gruyeresuisse

16/03/2017

Alain Huck : cartes du monde

 

Huck.jpgAlain Huck; “Tout Kurtz ensemble”, Skopia, Genève du 23 mars au 6 mai 2017.

Dans l’oeuvre d’Alain Huck il y a des images cachées derrière les images, des « calques » les uns sur les autres qui permettent d’entrer à différents niveaux dans l’image en fonction de l’imaginaire propre à chacun . L’artiste y met bien sûr quelque chose de personnel, mais les images sont assez ouvertes et aussi fractales pour que les autres puissent y voir autre chose que l’artiste lui- même. Chaque image reste donc énigmatique. Dans sa rencontre avec le regardeur nul ne peut dire si c’est elle qui vient à lui ou l’inverse. Il existe toujours en elle une petite chose là où les formes gardent leur souplesse et où le fond et le premier plan se confondent.

Huck 3.jpgL’objectif est d’arriver à faire une image sans contexte, déparasitée pour que tout concoure à une lecture dans un cadre donné même si la présence de mots pouvait faire penser le contraire. D’où une suite de découvertes là où l’artiste ne propose pas forcément un lien affectif avec ses travaux. Huck applique un jeu sur le flou et le net qui ne sont pas complètement des constats. Il ne donne pas toutes les informations sur l’image. Ce quelle montre est assez objectif mais ce dont elle parle est complètement subjectif. Il y a une ambiguïté, un mystère et le dialogue entre la réalité et ce qu’on imagine. Tout semble venir de partout et de nulle part. Personne mieux que Huck ne peut donc toucher à un univers froid dans lequel surgissent des capacités d'envoûtement. Cette recherche devient ce qu'on peut appeler la didascalie du silence.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/03/2017

C’est grave docteur ? Médecine et poésie.


Varone 2.png« Ma chair médecine », Samedi 18 mars de 19 à 21h,Soirée de lectures poétiques libres proposée par Roxane Varone et Barbara Polla. Avec la participation exceptionnelle de Tatyana Franck (directrice du Musée de l’Elysée) et de Frank Smith et le groupe « Esprerimentoquadro », Cinéma Bellevaux, Lausanne.


Varone.jpgRoxane Varone a trouvé avec Barbara Polla l’alliée idéale pour sa soirée. Médecin (entre autres) elle sait ce que contient l’œuf dur ou mollet du corps, son manque parfois de peau, ses charpies ou son bloc, ses reins, son pelvis cher à Elvis, son visage pâle, ses yeux cernés de cerneaux et les crampes qui parfois le saisissent. Bref elle connaît tout de ses caprices, de ses angoisses notables et de sa faiblesse générale. Et Roxane Varone a collectionné les textes qui prouvent comment la médecine est là pour répondre à de multiples problèmes et questions du type « Que faire de mon mou de ventre ? » même si ce n’est pas la plus importante. Mais la collectionneuse prouve grâce à Barbara Polla que ce n’est pas la « mère « à boire.

varone par Laurent Guiraud.jpegAvec sa géniale génitrice elle a préparé une potion magique d’auteurs plus (im)pertinents sur le sujet qu’on pouvait le penser. Il y aura entre autres Apollinaire,Aragon Bataille, Beckett, Boulgakov, Gandhi, Shelley, Spinoza, Hugo, Quignard, Ronsard, Sully, Frank Smith. Ce dernier sera d’ailleurs là en chair et en os et fera partie des lecteurs qui gonfleront poumons et trachée pour émettre ce que ces auteurs en disent. Preuve que la médecine comme la poésie peut être une fête avec le corps dedans. Mais pour autant tout n’est pas réglé. Et Franck Smith de préciser « Qu’est-ce ça veut dire, avoir un corps ? Il est mobile, immobile, immobile, mobile selon diverses migrations. Mais c’est aussi une histoire de pouvoirs donc de dominations. « Et la poésie là dedans ?’ » ajoute Frank Smith. La question à Lausanne sera ouverte sans tabou. Le corps et sa caverne seront soumis à extensions et flexions. Poètes et récitants debout plus qu’alités nous referons une santé en prouvant que la poésie comme la médecine est un art et une science.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(photo B. Polla, Laurent Guiraud)

Myrha d'or

 

Myrha 2.pngRené Myrha « un temps chasse l’autre : œuvres 1967 – 2017 », Musée Jurassien des Arts, Moutier, du 26 mars au 21 mai 2017.

Dans « Des ailes et des ombres », Claude Stadelmann dévoilait la vie du couple formé par le peintre René Myrha et l’écrivaine Rose-Marie Pagnard, de Delémont en passant par Bâle jusqu’aux Breuleux où ils résident. En guise de suite exceptionnelle l’exposition du Musée Jurassien propose la première rétrospective consacrée au peintre des couleurs et de la fantaisie.

Myrha.jpgAlchimiste de l’art René Myrha (pseudonyme de René Pagnard) a longtemps travaillé sur des sérigraphies, objets et peintures murales avec Rémy Zaugg. Il est devenu au fil du temps l’inventeur de compositions oniriques ailées parfois monumentales et agitées de mouvements sourds. Elles tiennent d’une scénographie spatiale dans laquelle « L’espace humain » prend une dimension quasi allégorique propre à traduire des émotions première là où l’éros rôde astucieusement.

Myrha 4.jpgExiste un jeu de « rôles dans des théâtres où l’ombre se transforme en couleurs fécondes. Fripons et friponnes sortent le regard d’un sommeil de paix. L’artiste laisse libre cours à l’espiègle curiosité des visiteurs. Tout reste hanté d’imaginaire en d’étranges trajectoires. La beauté dépourvue de scandaleux reflets préfère cultiver le mystère au sein de « figures surexposées » aux confins de voilures insensées (et initiées par la technique de Myrha) afin que la mélancolie prenne le large.

Myrha 3.pngL’œil observe ce qui s’ébroue de manière insidieuse et tresse une ouverture à nos regards. Jaillissent des histoires d’une caverne que Platon a ignorée. Le peintre fait passer le visible « colimaçonnique » vers l’invisible loin des contraintes des pratiques du quotidien. Manière de remette l’être humain les pieds sur terre en ce théâtre de déambulations moins intempestives qu’il n’y paraît.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:57 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)