'officiant. L’artiste et la poétesse remplacent les orgues à prières des mâles dont le latin résonnait comme des gazouillis d’oiseaux par temps d’orage et d’opprobre.

Terrapon 3.jpgDes ogres l'artiste ne redoute plus le tonnerre. Elle est sortie d'un théâtre masochiste où elle descendait sur la pointe des pieds. Elle surprend les mâles par tout ce qu'elle offre et bravant l’interdit le plus terrible : être un corps jouissant qui n'est plus au service de l'autre mais de soi-même en un partage volcanique où abondance de "biens" ne nuit pas. Au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret