gruyeresuisse

10/08/2019

Les polyphonies de Pierre-Alain Mauron

Mauron.jpgPierre-Alain Mauron vit et travaille à Signèse et à Sainte-Croix. Diplômé de l’Ecole des arts appliqués de Vevey, il poursuit depuis longtemps sa pratique picturales sous formes de collages, gouaches, graphites, encres et craies. L'exposition de Saint Maurice qui vient de se terminer abordait différents travaux inspirés par des oeuvres littéraires : Joyce, Duras, Gary et Lewis Carroll. D'autant que le livre comme la cimaise et l'architecture sont au centre de l'expérimentation du Valaisan.

Mauron 2.jpgElle est toujours en mouvement et allègre. L'artiste laisse donner libre cours à son imagination et sa fantaisie à partir du thème qu'il a choisi d'évoquer. Abstraite, sa peinture est lumineuse et riches d'irisations là où les éléments premiers se mêlent sur une matrice que le modeleur rehausse ou métamorphose.

 

Mauron 3.jpgSes mains cherchent des sortes de fondations à des pages ou des façades englouties sous formes des tatouages sauvages. Sommes nous du côté de la chimère ou de la vérité ? Les deux sans doute car elles ne sont pas incompatibles. Tout reste de l’ordre de l’énigme et du mystère. Pas question de donner des clés au regardeur sinon celles que les indices offerts indiquent sous forme de dérives. La peinture devient l'histoire d'une accession au livre et - par l'intermédiaire de la première - une accession à soi.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'artiste vient d'exposer à la Galerie Oblique, Saint Maurice (Vs) "gouaches nécessaires".

09/08/2019

Les "Flying Cubes" de Christina Hofmann

Hofmann.pngDepuis quelques années Christina Hofmann a choisi le cube comme module de base de ses sculptures. Néanmoins la Zurichoise ne le traite pas à la manière d'un ce que Pol Bury affirme dans "Les horribles mouvements de l'immobilité" : "la chair est étrangère au cube ce qui le rend sans doute un peu triste".  La plasticienne ôte à l'aspect formel, rigide et géométrique du cube son aspect massif et le transforme en un objet organique à travers des connexions - pointe à pointe . Elle évite de la sorte toute pesanteur statique.

Hofmann 4.jpg

Avec ce volume aux arêtes tranchées - paradoxalement - un contact d'intimité subsiste. Plutôt qu'une figure close, il devient l'"objet" d'une évolution et d'une instabilité. Ces "flying cubes" créent une autre manière de regarder le monde. Figure "minimale", selon Georges Didi-Huberman, il devient ici un objet presque magique, il échappe à sa spécificité formelle : il ouvre et entoure et se prête autant au jeu de déconstruction qui fait sentir le monde selon des angles particuliers

 

 

Hofmann 3.pngSubsiste dans ces agencement une aire de jeu au sein d'une volonté d'effacement de tout autre élément qui viendrait gâcher l'espace. L'oeuvre prolonge la série des Black Boxes du plasticien américain Tony Smith qui eux-mêmes renvoient aux cubes dessinés de Wyndham dont l'épure stylistique avait séduit Joyce et Beckett. Avec le cube le monde "parle" dans un refus du superfétatoire mais non du jeu. Hofmann 2.pngLoin de la brûlure des apparences pour celle de la "banquise" en fragment demeure là où de froid il est moins question que de chaleur. Le cube nous parle au dévers de l'intimité frelatée que propose le plus souvent l'art. Demeure en conséquence "quelque chose, mais moins que la chose, nous peut-être, moins que nous" (Beckett). Ou bien plus peut-être.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ferrari Art Gallery, Vevey, 2019.

 

07/08/2019

Magdolna Rubin : placages et cavernes

Magdo.jpgArtiste suisse née en Hongrie, Magdolna Rubin a travaillé pendant une vingtaine d’années comme architecte dans divers bureaux d’architecture  avant de s’adonner exclusivement à ses créations artistiques. La recherche géométrique est au centre de sa création d'où sa proximité avec l'école de Zurich et son abstraction même si la plasticienne poursuit un travail solitaire et original.

Magdo 2.jpgEn particulier par son utilisation du carton ondulé, recyclé, écrasé ou non écrasé sur lequel l'ajout de pigments accentue les effets d'ombres et de de lumière.Toute la problématique tient dans un paradoxe à la fois de simplicité et de complexité : le regard est concentré dans ce jeu où il doit procéder à des repérages.

Magdo 3.jpgUne dimension extra-temporelle et extra spatiale apparaît à travers ces collages marqueurs de diverses zones de latence. L'art est à la fois minimalite et subtil. En ce sens Magdolna Rubin est à sa manière une néo-platonicienne. Ce qu’elle propose n’est pas de l’ordre de la représentation mais du générique. La disparition est donc insécable de la trace. A la figuration il faut alors préférer la figure. Quelque chose y perdure.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ferrari Art Gallery, Vevey.