gruyeresuisse

02/11/2017

Entre l’avant et l’après : Mathis Gasser

Gasser3.pngMathis Gasser, Le musée et la planète », Centre Culturel Suisse de Paris, 28 octobre-17décembre2017.

Mathis Gasser collectionne, agence, colle ou reproduit des images de toutes sortes et de tous genres, provenant des sources les plus diverses dont celles du web. Mixant dans une dé-hiérarchisation, art, architecture, musée ; cinéma, séries télévisées, jeux vidéo, BD, il mélange et superpose des images. D’une part celles de vieux navires, de vaisseaux spatiaux ou des motifs issus de l’univers SF et de l’autre, des salles du siège des Nations Unies à New York et des musées d’art à travers le monde.

Gasser.jpgCes percussions nourrissent des réflexions sur les inspirations réciproques entre la science-fiction, le design « spéculatif » et l’architecture des institutions. La fiction alimente la réalité autant que la réalité alimente la fiction. Le tout dans une pratique de l’écho qui tient du cut-up et du sampling, de la citation par un point de vue critique sur les dérives du monde contemporain.

Gasser2.jpgLa science-fiction tient un rôle clé par son ironie et sa froideur mais annonce aussi la folie des avancées technologiques qui remettent en question la destinée de l'humanité là où les vaisseaux et les structures architecturales SF et celles qui incarnent le pouvoir (politique et artistique) sont récurrents en un jeu de l'avant et de l'après. Là où tout compte fait ne reste qu’un chaos.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/10/2017

Marcel Miracle : éclats et pépites du pays natal

Miracle.jpgMarcel Miracle, « Cinéma Ritz Tamatave », Galerie Ligne Treize, Carouge, du 4 novembre au 2 décembre 2017.

Marcel Miracle fait retour ici à son passé, à sa jeunesse. Pas question pour autant de caresser la nostalgie. L’artiste lorgne sur l’hier pour repartir de plus belle vers demain. De notules cinématographiques du pays natal (Madagascar), de son "Cinema Paradiso" personnel,  il tire une sève. Elle innerve ses dessins. En son âge, le voici, sinon apaisé (il ne le sera jamais), mais fomenteur d’un oui à la vie et aux images en (parfois) des seins animés.

Du passé - qui forcément s’assombrit et s’assèche - l’artiste et écrivain en transforme, polit les épluchures. L’enfant vit encore en lui avec ses émerveillements premiers. L’énergie iconoclaste suit son cours. Ce qui fut gravé dans la mémoire est tiré de la tombe pour jaillir sur l’écran de la conscience et du support papier. Tout se prolonge selon une vision extatique et tendrement drôle. A travers ses « vieilles » images en métamorphoses Miracle fait briller nos yeux.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean Fontaine : « seintaxes » visuelles

Fontaine.jpgJean Fontaine, « Des Humano Folie » Galerie- Espace Schilling, Neuchâtel, 4 novembre – 24 décembre 2017

Avec Jean Fontaine l’humain devient un drôle d’oiseau. Sa coquille est de fer et de chair. Preuve que qui veut faire l’ange ou la bête devient robot. Néanmoins de telles licences visuelles, et rhétoriques mettent à mal les images étouffantes par placages et soudures pour l’avènement d’anatomies intempestives.

Tout tient de l’embrasement et de la rixe baroque. Attachant la rouille aux moisissures de feuilles-peaux, Fontaine infiltre un chuchotement visuel dans le sommeil du monde. Des morceaux de corps se rassemblent par déplacements : l’âme se transforme en casque à pointe et l’érotisme fourbit ses armes. Que le corps féminin soit mal engagé dans la fosse commune du monde par effet de violence  nécessite des protections. Cela n’empêche en rien que tout dans l'oeuvre soit parfaitement embouti.

Le vieux désir des hommes-voyeurs se trouve imagé, repris, métaphorisé en soutifs tabernacles, en culottes d’acier (trempé) mais où certaines fissures peuvent permettre des halètements de diverses variétés. Des appoggiatures refont surface par éclaboussements dans la végétation de la ferraille. Il suffit de frapper dessus pour qu’elle devienne « sein-bale ».

Jean-Paul Gavard-Perret